29 septembre 2008

Bolloré veut lancer un quotidien payant

Vincent Bolloré envisage de lancer un quotidien payant généraliste "vendu entre 0,50 et 1 euro". (sourdce: AFP)

Le modèle de Vindent Bolloré est le journal italien Il Foglio. Créé en 1996, Il Foglio est un journal de quatre pages, qui se veut le quotidien de l'intelligentsia de droite italienne.

Bolloré possède plusieurs journaux gratuits: Direct Matin et Soir.

Récemment, il disait son scepticisme quant à la rentabilité des gratuits: "La presse gratuite est adaptée à une certaine demande : majoritairement celle des jeunes pour qui l’information est un produit gratuit. Ils sont nés dans un monde où l’information, à travers la télévision, la radio, Internet, est gratuite. Pour autant, il restera toujours un public prêt à dépenser de l’argent pour s’informer".

10 juin 2008

Direct Soir: glissement du journalisme vers la communication

Sous prétexte de "journalisme gratuit", Direct soir propose des pages de communication favorable au gouvernement. Vincent Bolloré, l'industriel, propriétaire du journal, l'estime non rentable. Il a néanmoins passé accord avec la RATP pour que Direct Soir et Matin plus soient les seuls gratuits disponibles dans le métro parisien. Pour mieux accroître son influence auprès de son ami Nicolas Sarkozy?

Sarkozy direct soir.jpgVous avez sûrement déjà feuilleté un numéro de Direct Soir. Ce journal gratuit est diffusé dans une quinzaine de villes françaises. Il offre un bel exemple de glissement du journalisme vers la communication.

Journalisme et communication ont tous deux leur raison d'être. Mais ils ne poursuivent pas le même but. Alors que le journalisme vise à dire la vérité, la communication cherche à produire un message destiné à convaincre. Dans le domaine de politique, la communication revêt une importance considérable.

 
Politique et divertissement
 
Ce n'est donc pas un hasard si Direct Soir fait régulièrement ses Une sur des sujets politiques. Et si ces sujets mettent en vedette lechef de l'Etat et les ministres, comme le souligne Maxime avec pertinence.

La trame de ce journal gratuit est simple au possible. Les premières pages sont consacrée à l'éloge de la politique gouvernementale. Le reste est dévolu à la mode, à la culture et au sport. Cette dichotomie ne va pas de soi. On peut notamment se demander: pourquoi une telle place accordée à la politique si Direct Soir se veut être un journal culturel ou divertissant, bref un gratuit consensuel?

 
Epouser le discours de l'Elysée

 Ainsi, dans le numéro du jeudi 5 juin, avec Nicolas Sarkozy en Une (téléchargeable ici) on lit en page 2 que Jean-Louis Borloo va faire de la France un leader européen en matière de développement durable. On découvre en page 4 un article tout à la gloire de Nicolas Sarkozy: "L'Elysée à l'heure européenne". Les surtitres prouvent bien qu'on a affaire à un texte de communication et non à du journalisme: "Axe de la présidence", "convaincre", "les défis". L'auteur de l'article épouse parfaitement les objectifs, les arguments et les "défis" du chef de l'Etat. Il n'y a pas ce recul, cet esprit critique qui définissent le journalisme.

La "Une" réalisé avec Photoshop

Un des must de Direct soir, c'est la photo de Une. Choisie avec soin, elle est quasiment réalisée en partenariat avec Photoshop. Sur le visage de Nicolas Sarkozy, nulle aspérité, une lumière parfaite. Le réalisme soviétique ne faisait pas mieux.

bollore.jpgDirect Soir est-il rentable? Il semble que non, selon cet écho de Renaud Revel, où l'industriel confie qu'il n'y a pas de "modèle économique" pour la presse gratuite.

Le gratuit pas rentable

Il estimait, dans La Croix: "La presse gratuite est adaptée à une certaine demande : majoritairement celle des jeunes pour qui l’information est un produit gratuit. Ils sont nés dans un monde où l’information, à travers la télévision, la radio, Internet, est gratuite. Pour autant, il restera toujours un public prêt à dépenser de l’argent pour s’informer.  " Le point de vue de Rupert Murdoch est similaire.

