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09 octobre 2007

Sarkozy ou l'art du flou

La clarté est une vertu de l'intelligence. C'est aussi une forme d'honnêteté. Dire clairement qui on est, avancer sans masque, cela rend la vie moins conflictuelle.

Mais ce qui est vrai pour le commun des mortel l'est-il pour le dirigeant politique? Vérité et politique ne font pas toujours bon ménage, comme l'écrivait Hannah Arendt.*

Il ne faut pas toujours dire la vérité aux enfants ni au peuple. Nicolas Sarkozy le sait mieux que d'autres...

Pendant la campagne, il a su entretenir le flou autour de son programme, autour de ses idées. Et il a été élu.

"Ouverture" et brouillage

Aujourd'hui, il continue de pratiquer cet art du flou. Sa stratégie d'"ouverture" poursuit ce but: rendre floues les lignes de clivage droite gauche pour éviter de clarifier son message. Et pour ne pas avoir à se justifier.

Au final, les citoyens en sont conduits à se dire que le clivage droite-gauche n'existe plus, puisque des socialistes sont entrés dans le gouvernement Fillon. "Au fond, la droite et la gauche sont à peu près d'accord sur le libéralisme, l'Europe et même les lois Hortefeux", peut se dire le citoyen lambda. Mais avec cette logique, on va droit vers le parti unique, comme le suggère le philosophe Alain Badiou...

Identité nationale plutôt floue

Le concept d'identité nationale est un autre exemple. Certains électeurs ont compris qu'il s'agissait non seulement de faire flotter le drapeau mais aussi de dresser les barricades. Et, s'il le faut, comme on le voit aujourd'hui, de tester l'ADN de l'Etranger. Bref, le clin d'oeil à l'extrême droite était visible.

Or, quand on lit les textes de l'UMP, on s'aperçoit que le concept d'identité nationale défendu par Nicolas Sarkozy n'a rien à voir avec la haine de l'étranger. Relisons Patrick Devedjian ou les propositions de Nicolas Sarkozy. Elles sont floues à souhait: "Je défends une identité française fondée sur un certain nombre de valeurs sur lesquelles je ne transigerai pas: la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’égalité pour tous les territoires, la promotion sociale, la valorisation du mérite."

Et pourtant, certains électeurs sont laissés séduire par ce concept d'identité nationale, savamment accouplé à celui d'immigration. Comment sont-ils tombés dans le panneau?

Revirement sur la question turque

Sur ses amitiés avec la droite américaine, Nicolas Sarkozy a su entretenir le flou. Ainsi, lui qu'on disait atlantiste s'est bien gardé, pendant la campagne, de faire allusion à son amour de l'Amérique ou de rappeler tout ce qu'il devait aux conservateurs d'outre atlantique.

Sur la question turque, pareil. Il a su entretenir le flou. Ségolène Royal dénonce aujourd'hui l'incohérence de sa diplomacie. "Le refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union semblait pourtant réglé. Association oui, adhésion non : Nicolas Sarkozy en avait fait une question de principe, lors de notre débat. Quelques mois plus tard, frappé par un principe de réalité jusqu'alors nié, il dessine une perspective radicalement différente. La fermeture qu'il prônait se voit du jour au lendemain disqualifiée." (Le Monde)

Où est le problème?

Et, bien sûr, sur les réformes du Droit du travail, sur les retraites, c'est aussi le flou. Au point que les syndicats ne savent pas sur quel pied danser. Les syndicats de salariés, bien sûr, mais aussi les syndicats patronaux, dont certains (comme la CGPME) commencent à grincer des dents. Bref, Sarkozy joue en eaux troubles et il aime ça.

Autre exemple: les tests ADN qu'on voudrait imposer aux candidats à l'immigration. Qu'a dit Sarkozy? "Où est le problème?" Trois mots, seulement. Une façon de laisser la mêlée se poursuivre. De laisser le flou perdurer. Pour mieux, lui, compter les points.

Le rôle d'un président de la République aurait été, au contraire, de clarifier les choses, de rappeler les principes. Mais quels sont les principes de Nicolas Sarkozy?

