25 avril 2008
La précarité rend mystique (ou l'inverse?) (3)
Ce billet est le dernier d'une série de trois. Il part d'une question simple: pourquoi Nicolas Sarkozy veut-il à tout prix instrumentaliser la religion? La question doit être prise au sérieux. (Le billet premier est ici et le deuxième là)
Quand on parle de mystique, on pense forcément à Nicolas Sarkozy. La religion, il en parle sans arrêt. Je pense qu'il faut le prendre au sérieux sur ce sujet.
Pourquoi Nicolas Sarkozy met-il la religion à toutes les sauces? Pourquoi a-t-il écrit deux livres* sur la religion? Pourquoi a-t-il créé le conseil du culte musulman? Pourquoi s'est-il fait filmer de nombreuses fois en compagnies de rabbins? Pourquoi a-t-il baisé la main du pape et prononcé son discours de Latran?
Opium du peuple pour les banlieues
Avonçons une explication relativement simple et classique. Pour lui, la religion doit remplir son rôle d'opium du peuple. Il l'a dit à plusieurs reprises.
Ainsi, dans les banlieues, les religieux pourront suppléer au manque d'assistantes sociales. Avec, en plus, ce "supplément d'âme" du religieux. Cette fameuse supériorité du curé sur l'instituteur, énoncée par le chef de l'Etat dans un curieux discours.
De tels discours confortent les religieux. C'est un feu vert pour une contre-offensive de ces conservateurs. Les militants anti IVG, anti gay, par exemple, peuvent espérer être mieux entendu. Régression assurée.
L'économie mondialisée fait des victimes. Pour ces "déchets" de la société capitaliste, comme les désigne, pour dénoncer leur situation, le sociologue Zygmunt Bauman, il ne reste plus qu'à se trouver un dieu, une religion ou une drogue pour oublier. C'est, du moins, le point de vue des conservateurs, auxquels Sarkozy emprunte l'idéologie, comme l'avait remarquablement démontré Serge Halimi.
Mystique de mauvais aloi
La mystique de mauvaise aloi, ce sont aussi les sectes. Ne pas sous estimer le sujet, ne pas l'occulter non plus. Dans le domaine, Nicolas Sarkozy a toujours été très ambigu: pas de condamnation ferme des sectes. Un laisser faire très libéral.
On peut lire à ce sujet ce rapport, publié en 2004. Il émane de la Miviludes, organisme chargé de lutter contre les dérives sectaires.
Ce qui me paraît intéressant dans ce document, c'est l'analyse des doctrines qui soutendent l'ultra-libéralisme. La religion y joue un rôle de consolation, d'opium du peuple.
L'auteur écrit notamment: "Un faisceau de présomptions tend à montrer que le Pouvoir institué au sommet par les élections législatives et présidentielles de 2002 essaie d'instrumenter les religions, les sectes et la nébuleuse New Age"
Sans chercher à voir des complots là où il n'y en a pas, il faudrait être aveugle pour ne pas, tout simplement, s'interroger sur le rôle joué par les religions dans l'action politique de la droite, et notamment de Nicolas Sarkozy.
Communication et injonctions paradoxales
Autre point intéressant de la stratégie de communication de Nicolas Sarkozy (et de la droite depuis 2002): les injonctions paradoxales, le recours au double discours, comme je l'avais déjà évoqué.
"Le recours au double message contradictoire et aux injonctions paradoxales, l'usage du double bind, semble apparaître comme une technique de communication politique du gouvernement actuel."
L'exemple le plus frappant de cette politique du double discours, c'est d'un côté on fait un Grenelle de l'Environnement et de l'autre le rapport Attali.
Novlangue officielle
L'analyse de Laurent Fabius me paraît pertinente: "Ce qui me frappe aussi, c’est la novlangue officielle, cette communication érigée en propagande. " (24 novembre 2007)
Ainsi, si Nicolas Sarkozy essaie de modifier la loi de 1905 sur la laïcité (comme il en a plusieurs fois exprimé le souhait), dirons-nous que ça n'a aucune importance?
* Son premier livre, sur Mendel, et son livre sur la religion et la république
Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (20)




Commentaires
Ecrit par : Didier Goux | 25 avril 2008
Et aujourd'hui je vais être d'accord avec Didier Goux, parler d'opium du peuple n'est pas heureux, je respecte trop la foi de certains de mes amis pour voir en eux des gens qui cherchent à s'évader dans je ne sais quel chemin
Ecrit par : Didier | 25 avril 2008
Les religions sont pleinement respectables.
Mais la ligne jaune est franchie quand on l'utilise à des fins politiques.
L'expression opium du peuple a été reprise par Marianne. Elle me paraït juste pour qualifier les visées de Nicolas Sarkozy, même si ce ne sont que des visées.
Ecrit par : Eric | 25 avril 2008
mais c'est interessant, on pourrait alors remplacer dans cette expression le mot 'religion' par "foi "ou tout simplement 'espoir' ou 'espérance'
il y a qq chose de formidablement trompeur dans cette notion de foi (qu'elle soit religieuse ou pas) qui implique forcément l'espoir, parce que l'on pense communément que l'espoir fait vivre et donne de l'energie pour avancer dans la vie
or, à mon sens, l'espoir maintient seulement en vie et ne donne pas souvent l'impulsion des actes, en tous cas pas pour la majorité de ceux qui s'y accrochent à tout prix.
l'espoir maintient très souvent dans l'assujettissement , l'inertie, on s'accroche à l'espoir que tout va changer, va aller mieux, on s'en remet au très haut ou à je ne sais qui pour améliorer notre sort ou celui du monde.
c'est au prix de l'espoir que des femmes battues restent auprès de leur tortionnaire, c'est à ce prix que les pauvres continuent à survivre sans se révolter haut et fort, c'est au prix de l'espoir
c'est d'ailleurs pour cela que les politiques usent de ce mot, espoir, espérance, parce que ce mot est porteur de temporisation, d'attente, d'immobilisme...
et c'est par désespoir que les gens se rebellent, se mettent à agir...
enfin c'est ainsi que je le vois....
