09 juillet 2007
La coup de boule de Zidane c'était bien
Il y a un an, Zidane donnait un coup de boule à un Italien en finale de la coupe du Monde de foot
Il y a un an, j'écrivais un billet sur le buzz, comment il se propage. Cherchant un exemple, le coup de boule de Zidane s'est imposé à moi. Et c'est ainsi que j'ai bénéficié de l'"effet coup de boule". Pour la première fois mon blog dépassa les 100 visites jour et je reçu une trentaine de commentaires, dont quelques spams. Tous les blogs ont connu cette fièvre...
Et Maradonna?
Ce qui est amusant, c'est que je n'avais pas l'intention de parler de Zidane. Mais je l'ai fait, car c'était "dans l'air". Ainsi naissent les bulles médiatiques.
Voici ce que j'écrivais il y a un an:
"En un mot, une bulle médiatique a gonflé sous nos yeux. Comme pour les caricatures de Mahomet, l’épopée de Youssef Fofana, l’affaire Clearstream, le tsunami et la mort de Jean-Paul II. Bien sûr, ces événements n’ont rien à voir les uns avec les autres, mais c'est dans la nature des médias de regrouper arbitrairement des faits : ainsi, à la Une des journaux le pire et le meilleur se côtoient."
Le blogueur est un drogué qui se shoote aux bulles médiatiques. Quelle montée d'adrénaline quand se produit l'événement...
Zidane et les marchands de tulipe
Ma Chambre au triangle d'or (livre de Pierre Louis Basse, où Zidane apparaît)
La Mélancolie de Zidane (livre de Jean-Philippe Toussaint)
08:20 Publié dans Blogs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : zidane, football, toussaint, juillet, coupe du monde, sport
11 décembre 2006
Zidane : coup de blues
Voici comment Toussaint l'explique : « Deux vastes courants souterrains ont dû porter le de très loin, le premier, de fond, large, silencieux, puissant, inexorable, qui ressort autant de la pure mélancolie que de la perception douloureuse de l’écoulement du temps, est liée à la tristesse de la fin annoncée, à l’amertume du joueur qui dispute le dernier match de sa carrière et ne peut se résoudre à finir. […] L’autre courant qui a porté son geste, courant parallèle et contradictoire, nourris d’excès d’atrabile et d’influences saturniennes, est l’envie d’en finir au plus vite… »
Et pour les blogueurs, Zidane a déclenché un énorme coup de buzz...
Lire aussi Maradonna
* 24 pages, 5€, éd. Minuit.
(Photo (anicienne): mais qui est ce type bedonant à côté de Zidane?)
09:40 Publié dans Art, littérature | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : zidane, littérature, buzz, médias, journalisme
07 novembre 2006
Ma chambre au triangle d'or
Ma Chambre au Triangle d’or, de Pierre-Louis Basse, est une plongée dans le monde des friqués.
Le triangle d’or est ce quartier compris entre l’avenue des Champs Elysées, l’Avenue Montaigne et l’Avenue George V. Pierre-Louis Basse, auteur à succès de Ma ligne 13, connais mieux les quartiers métissés et populaires. Le triangle d’or, pour lui c’est l’étranger.
Il jette un regard désabusé sur notre société. « Les marchands ont gagné ». Et il l’exprime dans un style enlevé, parfois très crû. Voilà ce qu’il écrit page 38:
« Les marchands avaient fini par s’imposer. Nous risquions de connaître des difficultés. Le monde s’était creusé en de multiples niches. Il y avait des niches pour les Juifs ; quelques cases pour les Arabes ; d’autres encore pour les homosexuels. Ceux qui couchaient dehors, rue de Rivoli ; ceux qui préféraient s’allonger dans des cartons, gare d’Austerlitz, rêvant à de prochains voyages. Tous ceux qui s’ennuyaient ferme : ils n’avaient finalement rien d’autre à faire que d’acheter des dizaines de sac à main en crocodile, ou bien des montres chères, des chaussures, des visons, des filles, des voitures de luxe, afin, peut-être, de se distraire pendant quelques heures.
D’autres encore qui avaient compris, grâce à certains sites grand public, que les filles arabes du 93 étaient de vraies salopes, oui, des chiennes qu’il fallait baiser en urgence. Il fallait baiser aussi les jeunes Russes, les vieilles. Les amputées, les grosses, les femmes enceintes. Les beurettes soumises. Les naines. Les grosses moches. Et tout cela se mélangeait dans des cerveaux fragiles. C’était un nouveau marché qui rapportait beaucoup.
Les arts, finalement, ça n’avait plus tellement d’importance. Je crois que c’était assez illusoire d’imaginer que les arts, désormais, pouvaient nous sauver. L’important dans cette histoire, c’était que nous étions sur le point, enfin, de nous transformer. Des bêtes. Nous étions redevenus des bêtes. Des bêtes immondes ».
