26 janvier 2009
L'indifférence et la taille des écrans

Récemment, dans la rue, un clochard était assis à l'entrée d'une banque.
Les passants l'ignoraient. Un homme, la soixantaine, chapeau à larges bords, écharpe rouge, passe devant lui. Il soupire et détourne la tête. Peu après, un adolescent passe, jette un oeil au sac de couchage, mais ne manifeste aucune réaction.
Je ne peux m'empêcher de penser à la taille des écrans de télévision. Ont-ils une influence sur notre façon de voir le monde? Les jeunes générations, qui n'ont pas connu la vie sans les écrans, sont-ils plus froids, plus indifférents?
Voilà ce qu'écrit Jacques Ellul à propos de la télévision:
"Je vois, et forcément puisqu'il y a l'écran, je reste à distance. Et cela devient une attitude construite: tout ce que je rencontre dans la rue est de la même réalité que ce que j'ai vu sur l'écran. Lorsque je rencontre un mendiant ou un chômeur, je porte le même regard superficiel et désincarné que sur les squelettes vivants du tiers-monde que la télévision me montre périodiquement. C'est exactement l'extrême de la déréalisation: confusion du monde vivant avec le monde montré." (Le Bluff technologique)
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Commentaires
Le cas de la distanciation face au réel (quoique l'exemple du clochard n'est peut-être pas le plus pertinent: on a tous tellement croisé de gens dans le rue qu'il y a malheureusement une part d'habitude dans l'indifférence) va aussi avec l'inverse: quand le virtuel devient réel. C'est en tout cas un lot commun employé par les médias. Après la tuerie dans une crèche en Belgique, les premiers commentaires ont souligné la ressemblance dans le maquillage entre l'assassin et le personnage de Joker dans Batman.
Écrit par : misala | 26 janvier 2009
:-))
Écrit par : monsieur Poireau | 26 janvier 2009
Là, le petit écran joue le rôle de diffuser de ces idées, malheureusement...
Écrit par : Mathieu L. | 26 janvier 2009
Quel état d'esprit?
Écrit par : Eric | 26 janvier 2009
Quand j'habitais à Saint-Etienne, il y avait très peu de mendiant. Je tenais de ma mère de leur donner quasi systématiquement un peu de monnaie. En arrivant à Paris je me suis senti comme submergé. Comme pour certaines images de famine en Afrique, je me suis senti impuissant...
Écrit par : Antonin | 26 janvier 2009
Passer du temps chez eux est toujours enrichissant et incroyablement reposant. Au sens noble du terme. On se ressource à ne pas avoir d'écran à proximité : ni internet ni télé. Juste des personnes qui rient et échangent.
La vie sans écran nécessite du partage, de l'entraide, du lien pour se serrer les coudes et passer le temps. La consommation ? Quelle consommation ! Les besoins sont finalement très peu nombreux à y réfléchir d'un peu plus près...
Écrit par : MERLIN | 26 janvier 2009
Ainsi la TV nous "détache" de notre propre contexte et en échange nous rapproche des contextes plus éloignés.
Écrit par : Aurélien | 26 janvier 2009
Oui, tu as raison!
Ellul est un auteur souvent considéré comme technophobe, et sur ce point là il ne faut peut-être pas le suivre.
Ce n'est sans doute pas l'outil qui est en cause; l'outil est relativement neutre. C'est la manière dont nous l'utilisons.
Écrit par : Eric | 26 janvier 2009
L'immédiaté et le besoin de rassembler le plus de téléspectateurs interdisent le temps de la réflexion, le recul necéssaire.
Aujourd'hui c'est la tempête, tous ces pauvres gens qui ont tout perdu (tu remarqueras qu'ils aiment beaucoup les pauvres à la télé, c'est fédérateur les pauvres). Hier, c'était Obama, le premier noir Président du plus grand des pays, un enfant pauvre (encore un !), multi racial et tellement charismatique. Et demain ? Demain ils trouveront un nouveau héros, une nouvelle histoire à feuilletonner pour captiver le "pauvre" téléspectateur. Et l'émotion là encore interdira toute mise en perspectives.
Personnellement, j'en apprends beaucoup plus sur la société lorsque l'électricité est coupée, que ma femme, et mes enfants, et mois, et le chien, on se parle en se regardant.
Lorsque les gens se retrouvaient pour parler, échanger, faire un loto, histoire d'occuper leurs soirées, ils en apprennaienbt bien d'avantage sur les maux de notre société qu'en fixante la lumière froide et hypnotique de leurs si pauvres écrans.
Écrit par : MERLIN | 27 janvier 2009
:-))
Écrit par : Filaplomb (éditeur) | 27 janvier 2009
Écrit par : MERLIN | 27 janvier 2009
Écrit par : anne | 27 janvier 2009
Évidemment que la télévision met en scène, évidemment qu'elle biaise la réalité, évidemment qu'elle est perfectible, qu'elle ne détient pas la vérité absolue et que ses objectifs premiers ne sont que rarement ceux que l'on attend.