(bien sur on peut aussi me rétorquer que s'il n'y avait de l'espoir dans les luttes elles n'aboutiraient pas, certes, cependant si l'on réfléchit un peu à l'Histoire, et si l'on s''arrete un peu sur la condition des pauvres et des précaires, l'espoir ne leur sert à rien....sinon à leur faire accepter leur condition)
Ecrit par : anne | 25 avril 2008
Oui, je sais bien que l'expression est de Marx!
L'espoir fait vivre! L'espérance est une vertu. Mais une vertu trompeuse, comme tu le dis justement.
Le livre de Nicolas Sarkozy s'appelait, justement La république, l'espérance et les religions.
Ecrit par : Eric | 25 avril 2008
Ecrit par : dominique | 25 avril 2008
Ecrit par : Didier Goux | 25 avril 2008
Ecrit par : Farid | 25 avril 2008
Tu veux dire: qui est le gars à côté de Sarkozy?
(Non, tu fais bien d'inverser la blague)
Ecrit par : Eric | 25 avril 2008
Ecrit par : dominique | 25 avril 2008
Ecrit par : anne | 25 avril 2008
Pour ta gouverne, sache que la foi, l'espérance et la charité sont les trois vertus théologales!
Ca t'en bouche un coin?
Comme on le disait, l'espérance est une vertu trompeuse, mais l'absence d'espérance (le désespoir), c'est la mort. L'homme ne peut vivre qu'en se projetant. Et s'il ne peut se projeter dans une espérance, il meurt.
(Ce qui est trompeur, à la réflexion, ce n'est pas l'espérance en elle-même, mais les faux espoirs).
Ecrit par : Eric | 25 avril 2008
parce que ce tu affirmes comme étant des vertus ne le sont que pour ceux qui croient en dieu....
il en est de même pour tout ce qui est proné par la religion chrétienne (ou une autre)
ces références là ne sont pas le s miennes, elles ne valent donc rien pour moi, (ceci dit je respecte ceux qui s'y réfèrent)
s'il faut se référer à cela pour pouvoir vivre , alors il faudrait aussi accepter toutes les autres injonctions divines ou préceptes religieux
(l'ultime espérance pour les chrétiens étant d'intégrer le paradis)
je ne crois pas tant que cela à cette assertion : qu'il faille de l'espérance pour vivre, sinon mourir
on peut tout à fait avancer dans la vie, sans espérance particulière, et l'absence d'espérance n'est certainement pas le désespoir.Entre les deux peut-être y a t-il la place pour ce qu'on appelle la lucidité...
et la distinction que tu fais entre l'espoir et les faux espoirs, j'avoue ne pas la saisir
qu'est-ce qu'un faux espoir ? Un espoir jamais devenu réalité ? mais l'espoir n'a jamais eu comme définition la certitude qu'ils serait réalisé Eric....
Ecrit par : anne | 26 avril 2008
Ce que j'appelle faux espoir, c'est quand on espère en quelque chose qui se révèle décevant quand on l'obtient.
D'accord avec toi sur le fait que l'"on peut tout à fait avancer dans la vie, sans espérance particulière, et l'absence d'espérance n'est certainement pas le désespoir."
Cela dit, je pensais comme toi, mais je pense moins comme ça. Même si je ne saurais pas te dire exactement ce que j'espère...
Enfin, bien sûr que tu peux rejeter ces éléments de la doctrine chrétienne. Pour moi, ce ne sont pas des éléments de croyance (je ne suis pas croyant), mais des éléments de connaissance psychologique.
Ecrit par : Eric | 26 avril 2008
Anne : ne pas croire en Dieu (ce qui est mon cas) ne suffit pas à ôter toute pertinence aux enseignement vétéro et néo-testamentaires, tout de même !
Ecrit par : Didier Goux | 26 avril 2008
ce qui est d'ailleurs en contradiction avec une autre partie de moi-même qui pense que tout ne doit pas être expliqué ou démontré....
et bien sur que non, je ne rejette pas d'un bloc tout ce qu'a pu apporter la tradition judeo chrétienne, puisque cela a façonné l'homme, qu'il soit croyant ou pas ; les fondements même de la société actuelle reposent sur cette tradition, et ce que l'on appelle aujourd' hui morale laïque est quasiment identique à la morale chrétienne
mais cela ne m'empêche pas d'exercer mon esprit critique, et de m'indigner , là, sur ce qu'elle a pu faire de notre capacité à accepter et à subir, sous prétexte d'espérance...
Ecrit par : anne | 26 avril 2008
Ecrit par : Didier Goux | 26 avril 2008
:-)
[Je casse un peu le niveau des commentaires mais il faut oser dans la vie, comme disait Jésus !]
Ecrit par : monsieur Poireau | 26 avril 2008
Dieu et l'État
Bakounine
:)
Ecrit par : Docteur Peuplu | 27 avril 2008
Ecrit par : Eric | 27 avril 2008
Ecrire un commentaire