02 juillet 2007
Pourquoi Alain Minc devrait quitter Le Monde
Jusqu'à récemment, le Monde était dirigé par trois hommes: Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc. Plenel a été licencié fin 2005. Colombani désavoué par la Société des rédacteurs le mois dernier. Dans ce cas, comment Alain Minc pourrait-il rester?
Mais Alain Minc ne l'entend pas de cette oreille. Il s'accroche. Il a sauvé sa tête grâce à un vote (10 voix pour, 7 contre, 3 votes blancs). Il veut rester coûte que coûte.
Mais la rédaction s'est braquée contre lui, comme l'écrit Claude Soula. Et surtout, les lecteurs écrivent en masse pour demander son départ, explique la médiatrice du Monde.
Ce qui est reproché à Alain Minc? D'avoir soutenu Nicolas Sarkozy? Certes. La domination du chef de l'Etat sur les médias est évidente, grâce au réseaux d'amitié qu'il s'est créé chez les patrons de médias. Mais ce n'est pas tout.
Le problème de fond est que "Le Monde" ne se porte pas bien. Les ventes sont en baisse constante. Le journal perd de l'argent.
Alain Minc est celui qui a constitué le groupe "Le Monde", à partir de 2001. Le "Monde" perdait déjà de l'argent. Le raisonnement de Minc est le suivant: en constituant un groupe, on sauvagarde les finances du quotidien et on préserve son indépendance.
Le groupe "Le Monde" est un montage financier très complexe. Ce shéma donne une idée des éléments qui le composent. Les titres les plus connus sont: Télérama, Courrier International, La Vie, Le monde Diplomatique.
Le groupe "Le Monde" compte aussi des actionnaires. Alain Minc a utilisé son carnet d'adresse pour attirer les grands patrons.
Ce groupe, ainsi constitué, est un vrai puzzle. Mais, au lieu de redresser financièrement le journal, il l'a alourdi. Il a contribué à disperser ses activités.
Et, surtout, les actionnaires sont entrés en masse dans le capital du journal. Arnaud Lagardère possède 15,9%. Aujourdh'ui ce sont eux qui soutiennent Alain Minc. Mais qu'en pensent les lecteurs?
07:05 Publié dans Le "Monde" | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : "Le Monde", Alain Minc, Sarkozy, Lagardère, médias, journalsime
21 novembre 2006
Pierre Catalan, un électron libre à l'UMP Boulogne
Interview podcast. Pierre Catalan est militant UMP. Ce blogueur de 21 ans aime débattre à propos de sa ville, Boulogne, mais aussi de l’Europe et du rôle de son parti.
Avant de rencontrer Pierre Catalan, je croyais que tous les jeunes de l’UMP soutenaient Nicolas Sarkozy comme un seul homme. En interview ce militant de Boulogne-Billancourt, j’ai compris que c’était plus compliqué. « Franchement, sur Nicolas Sarkozy je n’ai pas d’avis arrêté et j’attendrai le 14 janvier et les différents candidats pour savoir pour qui je voterai pour me représenter à l’UMP » m’a-t-il confié lors de notre entretien, le 13 novembre dernier dans un café parisien (écouter les podcasts ci après).
Pierre Catalan, 21 ans, est étudiant à Sciences-Po. Son domaine de compétence : les questions européennes. Il a étudié un an à Prague et appartient au Mouvement Européen. Il était déjà au RPR en 2001.
Blog et commentaires
Il a ouvert son blog en juillet dernier. Et déjà, plus de cent notes publiées. Cela comble son appétit de débat. « On pourrait faire de l’UMP au niveau local quelque chose de très démocratique et de très intéressant » m’a-t-il dit « On pourrait faire des débats d’idées. On ne le fait pas. Et j’essaie d’influencer dans ce sens grâce à mon blog. »
Il lit et commente les blogs de l’UMP. Notamment celui de Thierry Solère, maire-adjoint de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) et responsable de l’Internet à l’UMP (en binôme avec Claude Malhuret). Il déplore : « Je suis assez peu lu parce que le commentaire ne reste pas forcément très longtemps en ligne ». C’est la règle du jeu : le blogueur reste maître chez lui…
Pierre a aussi eu quelques escarmouches sur son blog. Le 18 octobre dernier, il écrit « suite à cette note, Thierry Solère a décidé de me supprimer de sa liste de liens ». Le 21 octobre : « Suite à cette note, j'ai été exclu sans explication du comité de rédaction du blog de l'UMP Boulogne ». Le 5 novembre, « Après un échange de 6 mails, Thierry Solère n’a pas voulu m’envoyer de compte-rendu de réunion ».
