14 janvier 2009
Bruit de fond médiatique et idéologie dominante
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Oublions ce que nous avons vu au journal télé, ce que nous avons lu sur des sites d'information, des magazines, des "journaux papier", ce que nous avons entendu à la radio. Oublions le contenu. Ce qu'il reste: un bruit de fond, un brouhaha, une tonalité, toujours la même, quelque soit l'actualité.
Cette tonalité, on peut la comparer au fond d'un tableau, ou à un bruit de fond. Pour le dire autrement, ce "bruit de fond", c'est une idéologie. L'idéologie dominante. Dominante, puisque c'est elle qui s'impose, finalement, et qui nous conditionne.
Je relèverai six traits qui caractérisent ce "bruit de fond" perceptible dans les médias. Il y en a certainement d'autres.
1. Court terme et urgence
C'est l'évidence: les médias traitent de l'actualité. Il est donc normal que ce soit le présent qui fasse l'objet des reportages.
Mais, avec les nouveaux moyens d'information, l'actualité se traite en temps réel. La guerre en direct s'invite en image à la télévision; Internet permet d'aller encore plus vite. Les blogs peuvent rendre compte d'un événement pendant qu'il se produit. Et on va encore plus vite avec Twitter ou les sites de partage de vidéos. Les sites d'informations utilisent ces outils, exemple: Aljazeera avec Aljazeera sur la "Guerre de Gaza".
L'urgence, le court terme, finissent par former un "bruit de fond", une évidence, un "naturel". Mais on sait bien que rien n'est naturel et que ce qui se donne pour naturel est idéologie. Et cette idéologie du court terme, on le voit à l'oeuvre partout dans la société, et notamment dans l'économie et la finance.
2. Dramatisation
Les médias racontent des histoires. Ils construisent des récits.
Dans toute histoire, il y a des personnages. Ils rendent l'action plus vivante; ils font mieux comprendre les idées qui sont en jeu dans l'actualité.
Pourquoi l'Europe est si peu présente dans les journaux télévisés? Parce qu'elle n'a pas de personnages à mettre en scène. Juncker, Barroso et autre Delors: ce ne sont pas des personnages... ou alors des personnages d'une pièce de Beckett sans le génie de Beckett.
En revanche, Sarkozy est un personnage. C'est aussi ce qui explique son omniprésence dans les médias.
Dans toute histoire, il y a une tension. Tension entre le bien et le mal, quand l'histoire est simpliste. Tension entre des groupes sociaux et des idées, quand les choses sont plus complexes.
Enfin, la dramatisation suppose toujours un retour au calme. Pas forcément le happy end hollywoodien, mais un retour à la normal, après la crise. Dans la classique structure du récit en 5 parties, enseignée dès le collège, la situation finale est un retour à la normale.
Par conséquent, le fait d'utiliser la forme du récit présuppose une vision d'un monde stable, où rien ne change vraiment, où on revient sans cesse à des états stables. En gros, on pourrait appeler ça une vision "bourgeoise" du monde, si le terme avait encore un sens aujourd'hui.
3. Transparence
Les médias veulent sans cesse nous montrer le dessus des choses. Ils prétendent le faire, tout du moins.
L'idéologie de la transparence suppose que l'on n'ait rien à cacher. Dans le pire des cas, c'est la télé réalité, avec son "éthique de la transparence" (trompeuse, puisque les séquences sont coupées au montage).