 Bolloré a le monopole du Métro

Vincent Bolloré aurait investit entre 500 000 et un millions d'euros pour un accord avec la RATP, lui permettant de distribuer en exclusivité ses journaux gratuits dans le métro parisien. (selon Marianne)

C'est fin 2007 que Bolloré a remporté l'appel d'offre de la Ratp, lui permettant de distribuer ses gratuits dans 176 stations sur 300 au total. Un marché qu'il ne pouvait pas perdre : «Le principal critère pour emporter ce marché c'était l'argent, la qualité du matériel, des présentoirs. Certes, le contenu des titres entrait en ligne de compte, mais de façon marginale. Et Bolloré a mis beaucoup d'argent sur la table pour l'emporter » explique Michael Bitan, le directeur général du journal gratuit Metro.

Fabriquer du consentement

L'analyse de Maxime (Cabinet) est intéressante, lorsqu'il distingue la rhétorique du Figaro et celle de Direct Soir, même si je ne partage pas entièrement son analyse "gauchiste", notamment concernant le Figaro, dont les pages débat sont tout de même assez pluralistes:

"Fabriquer le consentement, naturaliser la parole gouvernementale, présenter chaque action et chaque réforme comme uniquement et purement positive, positive dans le temps, comme mouvement du monde, comme battement du monde, comme pulsation du temps contemporain ; portée par des gens honnêtes et dynamiques, dont l’agenda est chargé. L’actualité est et ne peut être qu’un temps gouvernemental, segmenté uniquement par l’action du ministre de tutelle du domaine concerné.

Ce n’est pas du tout la même chose que le Figaro, Direct Soir. Direct Soir n’a pas de morale, si l’on veut, pas de déontologie journalistique, aucune dignité ; c’est le cynisme poussé jusqu’au dégueulasse. Parce que le Figaro, ce sont les éditoriaux ultra-droitiers, la haine sociale vis-à-vis de l’autre, de l’étranger, de toutes les différences d’avec l’Homme blanc bourgeois catholique hétérosexuel, etc ; la manipulation des titres et des sondages pour soutenir le gouvernement, certes. Mais cette action commando droitière ressemble bien peu au travail de neutralisation et de naturalisation, d’aplatissement et d’aplanissement de Direct Soir".

Direct soir est diffusé à 500 000 exemplaire, depuis le 6 juin 2006. 

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14 décembre 2007

Nicolas Sarkozy: "la presse est globalement de gauche"

Pour Nicolas Sarkozy, "la presse française est globalement de gauche" et il faut se réjouir que "des industriels investissent dans la presse".
Les deux affirmations se contredisent? Peu importe pour le chef de l'Etat. Lisez cette interview donnée au Nouvel Observateur pour vous en rendre compte.
Des propos jugés "inacceptables" par le Forum des sociétés de journalistes. Surtout, Nicolas Sarkozy refuse de répondre sur ses liens avec les industriels patrons de presse...
Il estime que "la presse est globalement de gauche". Ca devrait le réjouir, lui l'homme de l'ouverture. Au contraire, ça l'agace. Pourquoi donc?
Quelques remarques sur ces propos du chef de l'Etat...
1. Nicolas Sarkozy ne répond pas à la question. On lui demande s'il est intervenu auprès de certains médias et il répond sur l'indépendance de la presse en général.
2. "La presse est globalement de gauche". Plutôt que de répondre, Nicolas Sarkozy lance une affirmation  outrancière dans la forme et erronée sur le fond. Outrancière car il  dit "la presse", comme  s'il n'y avait qu'une presse et non des groupes de presse. Erronée car, comme il le dit lui-même juste après, les grand groupes de médias français sont la propriété d'industriels: Bouygues, Dassault, Lagardère, Bolloré, Arnault, Pinault. Ces hommes de droite ont tous des idées bien arrêtées sur l'"indépendance" de leur presse. Cela ne signifie pas que la presse soit "globalement de droite": évitons de parler de façon trop schématique. Les choses sont plus subtiles que cela.

3. Pour Sarkozy, il n'y a que deux choix possibles. "Réjouissez-vous que des industriels investissent dans la presse plutôt qu'elle appartienne à des fonds de pension anglo-saxons !"

C'est un trait typique de l'argumentation de Nicolas Sarkozy. C'est soit ça , soit ça. Soit la presse appartient à des industriels français, soit elle appartient à des fonds de pension américains. Avec lui, on est toujours confronté à des choix impossibles. Et au final, quand on l'entend parler, on n'a pas d'autre solution que d'être d'accord avec lui. Bref, pour Nicolas Sarkozy, une presse ne peut pas être libre. Elle ne peut pas appartenir à des groupes de médias, tout simplement.