Seul Internet permet à un jeune militant d’interpeller ainsi un élu de son parti. Mais la réponse, comme on le voit, ne suit pas toujours…
Clans et caciques
Au sein de l’UMP, Pierre se considère comme un électron libre. « Quand Nicolas Sarkozy a accédé à la tête de l’UMP en 2004, il a déclaré : « Je veux des jeunes libres, je veux que vous soyez libres et je ne veux pas que vous soyez prisonnier y compris de ce que je pense moi-même. » Je l’ai pris à la lettre ».
Christophe Carignano, blogueur UMP, le classe parmi les blogueurs chiraquiens.
Lui-même ne se revendique pas de quelqu’un en particulier. Il rejette les réflexes « claniques ». « Je trouve très dommage qu’il y ait certaines personnes à l’UMP qui aient envie de fermer le débat autour d’un clan. Je ne vais pas parler de responsables nationaux. Je pense qu’il y a des caciques qui tirent la couverture à eux en prenant Nicolas Sarkozy comme prétexte. »
Lors d’une première rencontre, fin octobre, il m’a confié : « Je suis un UMP tendance Kouchner. J’apprécie les gens qui savent sortir des dogmes et des courants partisans ». Les personnes qu’il écoute le plus à l’UMP sont Alain Juppé et Patrick Devedjian. Il se dit libéral et souhaite populariser les idées européennes.
Nicolas Sarkozy
"Nicolas Sarkozy provoque chez moi beaucoup d’admiration, parfois une adhésion très forte à ce qu’il dit et parfois un peu de rejet parce que parfois il y a une adaptation du discours que parfois je ne comprends pas. Par exemple, je ne comprends pas l’usage du mot « racaille » et du mot « kärcher ». Et je ne comprends pas une adaptation du discours qui va une fois altermondialiste, une fois un peu plus libérale. Il n’y a pas vraiment de contradiction mais je m’y perds un peu parfois".
Ceux qui prennent Nicolas Sarkozy comme prétexte
« Je trouve très dommage qu’il y ait certaines personnes à l’UMP qui aient envie de fermer le débat autour d’un clan. […] Je ne vais pas parler de responsables nationaux. Je pense qu’il y a des caciques qui tirent la couverture à eux en prenant Nicolas Sarkozy comme prétexte. Dans ces moments là, et outre certains discours de Nicolas Sarkozy qui provoquent un peu le doute chez moi, ces gens-là provoquent chez moi des réactions de rejet. »
Commentaires chez Thierry Solère
« Je suis assez actif aux commentaires mais je suis assez peu lu parce que le commentaire ne reste pas forcément très longtemps en ligne. C’est-à-dire que parfois j’ai tendance à m’emporter ou Thierry Solère trouve que le commentaire est déplacé »…« Ce qui m’intéresse beaucoup c’est l’exigence intellectuelle parce que sans ça on dévoie la démocratie. C’est très important quand on est élu local et qu’on a un blog. […] Parfois Thierry Solère n’a pas le temps d’écrire des notes très détaillées et j’aime bien soulever des points qui sont un peu superficiels ».
Les blogs UMP
« Le blog de l’UMP relaie beaucoup ce que disent les responsables de l’UMP. Il y a peut-être des militants qui ont des choses intéressantes à dire et qu’on pourrait publier sur ce blog. Je trouve dommage d’inciter les militants à ouvrir un blog sur une plateforme donnée. L’achat de mots clés ne me dérange pas mais le spaming me dérange ».
La tentation d'un autre candidat
08:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : UMP, politique, médias, journalsime, Sarkozy
10 novembre 2006
L'Huma, la Croix et le pluralisme
La Croix et l’Huma. Deux journaux atypiques aujourd'hui, car ce sont des journaux d’opinion. J’ai comparé deux éditions de ces quotidiens (celle du 26 septembre 2006). Et, effectivement, le journal catholique et le journal communiste ont des visions du monde différentes.
