Avec les blogs, on découvre (ou plutôt on redécouvre) le plaisir de dire ce que les autres ont déjà dit. Ce qu'ils ont dit mieux que nous, et, cela va de soi, avant nous.
Depuis l'origine, le blog s'inscrit dans une culture du mème: les chaînes de blogueur, sont là pour nous le rappeler.
Je me faisais cette réflexion en constatant le nombre effarant de billets publiés sur la mort de Philippe Séguin.
Chacun y est allé de son petit couplet. Pas un qui ne s'est dit: "tout le monde en a parlé, les journaux, la télé, et j'ai déjà lu cinq billets sur le sujet". Ici, et là, là, là, là, là, là, là, mais aussi là, là, là, là, et forcément là.
Non, ils ont sacrifié à ce plaisir: dire ce que les autres ont déjà dit. Et c'est très bien ainsi.
"Tout est dit et on vient trop tard", disait un auteur classique qui avait piqué cette phrase à un auteur de l'antiquité, qui lui-même la tenait d'on ne sait qui.
Dire ce que les autres ont déjà dit est une forme de rituel. Un rituel laïc. Une façon de s'inscrire dans une communauté. Et aussi une façon de se rassurer, peut-être.
illustration: Marcel Duchamp. En avance du bras cassé. Août 1964 (4eme version, après l'original perdu de novembre 1915). Moma