15 août 2007
Les Sourire du Tao (8): n'oubliez pas de respirer
Les art martiaux, le bouddhisme, le yoga s'intéressent aussi à la respiration. Mais le taoïsme est particulier. Selon wikipedia: "Les chinois ont une métaphysique et une technique différente. Ils cherchent à retenir le souffle le plus longtemps possible. Cette apnée a des effets psychotropes différents, accompagnés de représentations. L’air, le Qi, est considéré comme la substance de tous les corps. L’adepte, en respirant, régénère sa matière, avec un accompagnement mental de la sensation d’air dans une anatomie sentie, la circulation du souffle. Un occidental peut se faire une idée de ces exercices avec la sophrologie, expérimenter l’effet à long terme demande un engagement plus important."
Ces techniques sont-elles applicables à nos modes de vie occidentaux? Peut-être pas. A l'époque où je faisais des compétitions d'échecs, je faisais des exercices respiratoires. C'était très empirique. Mais, depuis, je reste convaincu de l'importance de bien respirer, de façon consciente et ample...
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11 août 2007
Le Sourire du Tao (7): wu wei
La notion de wu wei est centrale dans le taoïsme. On la traduit par "non agir" mais cette traduction est trompeuse.
Au lieu d'en parler moi-même, j'ai interrogé Marc par mail. Ce blogueur livre chaque jour une méditation sous une forme brève, fulgurante. Il m'a aimablement répondu:
"Plutôt que de sortir un Tao te king où je sais que je trouverai une réponse toute faite au chapitre 48 (que tu connais sûrement), je me rappelle que j'ai un livre qui s'appelle Open Secret d'un certain Wei Wu Wei, très connu il y a une trentaine d'années. Je sais ce que je recherche. Voilà : une phrase de lui que jaime beaucoup qui dit tout sans trop dire (ce que tu réclames). Cette phrase est: « Ne pas exercer la fonction apparente de la volonté est Tao. » Ca passe ou ça casse mais cela peut suffire pour cerner wu wei. Encore qu'il n'est pas bon d'être trop sûr de soi en ce domaine. Car ce qui est intéressant dans ce concept c'est moins de le maîtriser que de méditer dessus. Toute l'Asie est là, dans cette réserve".
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08 août 2007
Le Sourire du Tao (6): le vieil arbre
Je reviens à la série sur Le Sourire du Tao. Aujourd'hui, un extrait du Tchouang Tseu (chapitre 20). Je l'appelle l'histoire du vieil arbre, oubliant la fin de l'histoire. Rien à dire sinon que je l'aime beaucoup.
Comme Tchouang Tseu traversait les montagnes, il vit un grand arbre, aux branches longues et luxuriantes. Un bûcheron, qui coupait du bois près de là, ne touchait pas à cet arbre.
— Pourquoi cela ? demanda Tchouang Tseu.
— Parce que son bois n’est propre à rien, dit le bûcheron.
Le fait de n’être propre à rien vaudra donc à cet arbre de vivre jusqu’à sa mort naturelle, conclut Tchouang Tseu.
Après avoir franchi les montagnes, Tchouang Tseu reçut l’hospitalité dans une famille amie. Content de le revoir, le maître de la maison dit à son domestique de tuer un canard et de le faire cuire.
— Lequel de nos deux canards tuerai-je ? demanda le domestique ; celui qui sait caqueter, ou celui qui est muet ?
— Le muet, dit le maître.
Le lendemain le disciple qui accompagnait Tchouang Tseu lui dit :
— Hier, cet arbre a été épargné, parce qu’il n’était bon à rien ; ce canard a été égorgé, parce qu’il ne savait pas caqueter ; alors, d’être capable ou d’être incapable, qu’est-ce qui sauve ?
— Cela dépend des cas, dit Tchouang Tseu, en riant. Une seule chose sauve dans tous les cas ; c’est de s’être élevé à la connaissance du Principe et de son action, et partant de se tenir dans l’indifférence et dans l’abstraction. L’homme qui en est là fait aussi peu de cas de l’éloge que du blâme. Il sait s’élever comme le dragon, et s’aplatir comme le serpent, se pliant aux circonstances, ne s’obstinant dans aucun parti pris. Que sa position soit élevée ou humble, il s’adapte à son milieu. Il s’ébat dans le sein de l’ancêtre de toutes choses (le Principe). Il dispose de tous les êtres comme il convient, n’étant affectionné à aucun être. Advienne que pourra, il ne craint rien. Ainsi dirent Chenn-noung et Hoang-ti. Les politiciens actuels (Confucius et ses disciples) font tout le contraire, aussi éprouvent-ils des revers. Après la condensation, la dissipation ; après le succès, la ruine. La force appelle l’attaque, l’élévation attire la critique, l’action ne va pas sans déficits, les conseils de la sagesse sont méprisés, rien n’est ni stable ni durable. Retiens bien, ô disciple, que le seul fondement solide, c’est la connaissance du Principe et de son action.
