10 juillet 2008
Bayrou, Royal et le "clan" Sarkozy
Ces derniers jours, Ségolène Royal et François Bayrou ont utilisé la même expression: le "clan Sarkozy".
Le même mot est employé dans deux sens différents. Pour Ségolène Royal, il désigne avant tout les industriels amis de Nicolas Sarkozy. Pour Bayrou, c'est l'UMP, devant lequel Nicolas Sarkozy tenait meeting récemment. "Au lieu d'être l'homme de la nation, il se fait le porte-parole d'un clan", estime Bayrou.
Pour Ségolène Royal, le clan Sarkozy désigne les "amis" de Nicolas Sarkozy, ces industriels proches du pouvoir. Elle déclarait récemment (LCI):
"Nicolas Sarkozy, vous n'avez pas le droit de privatiser pour vos amis financiers, ceux que vous avez besoin de remercier pour leur connivence pendant la campagne présidentielle! Vous n'avez pas le droit de donner à vos amis Bouygues, Bolloré, Lagardère, vous n'avez pas le droit de donner non seulement les médias mais vous n'avez pas le droit de donner le patrimoine énergétique des Français"
Pour François Bayrou, le "clan Sarkozy", c'est l'UMP. Dans une interview au Figaro, on lui demande s'il approuve que le président de la République tienne un meeting de l'UMP (Union pour un mouvement populaire):
"On ne devrait pas accepter cela. Le président de la République cesse d'être le président de tous les Français dès l'instant qu'il s'affiche comme chef de parti. Au lieu d'être l'homme de la nation, il se fait le porte-parole d'un clan. Il n'est plus la figure du rassemblement et de la réconciliation. Il devient une figure d'affrontement et de fracture. C'est la fonction elle-même qui est ainsi mise en cause".
Soulignons que ces deux mises en causes sont extrêmement graves.
Si des amis du chef de l'Etat sont favorisés, que ce soit dans le dossier de la réforme de l'audiovisuel ou celui du nucléaire, alors il y a véritablement détournement de l'intérêt public au profit d'intérêts privés!
Et si le président de la République (comme il le fait fréquemment) se comporte comme le président d'un parti en organisant des réunions politiques à l'Elysée ailleurs, alors c'est l'autorité même de sa fonction qui est atteinte: il n'est plus le garant des institutions, il n'est plus le président de tous les Français.
Pour mémoire, l'article de wikipedia sur le mot "clan".
20:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, royal, bayrou
15 juin 2008
La France profonde aime un Sarkozy poutinien, dixit Robert Rochefort
Aujourd'hui, je diffuse un podcast. J'y commente une interview de Robert Rochefort, directeur du Credoc, où il parle des rapports de Nicolas Sarkozy aux médias. Vous pouvez écouter le podcast en entier ou par extraits.
- Le résumé: selon M. Rochefort, les Français ne sont pas choqués que Sarkozy se mêle des nominations dans les médias. Ils regardent ça comme un spectacle de type "Dallas". Et enfin, la France profonde aime voir Sarkozy prendre des décisions spectaculaires, à la Poutine.
- Le podcast en entier (8 min)
- Extrait n°1: "une logique de type Dallas"
- Extrait n°2: Sarkozy seon un modèle à la Poutine
12:41 Publié dans Journalisme, Pipole, Politique | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : credoc, sarkozy, poutine, medias
10 juin 2008
Direct Soir: glissement du journalisme vers la communication
Vous avez sûrement déjà feuilleté un numéro de Direct Soir. Ce journal gratuit est diffusé dans une quinzaine de villes françaises. Il offre un bel exemple de glissement du journalisme vers la communication.
Journalisme et communication ont tous deux leur raison d'être. Mais ils ne poursuivent pas le même but. Alors que le journalisme vise à dire la vérité, la communication cherche à produire un message destiné à convaincre. Dans le domaine de politique, la communication revêt une importance considérable.
La trame de ce journal gratuit est simple au possible. Les premières pages sont consacrée à l'éloge de la politique gouvernementale. Le reste est dévolu à la mode, à la culture et au sport. Cette dichotomie ne va pas de soi. On peut notamment se demander: pourquoi une telle place accordée à la politique si Direct Soir se veut être un journal culturel ou divertissant, bref un gratuit consensuel?
