29 février 2008
Les médias s'intéressent plus à l'accessoire qu'à l'essentiel, selon 78% des Français
Les médias s'intéressent plus à l'accessoire qu'à l'essentiel, selon un sondage Opinion Way pour le Figaro (cité par l'Obs).
Les médias sont aussi jugés pas assez indépendants et pas assez objectifs.
A la question de savoir si les médias sont trop agressifs envers Nicolas Sarkozy, les Français répondent "non" à 55%. Ca n'empêche pas le Figaro de titrer le contraire*.
* Bien sûr, le Figaro emploie le mot "excessif" et non "agressif", mais il sous entend bien que l'excès est dans un sens agressif et non louangeur.
20:57 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, médias, figaro
04 février 2008
"Sarkozy déteste les journalistes" (Yves Thréard, le Figaro)
Vous avez peut-être vu passer cette info. J'y reviens, car c'est assez intéressant.
"Sarkozy déteste les journalistes". Yves Thréard, directeur adjoint du Figaro s'est un peu lâché, devant des étudiants montpelliérains, il y a quelques jours. Il a aussi dit: "Dassault a un journal pour faire oeuvre de militantisme politique." Rien de bien nouveau, mais pas sûr que son patron apprécie.
Yves Thréard affirme: "Je crois que Nicolas Sarkozy n'est pas plus censeur que ses prédécesseurs, qui l’étaient tout autant que lui. Je crois simplement que Nicolas Sarkozy, peut-être un peu plus que les autres, n’aime pas les journalistes. Mais pas du tout. Et qu’on a du mal à l’accepter. Il déteste les journalistes. Nous sommes des empêcheurs -j'espère qu'on est ça- des empêcheurs de tourner en rond".
Au Figaro, des empêcheurs de tourner en rond? Pouf, pouf! C'est pas trop l'impression que ça donne...
Sentiment d'absence de liberté
Selon le site Haut-courant (tenu par des étudiants montpellierain) "le journaliste, qui rappelle la tradition bien française de presse d’opinion plutôt que d’information, dit se sentir libre à son poste, considérant que le problème de censure, qu’il ne connaît pas, tourne plutôt autour d’ « une affaire de sentiment d’absence de liberté »."
Sentiment d'absence de liberté ou absence de sentiment de liberté?
Hmm!!! C'est gênant de lire ça dans un pays tel que la France...
Lecteurs consommateurs d'infos people
Intéressant ce que dit Thréard sur l'évolution du lectorat:
"Il n’empêche, Yves Thréard reconnaît sans peine que dans le contexte de l’effritement actuel du lectorat, les recettes de son journal, comme de beaucoup d’autres, restent garanties par la publicité. Et que la demande du lecteur elle, tend à être celle d’un consommateur d’infos people. Les rédactions, fragilisées, deviennent de plus en plus « pieds et poings liés » face aux annonceurs."
Edwy Plenel était également présent. Lisez la suite sur le site Haut courant.
09:35 Publié dans Journalisme, Politique | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : Figaro, Sarkozy, Threard, Plenel
14 septembre 2006
Al-Qaida, Chirac et le Figaro
Ce matin, en Une du Figaro, Ayman al-Zawayri, le numéro deux d’Al-Qaida. Photo énorme. Le titre : « Al Qaida désigne la France comme cible ».
Sous cette photo, une autre, minuscule, de Jacques Chirac. « Chirac plaide pour le dialogue entre les cultures ».
On pense ce qu’on veut de ce rapprochement surréaliste.
Certains en concluent que c’est l’échec de la méthode Chirac, consistant à « s’excuser de tout » et à prôner le dialogue avec « n’importe qui », mêmes les pires dictateurs.
D'autres trouvent que les patrons de journaux devraient verser des droits d'auteur à Ben Laden, vu le nombre de fois qu'Al-Qaida les a aidés à doper leurs ventes.
Mais je pense que c’est bien joué de la part du Figaro.
(Photo: Al Zawayri, photo libre de droit)
10:15 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : al qaida, Chirac, médias, Figaro, Al Zawayri
22 août 2006
Ségolène Royal, Le Figaro et les épines des Roses
Lundi, toute la presse a fait sa Une sur Ségolène Royal. La plupart des journaux la portent aux nues. J’ai choisi de lire Le Figaro, qu’on ne peut suspecter de rouler pour le PS.
