12 septembre 2008
Benoit XVI, Caroline Fourest et Rue89

La visite du Pape, vue par le prisme des commentaires de Rue89.
L'"événement" c'est la venue du Pape en France. Autour de l'événement, le livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Le Nouveaux soldats du Pape. Et, autour du livre, la promo.
Voilà comment ça se passe en général. Un sujet "qui fait débat" et un livre "qui crée l'événement"... ou se greffe sur lui.
Observons comment ça se passe chez Rue89. Le livre a été chroniqué par Jean-Yves Camus, chercheur à l'Iris. Résultat: 15 000 visites, 267 commentaires. Pas mal!
Et la qualité de ces commentaires? Si on aime l'invective, on est servi. Pour le fond, il y a quelques pépites, mais elles sont rares.
Quelques remarques, mais on peut en produire bien d'autres:
L'auteur laisse-t-il une place aux commentateurs?
En tant que blogueur on le sait bien. Si on ne laisse pas une place au lecteur, il pourra lire votre note, mais il ne la commentera pas. Or, dans le long texte de Jean-Pierre Camus, on a l'impression (juste l'impression) que tout est dit. Pourquoi commenter?
Les commentateurs sont-ils valorisés?
Le site ne valorise pas assez les commentateurs. Si, par exemple, les commentateurs étaient identifiés par un avatar, ou une photo permettant d'accéder à un profil, on n'aurait pas cette impression de lire 250 commentaires qui se ressemblent. C'est dommage, d'autant que certains commentateurs se donnent la peine de commenter à plusieurs reprise. Et il n'y a pas que de vulgaires trolls.
Pour obtenir un investissement plus grand des commentateurs, il est nécessaire de les valoriser. Et c'est valable également sur un blog! Leur répondre est déjà une bonne chose. Mais on peut imaginer plus.
D'où parle l'auteur? Et pourquoi?
Comme le note un des commentateurs, l'article de Jean-Yves Camus se veut surtout une incitation à lire le livre de Caroline Fourest. C'est un compte-rendu de lecture, plutôt bienveillant. On peut y voir un renvoi d'ascenseur (la colonne de gauche présente le livre de Jean-Yves Camus)...
Le sujet attire la polémique et les trolls
La religion est un de ces sujets qui appelent les trolls.
Parler de religion sur son blog, ou sur un média, ça ne va pas de soi. C'est un sujet de spécialistes ou qui ne relève que du domaine privé.
Or, dès qu'on parle de ce sujet sensible, il se peut qu'on attire des commentateurs qui ne viennent pas d'habitude. C'est facile de s'écharper sur des sujets qui n'appellent pas la discussion: on croit ou on ne croit pas, point.
Un exemple, entre tous, un blogueur connu commente:
" Ah, Caroline Fourest…On sait, au moins, « d'où » elle parle. Cela relativise l'intérêt de l'ouvrage dont on peut imaginer qu'elle n'a jamais seulement songé à faire une étude objective."
Et c'est tout. Ce blogueur, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est rarement objectif, exige des autres qu'ils le soient. Faute de quoi, il refuse de commenter!
Et ce qui est amusant, c'est que ce commentaire en suscite des dizaines d'autres. Qui ne s'intéressent qu'à une chose: qui est ce blogueur, d'où il parle (comme on disait en mai 68). C'est un catho sarkozyste. Voilà: on l'a catalogué, tout comme Caroline Fourest est cataloguée par ce dernier. Pas besoin de débattre.
Et l'ensemble des commentaires est à peu près de la même eau. Ce qui amène cette réflexion: où est-ce que ça cloche? Qu'est-ce qui, dans le dispositif, fait que le rapport entre l'article et les commentaires n'est pas pertinent et ne produit pas de la valeur?
Publié dans Pipole, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (16)


Commentaires
Je n'ai pas de réponse !
On a tous remarqué combien est grande la déception après avoir écrit un article qu'on juge "de fond", de ne récolter que quelques maigres réaction tandis qu'une vanne à deux balles et en deux lignes suscite moults commentaires.
Mais on ne peut quand même pas réguler ça, non ?