*citée par le journaliste Edwy Plenel

Commentaires

Floues, si l'on veut !!! Les choses sont claires : le Traité Constitutionnel Européen a été rejeté par référendum mais le nouveau mini TCE reprend 98% de l'ancien ! le mépris que Sarkozy a manifesté pour les juges était clair et la politique de Dati l'est tout autant, le tropisme de Sakoprzy pour les riches était évident, il est clair dans ses actes, .... on pourrait continuer encore longtemps. Où vois-tu que les choses soient floues ?

Ecrit par : Didier | 09 octobre 2007

Permets moi de te féliciter pour cet angle d'attaque. Sarkozy a bâti sa campagne sur deux malentendus à mon sens : sa compétence (l'épreuve des faits montre chaque jour un peu plus qu'il méconnait beaucoup de sujets, y compris et surtout la politique étrangère et les questions économiques); sa clarté.
Tes exemples illustrent l'absence de clarté, contrairement à la propagande médiatique habituelle.
Bravo !

Ecrit par : Juan | 09 octobre 2007

@Didier,

Je vais prendre un exemple qui n'est pas dans le texte: le Grenelle de l'environnement. Une belle leçon d'enfumage!

La présence des personnalités de gauche, cela crée un flou considérable.

Et sur l'Europe, c'est ton point de vue. Les médias ont tous dit que Sarkozy avait sauvé l'Europe. Qu'at-il fait réellement?

Et quant au tropisme de Sakoprzy pour les riches il est affirmé, mais Martin Hirsch va nous faire un Grenelle de l'insertion...

Ecrit par : Eric | 09 octobre 2007

"j'crois qu'c'est clair, Ma'ame Christine (allez, remets une poire en passant ...) son principe c'est diviser pour mieux régner" ... Cf : le PS, l'UMP, la mairie de Neuilly ...

Ecrit par : Vivi | 09 octobre 2007

@Vivi,

;-)

Ecrit par : Eric | 09 octobre 2007

Nicolas serait donc fuzzy logic ?

Ecrit par : Farid | 10 octobre 2007

Ouai enfin ce flou, ces revirements et cette hypocrisie, Sarko n'en a absolument pas le monopole.

Et Royal n'a aucune leçon à lui donner.


Cela étant dit, sans aller jusqu'au parti unique, le clivage droite-gauche n'a plus aucune pertinence, du moins pas dans ses formes actuelles, les clivages sont ailleurs.

Ecrit par : Xavier | 10 octobre 2007

Ca y est, encore un pas de plus : la droite et la gauche, ce serait la même chose !
Mais alors que dire d'un Sarkozy qui, pour imposer une "droite décomplexée, une droite qui n'a pas honte d'être de droite" (dixit lui-même) embauche des gens de gauche en son gouvernement !
:-)

Ecrit par : filaplomb | 10 octobre 2007

@Filaplomb,

Ces personnes ont toute un point commun: elles s'estiment flouées par la gauche, ne se sentent pas reconnues à leur juste valeur (Kouchner, Bockel, Besson).
Pour Hirsch et Amara, ce sont des personnages "libres", venus de la société civile: ils ont pensé qu'ils pourraient mieux servir leur cause en entrant au gouvernement. Ils peuvent être qualifiés de "naïfs"...
Ce sont des idiots utiles du sarkozysme.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Idiot_utile

Ecrit par : Eric | 10 octobre 2007

L'Identité Nationale passe par la promotion du mérite ?

N.B. : Ton lien sur Devedjian est flou.

Ecrit par : Nicolas J | 10 octobre 2007

@Nicolas,

Oui, la vision de Sarkozy de l'IN est totalement floue. Elle reflète une certaine inculture, mais aussi une grande habileté politique.

Réparé le lien.

Ecrit par : Eric | 10 octobre 2007

Pour les personnes dotées d'une réelle conscience politique, les méfaits de Sarkozy n'ont absolument rien de flous et sont aisées à décrypter. Mais pour un grand nombre de gens, ce n'est pas le cas, et la novlangue néolibérale qu'il emploie entretient en effet l'ambiguité à son profit. C'est une fabrique totalitaire de retournement du langage : la TVA est "sociale" et bientôt "pouvoir d'achat", les tests ADN "facilitent" la situation des immigrés candidats au regroupement familial... C'est pourquoi le combat passe d'abord par la terminologie : employer les mots justes pour désigner la politique actuellement mis en oeuvre est la première étape de sa stigmatisation.