(photo: aixcraker sur Flickr)
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29 juillet 2007
Le Sourire du Tao (4): philosophie de la déception
"Tu arrives à nous parler de Tao depuis plusieurs jours, sans avoir encore réussi à nous dire ce que c'est ! Bravo ;) Et là je pensais avoir ma réponse, mais c'est toujours aussi obscur !"
Voilà ce que dit Valeuf en commentaire du billet précédent.
Pour lui répondre, je pourrais le renvoyer à ce que j'écrivais dans le premier billet: "Ne comptez pas sur moi pour vous expliquer ce qu'est le tao. [...] Lisez plutôt les auteurs taoïstes."
Mais ce serait trop simple.
Valeuf fait part d'une déception.
Philosophie et déception sont souvent liées. Parce que l'on asimile souvent philosophie et science. Et qu'on voudrait que la philosophie donne des réponses, des résultats, comme la science. Or, ce n'est pas toujours le cas. Sinon, la philosophie n'aurait aucune raison d'être. Elle serait juste une branche de la science.
La déception en philosophie est courante. On peut en trouver des dizaines d'exemples. J'en donnerai seulement quatre (ne soyez pas déçu):
1. Platon est un exemple canonique. Beaucoup de ses dialogues se terminent par une aporie, c'est-à-dire une contradiction insoluble. Le lecteur attendait une réponse. Platon le laisse en plan. Le problème n'est pas résolu. Mais était-ce le but recherché?
2. Montaigne est décevant à sa façon. Dans les Essais, le sujet d'un texte n'a pas toujours de rapport avec le titre. En ce sens, le lecteur est déçu.
3. Wittgenstein prend le problème dans l'autre sens. La philosphoie est décevante car elle n'apporte pas de réponse scientifique, mais une méthode philosophique se bornant à apporter des réponses scientifiques nous décevrait, car l'interlocuteur "n'aurait pas le sentiment que nous lui enseignons de la philosophie".
"Ne rien dire que ce qui peut être dit; donc, ce qui concerne la science de la nature; donc ce qui n'a rien à faire avec la philosophie; et chaque fois que quelqu'un voudrait formuler un énoncé métaphysique, lui montrer que dans ses propositions, il n'a donné aucune signification à certains signes.
Cette méthode serait insatisfaisante pour l'interlocuteur (il n'aurait pas le sentiment que nous lui enseignons de la philosophie), mais ce serait la seule correcte." (Les Carnets de 1914-1916 _ 2 décembre 1916)
4. Les textes toïstes fourmillent de passages "décevants", où un des personnages a le sentiment qu'on ne répond pas à ses questions.
Juste un exemple, issu du chapitre 7 du Tchouang Tseu:
"Tien-kenn errant au sud du mont Yinn vers la rivière Leao, rencontra Ou-ming jean et lui demanda à brûle-pourpoint :
— Comment faire pour gouverner l’empire ?
Ou-ming jean lui dit :
— Tu es un malappris, de poser pareille question d’une pareille manière. D’ailleurs pourquoi me soucierais-je du gouvernement de l’empire, moi qui, dégoûté du monde, vis dans la contemplation du Principe, me promène dans l’espace comme les oiseaux, et m’élève jusqu’au vide par-delà l’espace.
T’ien-kenn insista. Alors Ou-ming jenn lui dit :
— Reste dans la simplicité, tiens toi dans le vague, laisse aller toutes choses, ne désire rien pour toi, et l’empire sera bien gouverné, car tout suivra son cours naturel."
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25 juillet 2007
Le sourire du Tao (1)
Pendant l'été, je publierai une série de billet sur le tao. Celui-ci est le premier.
Je partirai du Sourire du Tao, de Lawrence Durrell.
Mais au fait, qu'est-ce que le Tao? le taoïsme?
Ne comptez pas sur moi pour vous l'expliquer. Franchement, ça fait plus d'une semaine que j'y réfléchis et je ne sais pas quoi en penser. C'est flou.
Lisez plutôt les auteurs taoïstes. Trois sont connus:
1. Lao tseu, auteur du tao te king (wikisource)
2. Tchouang tseu, auteur du livre du même nom (wikisource)
3. Lie tseu, auteur du Vrai classique du vide parfait (pas disponible dans wikisource)
La première phrase du Tao te king est célèbre. Le mot "tao" y est traduit par "voie":
"La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel".
On peut réfléchir toute une vie sur cette phrase de Lao tseu. Ce serait sans doute une erreur. Il y a mieux à faire.
En fait, j'y lis une vraie libération. Je comprends: abandonnez les idées! Le vrai tao est au-delà ou en deça des idées.
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