:-))
Ecrit par : Monsieur Poireau au CDI ! | 12 septembre 2008
Non, effectivement, je ne suis pas objectif, je n'ai jamais prétendu l'être, et j'annonce clairement la couleur. Je revendique d'être catholique. En revanche, je ne revendique pas d'être sarkozyste. J'ai soutenu Sarkozy ce qui, pour moi - mais soit, je reconnais que la nuance est difficile à faire - ne suffit pas à faire de moi "un sarkozyste".
Voilà. J'aurais donc préféré que chacun sache bien quelles étaient les positions de Caroline Fourest, que l'on ne retrouve décidément que dans l'agressivité.
Ecrit par : koz | 12 septembre 2008
Ecrit par : Pascalou | 12 septembre 2008
Être catholique n'est pas appartenir à une espèce menacée. L'intérêt des blogs est leur diversité.
Et quant à l'agressivité de Caroline Fourest, elle me dérange moi aussi. Mais l'agressivité d'autres personnes également, et plus encore. Je parle bien sûr de ceux qui instrumentalisent le discours religieux pour imposer ou justifier une politique de régression sociale. Religion, opium du peuple. La religion c'est un questionnement de l'individu, tout au long de sa vie, et en ce sens elle est plus que respectable, vitale pour certains, mais la religion et la politique doivent rester séparées.
Et, à mon sens, c'est le sens du message de Caroline Fourest: repérer les cas où la religion empiète gravement sur la politique.
Ecrit par : Eric | 12 septembre 2008
Ben, oui... C'est ce qui s'appelle un compte-rendu de lecture (ou critique) positif...
Ecrit par : Irène | 12 septembre 2008
Ce qui est bien observé, c'est l'utilité de commenter dans ce genre de médias, des "clapiers à commentaires".
Ecrit par : balmeyer | 12 septembre 2008
Je ne te le fait pas dire :)
Caroline Fourest a le droit d'avoir ses opinions, mais j'estime qu'un compte rendu doit commencer par la resituer, pour ne pas vendre comme un ouvrage neutre et descriptif ce qui est un pamphlet très orienté.
Fourest commence à être connue pour n'écrire que des brulots, mais ce n'est pas une raison pour ne pas signaler sa spécificité. Je suis assez d'accord avec koz, ne mentionner d'où parle Fourest est quelque part malhonnête pour un compte rendu qui se veut objectif.
Ecrit par : authueil | 12 septembre 2008
Oui, c'est un peu ce qui me frustre dans Rue89: pas assez de respect des commentateurs.
Et une autre chose: Rue89 ne se démarque pas assez des autres médias. Trop dans une logique d'audience. Je n'ai pas trop envie de cliquer quand je vois les titres dans mon agrégateur.
@Irène,
J'ai essayé d'euphémiser.
@Authueil,
Oui, préciser qui est CF était la moindre des choses. D'accord, JY Camus est un rédacteur, un chercheur, pas un journaliste. Mais il revenait à l'équipe de Rue89 de mettre son papier en perspective.
Ecrit par : Eric | 12 septembre 2008
Ecrit par : romain blachier | 12 septembre 2008
Oui, on ne peut pas distinguer le ton de CF du contexte: une époque où, indéniablement, le religieux refait surface, souvent avec violence.
Ecrit par : Eric | 12 septembre 2008
Les techniques utilisées jusqu'à maintenant pour tenter de gérer "un peu" les commentaires dans les sites très fréquentés ne semblent guère donner de résultat (votes, systèmes de replis, ou de mise en avant). Et ça commence à devenir un coût non négligeable pour les médias (appel à des société externes de modération), alors il faut bien mettre une plus-value en face pour jutifier ce coût... L'UGC n'est pas si gratuit que ça, et sa valeur reste à démontrer. ;-)
Il va peut-être falloir s'y prendre différemment : quelques idées...
- supprimer les commentaires sous les articles dans les sites de médias et renvoyer vers un forum général du média...
- passer les commentaires en modération a priori et n'éditer que ceux qui apportent une valeur (avec un vrai travail d'édition : corriger l'orthographe et l'expression, ajouter des liens si c'est utile, fusionner les commentaires défendant le même point de vue...)
- n'ouvrir les commentaires que lorsque l'auteur est en ligne et anime le fil (avec annonce préalable du rendez-vous), comme une sorte de tchat...