Ecrit par : Sophie | 10 octobre 2007

Le clivage gauche/droite me semble tout à fait indépendant des partis politiques ; ce n'est pas parce que Royal ou Sarkozy cherchent à flouter les concepts habituels que ce clivage n'existe plus.

Il existe bel et bien dès qu'il s'agit de parler logement par exemple. La droite défend la propriété et la gauche défend la répartition du logement social.
Il existe dès qu'il s'agit de parler de service public. Que sais-je ?

ça me fait penser à une phrase du philsophe Alain ( que l'on doit retrouver dans les propos sur le bonheur). A son époque déjà, d'aucuns prétendaient "l'obsolescence" du clivage gauche droite et voici ce qu'il en disait (peu ou prou)...
"quand j'entends quelqu'un dire que le clivage gauche droite est dépassée ou n'existe pas, la première réflexion que je me fais est que l'auteur de ladite sentence est de droite".

Ecrit par : Télétubs | 10 octobre 2007

Télétubs,

Je suis assez d’accord avec toi, mais quand tu caricatures (« La droite défend la propriété et la gauche défend la répartition du logement social »), je ne suis pas persuadé que ça aide la cause…

Ecrit par : Nicolas J | 10 octobre 2007

bah, heu...oui t'as raison. c'est vrai...je voulais juste délimiter des axes assez larges...
Surtout que le clivage existait au niveau des idées, au-delà des partis...

Il fallait schématiser...

Ecrit par : Télétubs | 10 octobre 2007

Tout à fait d'accord avec Télétubs. Non seulement le clivage gauche/droite n'a pas disparu, malgré l'affaiblissement du discours émis par certains socialistes, malgré la pseudo-ouvertude en vogue (qui baptise ministres des gens étiquettés de gauche tout en raclant l'électorat lepéniste), mais il est plus nécessaire que jamais étant donné le processus de droitisation effrenée de l'exécutif. Sur l'ensemble des questions politiques, économiques et sociales, le fossé est profond.
Prétendre que la gauche et la droite, c'est pareil, est en effet un poncif du discours de droite. Il y a 25 ans, la question "le clivage droite/gauche est-il encore valable" était déjà le sujet de la dissertion du concours d'entrée de Sciences-Po Paris. Pour moi, c'était non à l'époque, çà l'est encore plus aujourd'hui (je vous rassure, mon passage à Sciences-Po fut bref, le formatage des cerveaux n'était pas de mon goût).

Ecrit par : Sophie | 10 octobre 2007

@Sophie,

"Prétendre que la gauche et la droite, c'est pareil, est en effet un poncif du discours de droite. "

D'accord!
Les gens qui disent que la droite et la gauche c'est pareil sont de droite. C'est même à ça qu'on les reconnaît!

Ecrit par : eric | 10 octobre 2007

je bois du petit lait en lisant Sophie, merci Sophie - et j'emploie une terminologie choisie !!!!

Ecrit par : Didier | 10 octobre 2007

je bois du petit lait en lisant Sophie, merci Sophie - et j'emploie une terminologie choisie !!!!

Ecrit par : Didier | 10 octobre 2007

Sarkozy est le reflet même de la société dans laquelle on vit, ou dans la société à laquelle on veut nous faire croire :

On est dans une société de gagnants, les perdants restentsur la touche "à vie", cet exemple peut se retrouver partout dans la société, et surtout dans l'emploi, pis à l'école primaire voire plus :

Qu'est ce qui va faire sortir du lot tel ou tel candidat dans un entretien d'embauche ?

Quel est le caïd de l'école de votre enfant ?

Quel est le surdoué qui raffle toutes les bonnes notes ?

Quel employé recevra les honneurs de son patron, quel est celui qui sera le mieux récompensé et augmenté ?

ça commence déjà à l'école, on formate des gamins à devenir des enfoirés de service, on copie le modèle chinois malgré nous, on veut formater les gamins pour en faire des leaders, pourquoi le soutien scolaire a autant de succès aujourd'hui ?
L'enfant n'a plus d'enfance : il se sent obligé de par la pression que lui infligent ses parents et de la société actuelle sans compter l'Edication nationale, il n'a pas le droit d'échec, c'est stupide car l'échec fait partie du développement de sa personnalité.

