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  • Billet de blog: court ou long?

    Faut-il écrire long ou court? Le débat a toujours agité les blogueurs. Mais la montée en puissance de Twitter ou Facebook, a changé la donne.

    C'est ce qu'explique Fred Cavazza, cité dans l'ouvrage Blogs territoriaux, réseaux sociaux et nouveaux enjeus du web 2.0 pour les collectivités:

    « Le blog n'est plus le support de prédilection pour de l'information chaude, il a été supplanté par le microblog. Illustration la semaine dernière avec le lancement de Chrome OS: je me suis dépêché d'écrire un billet sur le sujet à peine quelques heures après l'annonce, résultat: rien (très peu de commentaires et quasiment aucun lien). J'ai, quelques jours plus tard, pris le temps de rédiger un article plus complet avec une réflexion mieux argumentée et le résultat est plus satisfaisant (des commentaires plus riches, plein de liens entrants). L'enseignement que je peux en tirer est le suivant: j'arrête définitivement de faire la course à l'info chaude, moins de billets mais des articles plus réfléchis. Finalement, c'est Jakob Nielsen qui avait raison avant l'heure en préconisant de rédiger des articles et non des billets (Write Articles, Not Blog Posting). »

    Mais l'avis contraire est aussi possible:

    « L'écriture sur un blog doit être synthétique, explique Dominique Paulin. Plus l'article est long, moins le lecteur va le lire. Il faut jouer efficacement entre les images et les textes. […] Le lecteur de blogs va toujours à l'essentiel car il ne lit jamais un ou deux blogs, mais il en parcours des dizaines chaque jour. Donc, l'info doit être immédiatement lisible. » (même source)

    Bien sûr, vous allez me dire: « Faut alterner! Court et long! » Personnellement, j'ai toujours préféré les notes courtes. Et vous?

  • Les journalistes et le "réel"

    Imaginez la scène. Jean-Pierre Pernault ouvre son journal de 13 heures. "Bonjour, aujourd'hui nous allons parler de la faim dans le monde." Suit un long reportage sur la FAO (Food and Agriculture Organization).

    Et puis, d'un air grave, Pernault annonce: "Le RSA, une réalité pour plus d'un million de Français. Notre envoyé spécial a interviewé Gilbert, ancier sabotier, aujourd'hui au chômage. Il ne trouve plus de travail. Il subsiste grâce au RSA."

    Après ce sujet, le journaliste préféré de la France profonde enchaîne: "Maintenant, la réforme des collectivités territoriales. Pour illustrer ce sujet qui passionne les Français, nous avons interviewé Jean-Pierre Raffarin, Edouard Balladur et Michel Sapin."

    Bien sûr, ce journal de 13 heure est fictif. Je me suis amusé à le composer en utilisant le sondage sur les médias, publié par La Croix, comme chaque année. (télécharger ici)

    evenements-la-croix.jpg

    Ce sondage nous montre, notamment, les sujets dont les médias ont trop ou pas assez parlé, selon les Français. En regardant les sujets les moins traités, on peut imaginer ce que serait un journal plus proche de ce qui intéresse les gens.

    Oubliés les problèmes de santé de Johnny, la grippe A, la mort de Michaël Jackson (les trois sujets dont les médias ont trop parlé, selon le sondage). Et si on se recentrait sur les "vrais" sujets?

    A moins qu'il y ait une différence entre ce que les gens déclarent aux sondeurs et ce qu'ils font "en vrai"?

  • Désintermédiation et perte de pouvoir des journalistes

    Avec Internet, on s'habitue à accéder à l'information de façon directe, sans l'aide d'intermédiaires. Le rôle de médiation des journalistes est remis en cause. Ce rôle ne disparait pas: il se modifie. Dans le même temps, d'autres médiateurs apparaissent. Cette désintermédiation est apparue très visible lors de l'émission « Parole de Français », où le président de la République répondait à 11 Français (plus 2 journalistes de TF1).

    Avant de se rendre à Davos, le locataire de l'Elysée a participé à l'émission « Paroles de Français ».