La transparence est aussi érigée en mode de gouvernance. Mais la transparence est illusoire, car le secret d'Atat est nécessaire à la pratique du pouvoir. (Voir revue Cité _ 2006)
Comme l'écrit Yves Charles Zarka, la transparence est une forme d'idéologie:
"Disons-le tout net, notre temps n'est pas celui du secret, mais de son opposé, la transparence. Il y a même, plus ou moins confusément, une idéologie de la transparence qui assimile implicitement la transparence à la vérité, à la rectitude et même à l'innocence, tandis qu'à l'inverse le secret comporterait, dans ce qu'il cache et qu'il n'avoue pas, de l'inavouable et de la culpabilité. L'idéologie de la transparence entend que tout peut s'exposer, devenir public pour être soumis au regard des autres, être également l'objet de procédures de surveillance et de contrôle. Le plus inquiétant est que l'idéologie de la transparence est aujourd'hui souvent liée à l'idée de démocratie. Comme si le progrès de la démocratisation était corrélatif de l'extension de la transparence et du recul du secret. Mais qui ne voit que cette démocratie ressemblerait à un cachot sans murs ni verrous, un cachot étendu à la société entière, et la vie de l'homme démocratique à un enfer ? Ce qu'il s'agit de remettre en cause, ce n'est pas la transparence, mais l'idéologie, l'abus, le règne de la transparence, ce qui est très différent."
4. Célébrité
La célébrité fascine les médias. L'inverse est vrai aussi.
Comme l'explique Virginie Spies, "si la célébrité fascine tant les médias, c'est certainement parce qu'ils trouvent ici un moyen de parler d'eux et de leur pouvoir, celui de faire et de défaire, au moyen d'un discours qui prétend être toujours plus dans l'action".
De plus " l'importance de la célébrité est un mythe maintenu par les célébrités elles-mêmes, comme s'il n'était pas possible d'avoir une "vie après". Je pense par exemple à Michel Drucker qui, dans l'émission qui lui était consacrée la semaine dernière, n'avait de cesse de répéter qu'il avait très tôt eu conscience du pouvoir de la télé, et qu'il ne pourrait jamais "décrocher".
Parler de la célébrité, et de la chute de cette célébrité permet de tenir un discours réflexif : le média parle de média, la télé de la télé. En ce sens, les médias utilisent, ré-utilisent et sur-exploitent leur propre matériaux."
5. Critique
De plus en plus, les médias intègrent la fonction critique.
Et, notamment, la critique des médias. Ce genre journalistique était embryonnaire il y a quelques années. Aujourd'hui, on compte plusieurs émissions de télé, de radio, des journaux (comme le Plan B) et des dizaines de blogs, bien sûr.
6. Culte de l'opinion
Donner son opinion, c'est devenu quasiment un droit du citoyen. Les médias ont fortement cédé à la tentation. Les radios où les auditeurs "donnent leur avis", les chats en tout genre, les blogs d'animateurs de télé ou d'éditorialistes à l'accent du sud-ouest, etc.
Tous ces moeyns sont bons pour recueillir l'opinion des "français" ("les français", expression brevetée par le Figaro; "les français" désigne les 854 personnes qui ont bien voulu répondre au sondage opinion way du jour).
Et nous en arrivons bien sûr aux sondages d'opinion. Sans eux, les journalistes auraient du mal à remplir leurs pages certains jours. Ils seraient obligés d'avoir de l'imagination. L'imagination, ce qui échappe à l'idéologie?
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Médias, vecteurs de l'idéologie dominante? (Union syndicale solidaire _ Acrimed)
L’emprise médiatique sur le quotidien est de plus en plus présente dans notre société. Lire la presse ou passer plusieurs heures devant la télévision ne peut qu’avoir une influence sur le comportement général, les choix de mode de vie et de consommation quotidienne des individus. Il s’agit bien de formater les esprits pour réduire leurs capacités d’analyse autonome et leur faire admettre plus facilement les choix politiques comme de simples réponses techniques et sans alternatives.
Pour remplir une fonction démocratique, les médias devraient être diversifiés et soustraits à l’emprise directe des pouvoirs économiques et politiques. De par leur position dominante, ce sont avant tout les médias “ établis ” qui “ forgent l’opinion ”. Or, du point de vue économique comme éditorialiste, les principales entreprises médiatiques sont des vecteurs de l’idéologie dominante et des acteurs de la mondialisation néolibérale – ceci au mépris de la diversité des opinions et des aspirations de leurs lecteurs/trices, auditeurs/trices et téléspectateurs/trices.

Commentaires
D'où l'intérêt de mon commentaire.