Ainsi, dans le numéro du jeudi 5 juin, avec Nicolas Sarkozy en Une (téléchargeable ici) on lit en page 2 que Jean-Louis Borloo va faire de la France un leader européen en matière de développement durable. On découvre en page 4 un article tout à la gloire de Nicolas Sarkozy: "L'Elysée à l'heure européenne". Les surtitres prouvent bien qu'on a affaire à un texte de communication et non à du journalisme: "Axe de la présidence", "convaincre", "les défis". L'auteur de l'article épouse parfaitement les objectifs, les arguments et les "défis" du chef de l'Etat. Il n'y a pas ce recul, cet esprit critique qui définissent le journalisme.
La "Une" réalisé avec Photoshop
Un des must de Direct soir, c'est la photo de Une. Choisie avec soin, elle est quasiment réalisée en partenariat avec Photoshop. Sur le visage de Nicolas Sarkozy, nulle aspérité, une lumière parfaite. Le réalisme soviétique ne faisait pas mieux.
Direct Soir est-il rentable? Il semble que non, selon cet écho de Renaud Revel, où l'industriel confie qu'il n'y a pas de "modèle économique" pour la presse gratuite.
Le gratuit pas rentable
Il estimait, dans La Croix: "La presse gratuite est adaptée à une certaine demande : majoritairement celle des jeunes pour qui l’information est un produit gratuit. Ils sont nés dans un monde où l’information, à travers la télévision, la radio, Internet, est gratuite. Pour autant, il restera toujours un public prêt à dépenser de l’argent pour s’informer. " Le point de vue de Rupert Murdoch est similaire.
Bolloré a le monopole du Métro
Vincent Bolloré aurait investit entre 500 000 et un millions d'euros pour un accord avec la RATP, lui permettant de distribuer en exclusivité ses journaux gratuits dans le métro parisien. (selon Marianne)
C'est fin 2007 que Bolloré a remporté l'appel d'offre de la Ratp, lui permettant de distribuer ses gratuits dans 176 stations sur 300 au total. Un marché qu'il ne pouvait pas perdre : «Le principal critère pour emporter ce marché c'était l'argent, la qualité du matériel, des présentoirs. Certes, le contenu des titres entrait en ligne de compte, mais de façon marginale. Et Bolloré a mis beaucoup d'argent sur la table pour l'emporter » explique Michael Bitan, le directeur général du journal gratuit Metro.
Fabriquer du consentement
L'analyse de Maxime (Cabinet) est intéressante, lorsqu'il distingue la rhétorique du Figaro et celle de Direct Soir, même si je ne partage pas entièrement son analyse "gauchiste", notamment concernant le Figaro, dont les pages débat sont tout de même assez pluralistes:
"Fabriquer le consentement, naturaliser la parole gouvernementale, présenter chaque action et chaque réforme comme uniquement et purement positive, positive dans le temps, comme mouvement du monde, comme battement du monde, comme pulsation du temps contemporain ; portée par des gens honnêtes et dynamiques, dont l’agenda est chargé. L’actualité est et ne peut être qu’un temps gouvernemental, segmenté uniquement par l’action du ministre de tutelle du domaine concerné.
Ce n’est pas du tout la même chose que le Figaro, Direct Soir. Direct Soir n’a pas de morale, si l’on veut, pas de déontologie journalistique, aucune dignité ; c’est le cynisme poussé jusqu’au dégueulasse. Parce que le Figaro, ce sont les éditoriaux ultra-droitiers, la haine sociale vis-à-vis de l’autre, de l’étranger, de toutes les différences d’avec l’Homme blanc bourgeois catholique hétérosexuel, etc ; la manipulation des titres et des sondages pour soutenir le gouvernement, certes. Mais cette action commando droitière ressemble bien peu au travail de neutralisation et de naturalisation, d’aplatissement et d’aplanissement de Direct Soir".
Direct soir est diffusé à 500 000 exemplaire, depuis le 6 juin 2006.
Lire aussi:
21 sites d'information à découvrir
"Dans 5 à 6 ans ce ne sera plus viable d'imprimer des journaux"
Les blogueurs révolutionnent-ils le journalisme?
JF Kahn souhaite une presse moins consensuelle
13 questions à se poser avant de publier un billet sur son blog
11:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : bolloré, medias, presse gratuite, ratp, metro, sarkozy
21 mai 2008
Nicolas Sarkozy, obsédé par la presse
Ce matin, dans le Canard enchaîné, nous lisons diverses attaques de Nicolas Sarkozy contre la presse. Des paroles rapportées qui disent l'exaspération du président de la République.