4. Le président avocat des grands patrons. Est-il normal que le président de la République se fasse l'avocat de cinq personnes, très respectables, mais dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux du pays? Si les Français ont élu Nicolas Sarkozy, c'est pour qu'il défende les intérêts du pays, pas ceux des marchands d'armes, de luxe ou de maçonnerie.
Rappelons que les industriels qui possèdent les groupes de médias bénéficient de fonds publics. C'est avec vos impôts que le Figaro propage des "idées saines" avant de servir à emballer le poisson.
5. Le ton du discours. Les points d'exclamation et d'interrogation, les expressions outrancières ou familières: "hypocrisie française", "exploser de rire", "vous pouvez dormir tranquilles". Cela traduit l'état d'énervement du président de la République. Visiblement, il n'aime pas qu'on évoque sa proximité avec les patrons de presse. Pourtant, quand il annonce aux médias le nom du futur patron des Echos il trouve ça très naturel. Le ton de Nicolas Sarkozy n'est pas celui auquel nous ont habitués les président de la République. Un président, ça parle calmement, et surtout, ça n'est pas partisan.
Nicolas Sarkozy affirme "la presse est globalement de gauche". Ca devrait le ravir, puisqu'il prône l'ouverture. Or ça semble le désoler. Qu'en conclure?
6. Des journalistes molassons. Le journaliste du nouvel Observateur ne le relance pas. Il aurait pu poser une deuxième question plus précise, sur les Echos, Paris Match ou sur une journaliste du Point qui a rejoint l'Elysée, etc. Les sujets ne manquent pas. Mais, en France, il faut déjà s'estimer heureux quand un journaliste pose une question très vague au chef de l'Etat...
7. Sarkozy et Le Monde. Nicolas Sarkozy évoque l'éditorial du Monde appelant à voter pour Ségolène Royal. Pourquoi ne dit-il pas que le patron du Monde, Alain Minc, a appelé à voter pour lui? Pourquoi ne parle-t-il pas des nombreux articles écrits par ce même journal les mois précédant son élection? Sans doute parce qu'ils ne lui étaient pas trop défavorables. Surtout, ils avaient l'avantage, pour lui, d'être calqués exactement sur son agenda. Quand Sarkozy parlait d'identité nationale, c'était en Une du Monde. Quand un autre homme politique essayait d'imposer un autre thème, c'était presque impossible...
8. L'Obs. Sarkozy dit "D'ailleurs le Nouvel Observateur m'a réservé des unes particulièrement "sympathiques", non ?" Le journaliste de l'Obs aurait pu répondre: "Non".
9. Vision partisane. Le plus étonnant, de la part d'un homme d'"ouverture", est d'avoir une vision aussi partisane des choses. D'un côté la presse "globalement gauche". De l'autre la droite et les industriels. Normal pour le président de l'UMP, pas pour celui de la République. Cette vision partisane a été dénoncée par Jean-Michel Dumay, président du Forum des sociétés de journalistes.
10. Les noms des industriels. Bouygue est cité à part. "Un de mes meilleurs amis". Dassault est cité avant Lagardère, qui se disait pourtant "le frère" de Sarkozy. Pinault, le chiraquien, est cité en dernier, normal. Et Bolloré, il ne possède pas de journaux? Le président a oublié de le citer. Ils ne sont plus copains?

05 juin 2007

Encore un Matin (plus)

 L'article dont nous parlions hier sera finalement publié par Matin plus. Il avait été censuré, car il mettait en cause les pratiques de la police française.

La décision de ne pas publier l'article venait de la direction. "La direction de Bolloré média avait justifié sa décision en expliquant que l'article en question était "extrêmement désagréable pour la France"." indique Le Monde. Les journalistes, réunis en assemblée générale, ont exigé que l'article soit bien publié.

C'est moins joli que le Paloma cette histoire...

  • Voici l'article qui sera publié dans Matin Plus

04 juin 2007

Censure à Matin Plus

Alexandre Lévy a pris un risque en dénonçant sur son blog une "petite censure, franche et décomplexée". Un article devait être publié dans le gratuit Matin Plus. Cet article raconte les péripéties d'un groupe de Roms hongrois. Il met en cause les méthodes musclées de la police. C'est là le problème apparamment. Résultat, les musiciens hongrois sont remplacés par une page de pub sur un festival de musique. Hongrois rêver!

Qu'est-ce qu'on ferait pas pour bourrer le mou informer le bon peuple de Sarko?

(info Nouvel Obs)

Mise à jour: Bolloré confirme la censure. En savoir plus sur cette nouvelle annexe de "crise dans les médias".