Écrit par : KesJenDi | 14 janvier 2009
1. Tu passes sous silence l'aspect bassement financier. Les médias cherchent à attirer du monde et ne font, finalement, que des émissions que les gens viennent voir. Par exemple, quand tu parles de la transparence et de la téléréalité : je ne sais pas si ça a un rapport. Les téléspectateur aiment bien voir des couillons comme eux se faire massacrer à la télé...
Dans la critique des médias, il faudrait aussi critiquer les "clients" (c'est d'ailleurs tous le débat autour de la réforme de l'audiovisuel public).
2. D'ailleurs à propos de ton paragraphe sur la critique : c'est aussi que "la critique" dédouane les clients de fréquenter les médias, ils s'imaginent prendre de la hauteur, du recul. Pourquoi ton blog marche ?
Bon. J'ai lu le billet de CDLM. Je retourne à la lecture du Parisien.
Écrit par : Nicolas J | 14 janvier 2009
Tu parles de nouveaux moyens d'information, je dirais plutôt nouveaux moyens de circulation de l'information.
Rien n'oblige ceux qui informent à aller à toute vitesse et à mettre de coté les bases de leur métier sous prétexte que l'information circule désormais sur des supports plus réactifs.
Écrit par : KesJenDi | 14 janvier 2009
Dans le lien que tu donnes, la situation finale est une situation de stabilité, certes, mais différente de la stabilité de la situation initiale. Entretemps, le héros aura acquis quelque chose (titre, fortune, amour et surtout en fait sagesse, expérience). Il y a toujours transformation des personnages. Le conte est par un côté très conservateur, il prône le retour à un ordre juste des choses (Cendrillon est récompensée, ses méchantes sœurs sont punies : le Chaperon rouge est sauvée, le loup est tué). Mais il est aussi progressiste (le Petit Poucet acquiert un pouvoir de connaissance par les bottes de sept lieues, le fils de meunier devient roi grâce au Chat botté). Et dans un même conte, on peut tirer des enseignements différents, ou avoir des lectures très différentes (les lectures anthropologiques ou psychanalytiques sont fort éclairantes à ce sujet).
Quand dans le lien que tu donnes, on dit "la situation finale est une reprise de la situation initiale", c'est vrai et faux à la fois. Cela se vérifie dans les récits de type circulaire. Les meilleurs exemples seraient plus en BD que dans les contes : les Schtroumpfs vivent heureux, Gargamel invente une idée pour les piéger, les Schtroumpfs vivent de nouveau heureux. Ou bien les Gaulois résistent à César, le village est attaqué, final sur la scène de banquet gaulois rituel avec tout le monde réuni ou presque (le barde est un élément de discorde). Mais les autres types de schémas narratifs ne peuvent se réduire à une équation aussi simple : il y a bien eu un changement à la fin et plus rien ne viendra bouleverser cette nouvelle stabilité supposée parfaite, car ils vécurent heureux, etc. Une analyse plus fine peut montrer que dans certains contes la stabilité initiale était en fait mauvaise, mais c'était la stabilité, l'ordre quand même.
Or ici, puisque l'on tente une comparaison avec le storytelling, on ne sait pas où se situe le vrai début. Dans un conte, en revanche, il est donné comme un état presque immuable, décrit à l'imparfait. Le passé simple définira toutes les actions accomplies, tout ce qui changera cet état, et on ne pourra plus revenir dessus surtout s'il y a une clausule. Or c'est pour cela que tu déclares qu'il n'y a pas de happy end hollywoodien dans cette forme de storytelling.
La comparaison serait bien meilleure si l'on observait ce qui peut se passer dans un conte entre la situation initiale et la finale. On a une situation d'équilibre, puis un événement perturbateur, une épreuve, un élément de résolution, un nouvel équilibre, puis de nouveau un événement perturbateur. Souvent ces épreuves qualifiantes sont au nombre de trois (parfois quatre) dans les contes, il y a donc répétition, mais surtout chaque épreuve n'est pas suffisante. Que l'on pense au Petit Poucet, le conte pouvait s'achever avec les cailloux qui permettaient de retrouver le chemin de la maison, on avait bien une résolution du désordre (les enfants reviennent à la maison après avoir été perdus en forêt) mais ce n'était pas le vrai désordre (les parents et les enfants souffrent de la famine), et l'histoire peut donc recommencer puisque les parents sont décidés à ne plus nourrir leurs enfants qui leur coûtent trop d'efforts. Le storytelling ne se place donc pas toujours dans la perspective d'une situation initiale (non connue) et d'une situation finale (qui ne peut jamais être finale dans la réalité), mais dans celle des épisodes intermédiaires des contes.