Ainsi, il s'étonne que, lors du premier vote de la loi OGM, rejetée par l'assemblée, la presse l'a plus critiqué que Jean-François Copé, président du groupe UMP. En effet, ce qu'on a retenu, c'est l'exaspération des députés UMP contre lui, et non le fait que Copé n'ait pas su "les tenir".
Il y a aussi des attaques contre l'AFP (Agence France-Presse), orchestrées par l'UMP et l'Elysée. Aujourd'hui l'intersyndicale de l'AFP appelle à un rassemblement à 15 heures devant son siège pour protester contre «les attaques répétées contre l'AFP émanant de hauts responsables politiques français». (presseencolere.org)
AFP dépendance
Bakchich parle d'une AFP dépendance. L'AFP donne le la de l'info. Longtemps Sarkozy l'a abreuvée en "bonne nouvelles". Maintenant, c'est plus difficile. "Cette « AFP dépendance », Super Sarko, qui se targue d’être un as de la communication, ne l’avait pas vue. Ses prédécesseurs, qu’il cloue au pilori, avaient, eux, bien compris son importance. Il n’est un secret pour personne que François Mitterrand et Jacques Chirac ont choisi les journalistes de l’AFP chargés de suivre leurs activités à l’Élysée."
Bah, Nicolas Sarkozy peut se consoler en lisant Paris Match. Lui, au moins, ne le lâche pas...
10:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, fillon, afp
21 avril 2008
Sarkozy et la droite snif snif
La droite snif snif. Dans son billet sur le site de Marianne, Juan atteste que l'expression est de votre serviteur. Je l'ai forgée dans un commentaire sur son blog, Sarkofrance.
Juan "fête" sa 50ème semaine de Sarkofrance. Chronique journalière de la casse sociale en Sarkofrance. Qu'elle est loin cette Une "pravdaesque" du Figaro saluant une "victoire éclatante"...
Du bling bling au snif snif
79% des français estiment que la situation ne s'est pas améliorée en un an. Euphémisme: elle s'est dégradée à vue d'oeil! Mais comment est-on passé du bling bling au snif snif?
J'avancerai deux explications, mais il y en a d'autres.
_ l'injustice sociale
Beaucoup des "réformes" menées par Sarkozy sont injustes. Elles frappent les plus pauvres, les étrangers, les moins aptes à lutter. Et ça n'échappe à personne. Il faut croire que ce qui est injuste est inefficace.
_ le flou et la réalité
Il y a un an, les projets de Sarkozy restaient flous. C'est même ce qui lui a permis d'être élu. Les 53% qui l'ont élu ont adhéré à une démarche, un volontarisme. Ce qu'il ferait importait peu. "J'ai été élu pour faire", clamait-il. Il a fait...
Mais aujourd'hui, le flou des projets se dissipe. La réalité apparait. Pouvoir d'achat, précarité, rigueur, réformes sans justice.
Sarkozy va-t-il se reprendre? Peut-être: c'est quelqu'un qui s'accroche. Mais, Sarkozy laissera un mauvais souvenir: celui de la droite snif snif.
(photo: couverture du Figaro, qui y croyait)
09:03 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, politique, crise
14 avril 2008
Photo de Carla Bruni nue: la presse plutôt discrète
La vente de la photo de Carla Bruni nue a été traitée par la presse. Mais avec une certaine discrétion. Pourquoi?
Par exemple, Le Point en fait un article très discret en fin de son édition papier, en mentionnant à peine le nom de Mme Sarkozy. Sur le site Internet, l'article est indisponible (page d'erreur). Seul l'article sur le photographe reste en ligne.
Même chose pour l'Express (cliquez sur Carla Sarkozy nue et vous tombez sur un sondage sur la grogne étudiante).
Le Monde ou Libération traitent l'info en brève.
C'est France24 qui accorde le plus de place à l'information. On peut voir un reportage video sur la vente.
LCI titre aussi sur le pédiatre suisse qui refuse de percevoir l'argent de la vente, versée à son association.
On relève 45 articles dans google news.
L'acheteur est chinois, ce qui amuse un dessinateur. Le journal économique belge le Vif donne le prix exact de la photo: 57 455€
Les blogueurs ont le dernier mot, dont certains répertorient une cinquantaine de clichés nus de Carla Bruni. D'autres ventes en vue?