Lundi, il consacrait cinq articles, dont un édito, à la Fête de la rose. Si l’on condense le message, ça donne : Ségolène rassemble les socialistes et son discours est creux mais elle est redoutable dans l’optique d’un duel contre Sarkozy. Autrement dit, le Figaro* se contredit : si ce qu’elle dit est sans intérêt, pourquoi la droite la craint-elle ?
L’éditorial est titré, non sans misogynie, « Le bavardage de Ségolène ». Le journaliste écrit : « Fidèle à une recette qui, il faut bien l'admettre, fait sa fortune politique, Ségolène Royal continue d'occuper le terrain avec une ligne de conduite simple et efficace : parler beaucoup, manier des formules, mais ne rien dire. »
Le Figaro s’amuse au jeu des citations anonymes: un « militant », un « élu ». Imaginaire ou réelles? Peu importe. «Elle a sans doute des lacunes, mais elle a sa détermination. Elle a fait quelques déplacements un peu légers sur le fond, mais elle va travailler», explique un élu. «Le moment est venu pour que ce soit une femme», dit l'un. «De toute façon, quand on voit les autres candidats, Strauss-Kahn, Fabius...», glisse un autre militant. «Et puis Sarkozy aura du mal contre elle, dès qu'il dira quelque chose, il sera taxé de misogynie.» Ces citations n’engagent que leurauteur. Mais elles font se bidonner le lecteur de droite, mais aussi certains de gauche...
Le Figaro reprend, évidemment, des extraits du discours prononcé par Ségolène Royal devant les militants. « Royal propose par exemple de développer «l'énergie solaire» en Afrique. Sur la plupart de sujets, la «mieux placée» des socialistes pour 2007 s'en tient cependant à des généralités. » Les lecteurs attentifs de « Crise dans les médias » se souviendront que Mme Royal avait évoqué cette question lors d’un chat avec votre serviteur…
Contradictions
Comme je le disais, il y a une contradiction. Selon le Figaro, Ségolène Royal ne dit rien d’intéressant. Et pourtant, elle est capable de battre Nicolas Sarkozy, lors d’un éventuel second tour de la présidentielle. Sondage à l’appui. Il fait l’objet d’un encadré. 55%-42% pour Ségo contre Sarko. On tremble de frousse dans les couloirs du canard de Dassault…
A l’UMP, la riposte s’organise. « Les lieutenants de Sarkozy ripostent à l'offensive Royal » indique un autre article. Le « bavardage » se change soudain en « offensive ».
Sarkozy lance ses lieutenants. Ça suffira pour cette fois. Le Fig’ nous offre un nouveau florilège de citations. Du Brice Hortefeux dans le texte. «Ségolène Royal, c'est la posture. Nicolas Sarkozy, c'est la rupture. L'une est populaire par son image, l'autre par son action et ses convictions». «Elle est modeste», a-t-il ironisé en citant une phrase de la socialiste : «Mon problème, c'est que j'ai tout réussi dans la vie, mes enfants, comme ma carrière.» «Elle est créative, c'est la reine du copier-coller». Quelle violence : on dirait du Mélenchon…
Mais, inévitablement, Le Figaro en revient aux problèmes internes à l’UMP. Le triangle Chirac-Sarko-Villepin embrasse la droite. Chirac et Sarkozy ont cesser de se haïr, semble-t-il. Problème pour Sarkozy : comment, dans ce cas, parler de rupture ? « L'exercice devient plus difficile, car la rupture «sarkozyenne» ne doit pas avoir, comme c'était le cas il y a un an, des airs de provocation contre «la chiraquie». » Compliqué. Un point positif toutefois : Villepin n’est plus une menace, comme le sous entend Hortefeux : «La fin de l'été 2005 était faite d'interrogations et d'incertitudes sur le rôle de chacun. Aujourd'hui, le paysage s'est éclairci».
Hollande et les pièces jaunes
A gauche aussi, on se chamaille. Le Figaro se concentre sur Hollande. Le dilemme pour lui est résumé par une citation anonyme : «Si Hollande choisit Royal, c'est les pièces jaunes, s'il choisit Jospin, il peut être premier ministre.» Et est-ce qu’il sera obligé de copiner avec David Douillet ?