Écrit par : Dominique | 14 janvier 2009
La "Transparence", à la télé, est une transparence manipulée, une fausse transparence.
Oui, il faut inclure les consommateurs dans la critique. Même si, quand on augmente le niveau, le consommateur suit (pas tout de suite, mais il suit). En principe il ne faut pas rabaisser les gens.
@Dominique,
Oui, pour la structure du récit, l'aspect "conservateur" et l'aspect "progressiste" coexistent.
Reste à savoir si la structure du récit, qui est utilisée pour les faits divers, est une structure neutre. Je n'ai pas étudié la question en détail. A voir!
Écrit par : Eric | 14 janvier 2009
Écrit par : Le Monolecte | 14 janvier 2009
"DES INFOS LOCALES POUR LES BOUCLES DE COMMUNAUTES DE COMMUNES"
http://mediaval.blogspot.com/2008/02/des-infos-locales-pour-les-boucles-de.html
je me permets de renvoyer à un autre maillage qui prend son sens aussi comme bassin d'emploi et critique du jacobinisme de l'info ; problème : les édiles des aglos de - de (disons 20000 ) sont embarassés : à qui donner les manettes , non dans le sens technique , mais dans la définition de l'info locale ; anecdote : le gars qui supervise la maintenance des émetteurs antennes etc sur la préfecture en vient à me dire "nous à doles , on a une radio!" , tu parles ! un truc fréquence plus qui plonge dans les poches du jeune consomateur avec une bouillie sentimentaliste sans scrupule de service public régional ; alors mon gars essaie meme de te faire diriger par un élu sur un autre élu sensibilisé à la politique culturelle , rève pas , à part se faire masser le fion par un parisien ( ou un americain , il y a une tv cablée qui ressasse les memes boucles depuis deux ans ) , leur manque d'imagination media les conduit à mépriser à peu près tout le monde qui ne peut pas les humilier ....
J'ai des données sérieuses , donnez moi une page et je m'allonge
Écrit par : yves maraux | 14 janvier 2009
Écrit par : balmeyer | 15 janvier 2009
Écrit par : Eric | 15 janvier 2009
tout est dit.
les médias se mordent la queue (avec la célébrité et l'auto-critique).
dans tout ça manque : la pédagogie !
informer ce serait expliquer, décomplexifier.
par exemple si une usine de textile ferme et licencie, replacer la place de l'industrie textile en France.
ce genre de petites choses toutes bêtes.
Écrit par : Ema ou La bienveillante | 15 janvier 2009
Écrit par : balmeyer | 15 janvier 2009
Écrit par : gauchedecombat | 17 janvier 2009
http://www.leplanb.org/abonnement.html
Écrit par : vivretpensercommedesporcs | 10 mai 2009
Écrit par : Eric | 10 mai 2009
"De plus en plus, les médias intègrent la fonction critique.
Et, notamment, la critique des médias. Ce genre journalistique était embryonnaire il y a quelques années. Aujourd'hui, on compte plusieurs émissions de télé, de radio, des journaux (comme le Plan B) et des dizaines de blogs, bien sûr."
Si vs n'avez pas écrit que les médias intègrent de plus en plus la fonction critique et notamment la critique des médias et que celle-ci , embryonnaire il y a quelques années, compte désormais plusieurs émissions télés, des journaux (comme Le Plan B) et des dizaines de blogs, si vous ne l'avez pas écrit, disais-je, qu'avez-vous écrit exactement ?
Écrit par : vivretpensercommedesporcs | 15 mai 2009
Écrit par : Eric | 15 mai 2009
Écrit par : Seotons | 03 novembre 2010
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