(photo: AP)
07:42 Publié dans Art, littérature, Pipole, Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : carla bruni, nue, médias, sarkozy
08 mars 2008
Mordiller les branches de ses lunettes
La semaine dernière, le Canard enchaîné dépeignait un Nicolas Sarkozy furieux de la popularité de François Fillon. Et le Canard de nous révéler sa stratégie: envoyer le Premier ministre au front, le surcharger de dossiers. Sarkozy concluait: "Il croit qu'il suffit de rester là, à mordiller les branches de ses lunettes?"
Pour Sarkozy, mordiller les branches de ses lunettes est une attitude typique de Fillon. Le gars qui lève les yeux d'un dossier et dont l'esprit se met soudain à baguenauder. Bref, celui qui cesse d'agir un moment et réfléchit. Et, pourquoi pas, pense à la France, comme le général de Gaulle.
Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant le dernier numéro de VSD. En couverture, Sarkozy mordillant les branches d'une paire de lunettes. Un air songeur, à la Fillon.
Bref, vous avez compris: Sarkozy, excellent comédien, a choisi son nouveau rôle, François Fillon. Combien de temps va-t-il pouvoir tenir?
10:23 Publié dans Humour, Politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, fillon
05 mars 2008
Censure, mensonges, et autres tracas médiatiques
Quelques infos glanées sur le net.
- Réforme de France Télévision en loucedé: Jean-François Copé exclut l'intersyndicale des journalistes des groupes de travail. Selon le communiqué du SNJ (Syndicat national des journalistes), "on veut faire le dépeçage à huis clos". Le SNJ souhaite un rééquilibrage de ces groupes de travail.
- Journalistes interdits: Les services du président de la République ont décidé de refuser à la journaliste Anna Bitton l'accès aux voyages présidentiels. Elle est l'auteur du livre sur Cécilia ex-Sarkozy. «Elle a insulté le président de la République, elle ne peut donc pas monter dans des avions de la République", commente Franck Louvrier, le conseiller pour la presse de Nicolas Sarkozy. (l'Obs)
- Courrier international: Le journal a été "censuré" à l'affichage dans le métro mais aussi dans les magasins Relay, propriété du groupe Lagardère. (Rue89)
- Les mensonges du Figaro: Je n'ai pas été le seul à relever le titre mensonger sur le dernier sondage du Figaro. Plusieurs blogs en ont parlé, dont ce gaulliste-villepiniste mais aussi le Cabinet de subversion.
Marianne relève: "pour le Figaro l'école est un bain de sang". Jean-Luc Roméro estime que Le Figaro "désinforme" sur l'euthanasie. Christophe Ginisty s'élève contre la "propagande pro-Santini". Ginisty est un opposant local de Santini.
J'arrête là, il y a un vrai buzz...
- Polynésie: Un représentant de RSF (Reporter sans frontières) dénonce des violences contre des journalistes (Tahitipresse).
09:35 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalisme, france télévision, sarkozy
03 mars 2008
Fillon: quel est son secret?
François Fillon: la coqueluche de ces dames, le gars avec qui on voudrait boire un demi.
Non. N'exagérons rien. Si Fillon est populaire, il le doit à l'impopularité du président.
Déjà, quand il a été nommé Premier ministre, ça a surpris. Puis, il fut dégradé au rang de collaborateur. Les médias l'ont ignoré.
Il n'essayait même pas d'exister! On aurait dit qu'il s'en fichait.
Pendant ce temps ses réformes passaient. Mine de rien.
Et, aujourd'hui, quelques bourdes présidentielles plus tard, comme un crabe quand la mer descend, voilà Fillon qui surgit.
"Ce n'est pas moi qui change d'avis", disait Chirac, " c'est le décors qui bouge". Pour Fillon c'est pareil: ce n'est pas lui qui monte, c'est l'autre qui s'effondre.
Il doit bien avoir un secret, François Fillon...
(dessin: Langelot)
12:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : fillon, sarkozy, politique
29 février 2008
Les médias s'intéressent plus à l'accessoire qu'à l'essentiel, selon 78% des Français
Les médias s'intéressent plus à l'accessoire qu'à l'essentiel, selon un sondage Opinion Way pour le Figaro (cité par l'Obs).
Les médias sont aussi jugés pas assez indépendants et pas assez objectifs.
A la question de savoir si les médias sont trop agressifs envers Nicolas Sarkozy, les Français répondent "non" à 55%. Ca n'empêche pas le Figaro de titrer le contraire*.
* Bien sûr, le Figaro emploie le mot "excessif" et non "agressif", mais il sous entend bien que l'excès est dans un sens agressif et non louangeur.
20:57 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, médias, figaro