Juste trois remarques:
- Sur la Une, les deux journaux n’ont rien en commun. Le titre de Une : « GDF : la parole d’Etat reniée » pour l’Huma et « La baisse du chômage touche enfin les Rmistes » pour La Croix. Les deux journaux ont un titre en bandeau : « Cachan : toute la gauche répond présent » et « Benoît XVI veut développer le dialogue entre chrétiens et musulmans » (vous avez deviné que le premier c’est l’Huma et le second La Croix). Enfin, dix autres sujets apparaissent en Une. Pas un seul ne se retrouve à la fois chez La Croix et L’Huma. « Bush s’accroche à la torture », « l’agression des policiers aux Tarterêts », « les collectifs anti libéraux », « le Printemps en septembre (Toulouse) » pour l’Huma. « L’accueil des handicapés », « l’immigration en Europe », « la Bulgarie et la Roumanie en Europe », « Le budget de la France », « Nouveau gouvernement au Japon », « Ben Hur de Robert Hossein », « Un éditorial ».
- Sur certains sujets, il y a des convergences. Exemple : un référendum suisse qui durcit la loi sur les étrangers. Le sujet est présenté dans les deux journaux. Les deux réprouvent cette loi. Comme l’écrit La Croix « les appels de la gauche, des Eglises et de certains partis du centre droit contre le durcissement de ces mesures ont été vains. » Autre point commun, en passant: ces deux journaux sont au format tabloïd.
- Le pluralisme est essentiel. Il est en danger. Politis, Libé, L’Huma, France Soir, sont menacés de disparition. Par ailleurs, beaucoup de titres ont des lignes éditoriales très voisines. Le Point, L’Express et le Nouvel Obs sont très souvent interchangeables. Enfin, une question : que ce serait-il passé si j’avais comparé Métro et 20 Minutes ?
(Photo: Don Camillo, ou l'époque bénie des luttes entre les curés et les cocos).
08:30 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : médias, journalsime, la croix, l'huma
24 octobre 2006
Article supprimé
Nous prions nos lecteurs de bien vouloir nous excuser. L’article que nous devions publier aujourd’hui a été supprimé.
Nous craignions, en effet, d’offenser nos amis musulmans. Certains d’entre eux auraient pu être choqués. Et comme nous n’avons pas le temps de relire le Coran en Arabe littéral, nous préférons limiter les risques. Donc, nous nous fions à l’ouverture d’esprit de nos amis musulmans et nous décidons de ne pas publier le texte.
Certains passages auraient pu déplaire à nos amis catholiques. Benoît XVI, la conférence des évêques de France et les ligues de vertus auraient pu être choqués. Donc, nous nous fions à leur discernement et nous retirons ce texte.
Des représentants de la religion juive auraient pu également prendre ombrage de certaines allusions contenues dans l’article. Un passage du Talmud, que nous n’avons pas eu le temps de relire, aurait pu entrer en contradiction avec notre discours. Nous nous en battons la coulpe et, respectant l’esprit de tolérance de nos amis juifs, nous ne publions pas ce texte.
Les partisans du capitalisme auraient pu discerner dans l’article une critique de l’économie de marché. Qu’ils soient rassurés : l’auteur de ces lignes est persuadé de la justesse des lois du marché autorégulé et de la concurrence libre et non faussée. Et, confiants en leur finesse d'esprit, nous jugeons préférable de ne pas publier ce texte.
Nos amis gauchos se seraient sans doute étranglés de rage en lisant ce texte. Nous sommes convaincus que Brejnev, Lenine et Georges Marchais possédaient la vérité et qu'Olivier Besancenot a de bonnes idées. C'est pourquoi, nous fiant à leur honnêteté intellectuelle, nous supprimons cet article.
Enfin, nous avons pensé à nos amis mal comprenants. Certains passages obscurs auraient pu leur échapper. Qu’ils se rassurent, nous ne publierons rien.
S’il reste des personnes que j’ai oubliées ou qui seraient choquées par la présente note (qu'est-ce que ça aurait été si nous avions publié le texte incriminé), elles peuvent exprimer leur désaprobation dans un commentaire, car il n’y a rien que nous ne plaçons au-dessus de la liberté d’expression.
09:15 Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (46) | Envoyer cette note | Tags : liberté d'expression, journalsime, médias