Cependant, pour reprendre tes exemples, s'il y a bien un biais dans le traitement médiatique de la tempête ou de l'élection d'Obama, il n'empêche que ces deux événements sont d'importance nationale et internationale et que sans la télévision de nombreux citoyens n'en auraient pas eu conscience ou si peu.
Rien ne sert de trop noircir le tableau. Même s'il s'agit d'une espèce en voie de disparition, il y a encore des gens qui savent l'éteindre, prendre du recul, faire la part des choses et "décrypter" le message. C'est la preuve que le défaut n'est pas que dans l'outil mais aussi - et je pense avant tout - dans la mauvaise utilisation qu'on en fait, sans doute par manque d'éducation, ou de sensibilisation, en ce sens.
C'est un média complet (information, divertissement, culture,...) à consommer avec modération et détachement, et qui effectivement ne doit pas remplacer les contacts directs familiaux, amicaux ou sociaux. C'est un média qui par définition ne pourra jamais satisfaire tout le monde et risque constamment la dérive. Soyons simplement vigilants.
Écrit par : Aurélien | 27 janvier 2009
Écrit par : le coucou | 27 janvier 2009
Avant les clochards nous dérangeaient, maintenant, ils font partie du paysage. Ils continuent peut-être de nous déranger, mais juste avant la banque, on en avait déjà croisé 2 ou 3 autres...
Écrit par : armel | 27 janvier 2009
Je me le demande. Savoir et contempler, ce n'est pas la même chose.
La télévision, ne peut pas faire penser, réfléchir (hors mis à travers le débat, ce qui est comble télévisuel !), elle ne peut que montrer, mettre en scène, dans un opéra émotionnel !
J'ai travaillé trois ans à TF1 où j'écrivais et je dirigeais l'enregistrement des bandes-annonces avec d'autres rédacteurs comme moi. Mon travail consistait à dramatiser, impliquer le téléspectateur, l'entraîner invariablement sur le terrain de l'émotion, de l'incroyable. Evidemment, la chaîne (TF1, France Télévison ou M6, etc) ne vous le demande pas implicitement, simplement la seule solution pour être le plus efficace et attirer le téléspectateur, c'est cette attidude là.
Tu as raison, il faut savoir tenir ses distance avec ce média, savoir l'utiliser. Mais l'exercice est impossible pour le téléspectateur. Il est mené par ses émotions et cela rend forcément con.
Devant l'écran nous sommes tous cons
Écrit par : MERLIN | 28 janvier 2009
Écrit par : monsieur Poireau | 28 janvier 2009
"Mais l'exercice est impossible pour le téléspectateur. Il est mené par ses émotions et cela rend forcément con."
À un degré peut-être moindre n'est-ce pas le cas de tous les médias et de toute œuvre artistique? La "mise en scène" dont tu parles, on la retrouve un peu partout. Même en contact direct, nos sens, notre vécu, nos propres expériences filtrent la réalité. Nos émotions sont toujours à l'affût, en quelque sorte.
Maintenant c'est vrai qu'à la télé cette mise en scène est mise au service non seulement du message mais aussi, et surtout, du succès auprès de l'audimat.
Écrit par : Aurélien | 28 janvier 2009
Le montage, la mise en scène, le choix du cadrage, et de ce qu'on choisit de montrer ou de ne pas montrer "décide" à notre place ce que l'on va penser, ou plutôt "ressentir" de l'information qui nous ai présenté. Le journaliste choisit-il de s'attader sur le regard de l'enfant à coté du général qui parle, ou bien décide-t-il de rester cadrer en très gros plan sur le visage martial ?
Ce choix change tout, non ?
La différence avec tous les autres média, c'est la part de l'imaginaire qui nous est confisquée.
La radio ou la presse écrite nous présente un fait dans une dimansion, l'écrit ou la parole, et un auteur clairement identifié, celui qui écrit ou celui qui parle. C'est son point de vue qui nous ai donné. Et nous, face à cette information, nous imaginons, nous élaborons une pensée : la notre.
La télé nous présente un film, une histoire. Nous n'imaginons pas des paysages, des visages, une problématique, nous la voyons !
Écrit par : MERLIN | 30 janvier 2009
"Ce choix change tout, non? La différence avec tous les autres média, c'est la part de l'imaginaire qui nous est confisquée. "
En effet, sur l'instant du visionnement en tout cas.
Je ne nie pas que la télévision soit plus pernicieuse que d'autres véhicules d'informations, mais je suis aussi convaincu qu'elle reste un outil maitrisable, non sans une certaine culture/éducation du décryptage, pour le spectateur.
Et je ne crois pas que nous ayons tous les mêmes dispositions qui feraient que d'un seul et même reportage nous retenions tous le même message.
Écrit par : Aurélien | 30 janvier 2009
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