L'échec ne fait pas partie du vocabulaire français depuis X années, tu n'as plus le droit d'être chômeur, maman, enceinte, être mère ou père au foyer, quel est la caricature du "bon français"actuellement ?
C'est le couple cadre trentenaire, 3 enfants élevés par une nounou, bossant jusqu'à pas d'heures, propriétaire, consommateurs et titulaires d'un 4X4...je ne suis pas loin même si c'est un peu exagéré.

Sarkozy c'est ça : c'est un gouvernement de "mède" dans une société qui se pourrie de l'intérieur, mais, heureusement, quelques milliers de résistants dont tu fais partie se relaient pour contrer tout ceci, et il faut le contrer Sarkozy, car bien évidemment les effets à court termes ne vont pas se faire sentir tout de suite, mais à long terme, ça va être dur pour les électeurs de Sarkozy et encore pire pour nous autres !

Le vote Sarkozy est ni plus ni moins un vote de protestation comme en 2002 avec Le Pen au 2° tour ! Sauf qu'on est tous dans la mède à cause de 53% de nombrillistes..enfin, ça ne m'empêchera pas de dormir, mais je lutte à ma manière sur le terrain, et c'est terrain miné tous les jours, car les lois se durcissent de plus en plus, au grand dam du peuple qui ne voit rien passer, quand on parlait de vaseline il y a 6 mois, on voit son efficacité ;-)

Jamais il y a 20 ans un mec comme Sarkozy ne serait arrivé au pouvoir, la question est de savoir qu'est ce qui a pu provoquer son élection, ça, à part le nombrillisme et la peur de l'échec donc, de la précarité et du chomage, bien orchestrée par le gouvernement aux méthodes Bushistes, "tenir un peuple par la peur", c'est très très efficace et Sarko se gausse tous les jours !

Ecrit par : Fanette | 10 octobre 2007

@Fanette,

Un sacré coup de gueule, dont je partage tout! Sauf que moi je n'aurais pas su le dire comme toi!

Ecrit par : Eric | 10 octobre 2007

Bravo Fanette !
C'est très bien vu le coup du parallèle entre 2002 et l'élection de Nicolas Sarkozy. On peut effectivement le voir comme ça ! :-)

Ecrit par : filaplomb | 10 octobre 2007

Il faudrait des décpryteurs. Une majorité de français sont entretenus depuis nombre d'années dans un contexte volontairement "déculturisé" . on voit fleurir de plus en plus d'émissions a la télé ( Pour Filaplomb :j'ai vu lu ton commentaire sur site : la vie , l'amour, la mort et...la télé ) sans queue ni tête, abrutissantes qui durent des heures. Lorsqu'on éteint le poste, on se demande qui l'on est et pourquoi l'on n'arrive pas à faire ce qui parait si simple. Du coup , on se sent petit, gras , gros, moche , pauvre et c...
Ils rigolent tellement tout seuls dans leur petit monde bien fermé..Qu'on les prenne par catégories :" théatreux", cinéastes, chanteurs et autres... On y mêle un politique ou deux, histoire de faire ouvert.. Et quand on veut faire l'ouverture, on prend les mêmes et on recommence.Ils disjonctent en coeur , comme un seul homme avec l'air tellement inspiré qu'on pourrait croire à l'intelligence.
Tu as raison Fanette, c'est bien ainsi que ça se passe.
Et le télé-spectateur n'y voit que feu.
Il croit qu'il est devenu plus intelligent par poste interposé.
je ne me moque pas , cela me fais plutôt mal au coeur.
En plus dans la cours de récré, le gamin qui ne commente pas la dernière émission passe pour un "abruti"...comme quoi , c'est maintenant à la base qu'il faut revoir la culture.
Certains profs ont beau lutter avec conscience contre le phénomène , c'est parfois bien difficile.

Ecrit par : christie | 11 octobre 2007

Le génie de Sarko, finalement, c'est de dire de façon tranchante des choses floues et ambigües qui masquent des options très précises. .

Pour celui qui n'approfondit pas, la manière de dire masque le flou du contenu. Pour celui qui approfondit, on voit les options très précises se profiler derrière le voile du flou.

Malheureusement, ceux qui approfondissent sont moins nombreux que ceux qui se donnent cette peine. D'où les 53%.

Ecrit par : mc | 11 octobre 2007

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