D’autres bruits de couloirs collectés (ou réinventés) : « «Il a fait son deuil de ses ambitions», dit l'un. «Il est tout à fait capable de faire autre chose que de la politique dans la vie, ce ne serait pas du tout le drame que certains veulent décrire», pense un deuxième. «Il n'a renoncé à rien», assure à l'inverse un autre. «Il peut être une solution», pronostique un responsable fédéral. »
Enfin, le Figaro rappelle que le candidat socialiste ne sera investi que dans trois mois. Il titre : Le coup d'envoi d'une campagne interne de trois mois. On l’aura compris : rien n’est joué. Heureusement, parce que les analyses et les bons mots du Figaro, on en redemande…
*en l’occurrence celui de Nicolas Barotte, qui signe tous les articles sauf l’éditorial de Gaëtan de Capèle.
11:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : PS, UMP, politique, Ségolene Royal, Sarkozy, Figaro, journalisme
19 juillet 2006
L'été, la presse est philosophe
La philosophie est à la mode. On s’arrache les livres de Michel Onfray et Luc Ferry… et même ceux d’Epictète, Nietzsche et Platon !
La presse n’est pas en reste. Surtout en été, où il faut rivaliser d'imagination pour capter des lecteurs. Ainsi la philo a fait la couverture du Point et du Figaro magazine, la semaine dernière. Philosophie, un bimestriel lancé au début de l’année, sort son troisième numéro. Que faut-il en retenir ?
Philosophie : agréable et léger
Le projet de Philosophie est de capter un large public. Maquette agréable, semblable à celle du Magazine littéraire, dossiers fédérateurs (ce mois-ci le voyage, le mois précédent l’animalité), plumes célèbres (Glucksmann, Bouveresse et… Confucius) : tout est fait pour séduire. A première vue, on est séduit. Mais quand on creuse un peu, on est déçu. Les articles constituent une bonne initiation, pas plus.
Toutefois, ces défauts sont contrebalancés par d’indéniables qualités : la diversité des sujets, les nombreux interviews, pistes de lectures, expos, films… Bref, c’est stimulant, mais un peu léger. C’est pourquoi il m’étonnerait que Philosophie connaisse le succès de Psychologies.
Un Point, c’est tout
Le dossier du Point a été confié à Roger-Pol Droit, un connaisseur des philosophies antiques et orientales. Le résultat est tout juste passable. La philosophie antique est-elle une thérapie efficace pour l’homme moderne ? Oui, jusqu’à un certain point. Elle est une solution individuelle, or beaucoup de problèmes modernes sont globaux. De plus, les philosophes de l’antiquités doivent être replacés dans leur époque : leurs leçons ne sont pas transposable tel quel.
Ce dossier est complété par dix fiches biographiques de philosophes : Pythagore, Socrate, Antisthène, Diogène, Épictète, Sénèque, Plotin, Porphyre, Boèce, Marc Aurèle.
Le Fig Mag et la philo MEDEF
Le dossier du Figaro Magazine est beaucoup plus étriqué. Son but semble être de promouvoir le dernier livre de Luc Ferry, qui pourtant n’ en a pas besoin (180 000 ex. vendus).
Mais la goutte qui fait déborder le vase, c’est l’article où des « spécialistes du bonheur » donnent leurs recette. Parmi eux : Laurence Parisot, présidente du MEDEF. Selon elle, le bonheur naît de l’écoute : « Nous détournons la valeur française de l'égalité en nous interdisant d'admirer et de louer les qualités et les succès des autres. Tout cela fabrique des frustrations et des illusions qui aiguisent la jalousie. » Ah ! Si les pauvres pouvaient se contenter d’admirer messieurs Arnault et Pinault ! Vanter les inégalités au non de l’égalité : décidément, Mme Parisot est une philosophe décoiffante…
En résumé, si la presse s’intéresse à la philo, ce n’est pas pour des raisons philosophiques. A l’exception de Philosophie, qui mérite d’être découvert, le reste ne vaut pas grand chose.
Cet été, sur la plage, prenez plutôt un bon livre de Nietzsche !
08:00 Publié dans Art, littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, journalisme, figaro, le point, roger-pol droit, nietzsche, platon