- développer dans les rédactions des escouades de journalistes spécialisés dans l'animation des commentaires (qui soient clairement identifiés par les commentateurs), des sortes de gentils coach, selon l'expression de Jeff Jarvis, qui jouent les GO du site...
Ecrit par : narvic | 12 septembre 2008
(et il me semble que ce n'est pas la premère fois).
Si tu vas sur le Site de Libé, tu as le même genre de p`roblème,
plus les articles sont orientés et plus le flot de commentaires va à vau l'eau...
Mais sachant que chacun peut s'exprimer anonymement, cela incite forcément à la prise d eparole débridé.
Réuni les même dans une pièce, met l'auteur de l'article sur une scène et les aurtes dans la salle et tu verras que le débat sera plus court et moins débridé.
Mais en conférence aussi il y a des trolls, c'est a`dire des "imbéciles" qui monopolisent le micro...
Pour ma part, je pense que l'auteur doit pouvoir orienter les commentaires en offrant systématiquement les pistes du d´ñabts, par des questions directement adressées aux lecteurs ou par des phrases demanadant l'avis sur tel ou tel point.
Ecrit par : BertranD | 12 septembre 2008
On a juste là un exemple de ce qui se produit régulièrement dans les autres forums de journaux en ligne (Fig, Monde, Libé, Marianne) où seuls les plus extrémistes s'expriment, mais ce n'est pas la situation habituelle de Rue89 contrairement aux autres médias cités. En outre, Rue89 est revenu récemment sur ses méthodes de notation trois fois en moins de six mois : en changeant les critères pour les pastilles, en changeant le repli des commentaires mal notés, puis en supprimant le repli. Le taux de trolls a cependant baissé nettement, de même que les guerres de fils pour faire taire l'adversaire en repliant tous ses commentaires dès qu'il s'exprime. D'ailleurs, la présence d'un profil est l'assurance de cabales dirigées contre une personne dont on aurait toutes les dernières interventions ou de montée en puissance d'un petit groupe qui s'autocongratulerait sans cesse entre soi comme on peut le voir ailleurs. C'est une très mauvaise solution.
Ecrit par : Dominique | 12 septembre 2008
Mais la particularité de Rue89, si j'ai bien compris, c'est que le contributeur de l'article doit se charger de répondre aux commentateurs. Tout le monde n'est pas forcément doué pour ça.
En plus, si certains sujets attirent les trolls, certains auteurs aussi. C'est le cas de Catherine Fourest, qui déchaîne pas mal de passions, soit pour son intransigeance envers les intégristes de tout poil que pour son soutien à Philippe Val et quelques autres.
Ecrit par : Irène | 12 septembre 2008
Non, pas d'agressivité particulière envers Rue89! C'est un bon site d'infos et je ne suis peut-être pas tombé l'article où les commentaires étaient les plus inspirés. Je ne généralise pas sur l'ensemble du site.
Voir cet exemple chez libération:
http://ils.sont.la/post/commentaires-mediocres-et-sans-interets-5-erreurs-liberation-a-ne-pas-commettre
Tu dis: "Pour ma part, je pense que l'auteur doit pouvoir orienter les commentaires en offrant systématiquement les pistes du d´ñabts, par des questions directement adressées aux lecteurs ou par des phrases demandant l'avis sur tel ou tel point."
Or, cette fois ce n'était pas le cas.
@Dominique,
"La valorisation des commentaires par un avatar et un profil n'apporte strictement rien"
OK! Ca me semblait un plus.
"D'ailleurs, la présence d'un profil est l'assurance de cabales dirigées contre une personne dont on aurait toutes les dernières interventions ou de montée en puissance d'un petit groupe qui s'autocongratulerait sans cesse entre soi comme on peut le voir ailleurs. C'est une très mauvaise solution."
Effectivement, on retombe sur la situation que l'on connaît sur Digg ou les sites similaires. Un groupe prend le "contrôle" du site ou tout du moins acquiert une force suffisante pour imposer ses vues.
@Irène,
Oui, le problème est commun à beaucoup de sites généralistes, sinon à tous.
Je pense que la source du pb vient peut-être du fait que les commentateurs, finalement, parlent dans le vide. L'auteur de l'article ne leur répond jamais.
Ecrit par : Eric | 12 septembre 2008
Ecrit par : Marie-Aude | 14 septembre 2008
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