Zidane au George V
Pierre-Louis Basse, journaliste sportif (Europe 1), se dit dégoûté du sport spectacle, comme il l’a raconté dans l’émission « minuit dix » (sur France Cul).
Mais ça ne l’empêche pas de réserver la dernière scène du livre à un footballeur. Le plus grand : Zidane.
Zidane, quand il vient à Paris, loge au cœur du triangle d’or. Et Pierre-Louis Basse écrit : « A sa façon, il avait fracassé le monde intouchable du pouvoir de l’argent. il avait choisi la chambre 238 du George V, comme un ancien bougnoule fait un bras d’honneur à l’usine et au chômage. La France s’était amourachée d’un prince arabe. Il y avait peut-être, dans ce pays, un temps pour les ratonnades, un autre pour la gloire. »
En plus:
Pierre-Louis Basse dans wikipédia
Paris au mois d'août I, II, III, IV, V, VI, etc. (série de photos prises sur les Champs, au mois d'aout)
(Photo: Paris au mois d'août, Nike Paris)
Et Maradonna
08:25 Publié dans Art, littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : pierre louis basse, littérature, radio, europe 1, zidane
11 juillet 2006
Zidane et les marchands de tulipes
Le coup de tête de Zidane. On l’avons vu en direct. Le quatrième arbitre l'a vu sur son écran de contrôle. Et puis on l’a revu. L’image a été téléchargée plus 1,6 million de fois sur Youtube. Journaux, télés et radios ont relayé le fait. Tous ont été interviewés : des joueurs, le frère de Zidane, le père de Materazzi, des psychologues, des sondeurs et, évidemment, Jacques Chirac ou Maradonna…
En un mot, une bulle médiatique a gonflé sous nos yeux. Comme pour les caricatures de Mahomet, l’épopée de Youssef Fofana, l’affaire Clearstream, le tsunami et la mort de Jean-Paul II (bien sûr, ces événements n’ont rien à voir les uns avec les autres, mais c’est un des effets des médias de regrouper arbitrairement des faits : ainsi, à la Une des journaux le pire et le meilleur se côtoient).
La bulle médiatique est comparable à une bulle spéculative. Une bulle spéculative ou boursière est une surestimation de la valeur d’un titre ou de l’ensemble des valeurs d’un secteur. On se souvient de la bulle d’Internet. La valeur de certaines entreprises a été surestimée. Puis, d’un coup, le cours des actions s’est effondré. La bulle a éclaté. C’est en Hollande, au XVIIème siècle qu’on a observé la première bulle. La spéculation portait sur les bulbes de tulipes. En 1636, un seul bulbe valait un carrosse, deux chevaux et tout leur harnachement, selon un historien.
Peter Sloterdijk, philosophe allemand a expliqué le lien qui existe entre bulle médiatique et bulle spéculative. Il résume l’idée en une formule : « Les journalistes sont des marchands de tulipes ».
Il argumente: « Aujourd’hui, chaque sujet ou thème qui peut provoquer l’indignation collective, est à comprendre comme autant de tulipes. Et les journalistes, dans cette perspective, ne sont rien d’autre que des vendeurs de tulipes, qui vous proposent des tulipes chaque jour. Ainsi, ‘‘le 20 heures’’ avec ces informations est le moment critique de la journée où l’on propose à une population une dizaine de sujets sur lesquels elle pourrait facilement s’indigner. Les thèmes sont toujours choisis de telle sorte qu’ils contiennent un certain potentiel d’indignation. Et de temps à autre, l’affaire éclate. La plupart du temps on passe sur cette proposition d’excitation, sur cette proposition d’indignation, tout simplement parce que la population est fatiguée : on ne peut guère s’indigner tous les jours. Mais dans le même temps on apprécie vivement le fait que les journalistes fassent leur travail, lequel consiste précisément dans le fait de nous présenter continuellement un répertoire de possibilités de nous indigner. De sorte que la température d’indignation de la société reste toujours constante. »
Précisons que Peter Sloterdijk a été au centre d'une "affaire" il y a quelques années, lors de la parution d'un de ses livres, comme c'est expliqué ici. Il sait donc de quoi il parle.
Ajoutons que s'il y a des vendeurs de tulipes, c'est qu'il y a des acheteurs. Supprimons les vendeurs et les acheteurs vont eux même cherchez leur dose de tulipes sur Youtube et ailleurs...
Combien de temps les marchands de tulipes vont-ils nous charmer et nous indigner avec le coup de boule de Zidane ? Assez longtemps pour qu’un autre bulbe de tulipe sorte de terre. Ne vous inquiétez pas : ils poussent très facilement ces temps-ci.
20:35 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : zidane, journalisme, sloterdijk, médias, youtube, tulipe