    Cette émission, on peut la voir de deux façon:

    1) c'est juste un trompe l'œil, une émission de télé réalité politique, un pseudo échange entre un homme politique et des citoyens triés sur le volet; l'essentiel se passe ailleurs, par exemple au sommet Davos, qui réunit les super riches.

    2) cette émission atteste de la montée en puissance de la « parole » des citoyens, de l'opinion qui s'exprime de façon directe, avec un rôle restreint des journalistes

    Désintermédiation

    L'émission de TF1 n'est pas la première du genre. Elle met en scène la désintermédiation entre les gens qui parlent et ceux qui écoutent. Les Français parlent aux Français! Entre eux, il n'y a plus rien. Enfin, presque rien: Jean-Pierre Pernault. De même, le président de la République s'est adressé à ses « amis » sur Facebook, de façon totalement désintermédiée.

    Cette désintermédiation est de plus en plus souvent à l'œuvre. Elle consiste en la suppression, ou la réduction, du rôle de médiateur tenu par les journalistes.

    Les citoyens s'expriment directement. Le médias n'a plus pour rôle que de recueillir ces « paroles de Français ».

    On peut toutefois se demander quelle est la valeur de ce genre d'émission: écran de fumée ou réelle expression citoyenne?

    Médias sociaux et parole citoyenne

    Ces derniers mois, on a connu d'autres exemples de désintermédiation. Dans l'affaire Jean Sarkozy à l'Epad, les citoyens ont fait « remonter » une information. Les médias sociaux ont joué leur rôle à fond. Sans eux, les médias classiques n'auraient peut-être pas donné tant de place à cette affaire. Même chose pour l'affaire Proglio.

    Autre fait: les partis politiques ont lancé ces dernières semaines des réseaux sociaux. Chaque parti a maintenant son « Facebook » où les militants peuvent proposer des idées et organiser des événements. Reste à voir ce que tout cela va donner. Dans un parti structuré de façon pyramidale, comment la base peut-elle se faire entendre?

    Le Facebook des partis politiques

    Autre exemple, des blogueurs interviewent des hommes politiques de leur propre initiative. C'est une façon de cour-circuiter totalement les journalistes professionnels et de poser les questions qui les intéressent réellement. Ainsi, ce mois-ci, des blogueurs ont invité le président de la région Ile-de-France dans un bistrot pour l'interroger.

    Récemment, j'ai discuté avec un journaliste de la télévision publique. Il m'a expliqué qu'il avait essayé d'introduire des « paroles de Français » dans des reportages lors de la présidentielle. En gros, il voulait intégrer des interviews de Français de l'étranger réalisées par webcam. Et la direction lui a expliqué que ce n'était pas possible, comme ça, de diffuser des documents bruts. Autrement dit, la désintermédiation, ça n'est pas accepté par certains journalistes, et plus précisément par ceux qui dirigent les rédactions.

    Journalistes désavoués

    Pour les journalistes, la désintermédiation est une forme de désaveu. Cela démasque une réalité maintenant bien visible: les journalistes stars (ne parlons pas du gros bataillon des journalistes, plus ou moins touchés par la précarité) sont coupés de leur public. Ils font partie de l' « élite ».

    La récente étude de La Croix montre que les Français croient de moins en moins à l'indépendance des journalistes vis-à vis des pouvoir politique et financier.

    Le salaire de Laurence Ferrari

    Ainsi, quand Laurence Ferrari interroge le locataire de l'Elysée sur le salaire des patrons, celui-ci a beau jeu de la renvoyer à son propre salaire à elle.

    Et quelles relations certains hommes politiques entretiennent ou ont entretenues avec certaines journalistes? Une relation beaucoup trop intime.

    On est arrivé à un tel point de connivence entre les journalistes et le pouvoir politique que ça ne peut plus ne pas se voir.

    C'est pourquoi le service de communication de l'Elysée est obligé d'organiser des émissions face aux Français s'il ne veut pas assister à ces gênantes séances de pseudo-questions qui tiennent lieu de journalisme quand Guy Lagache, Alain Duhamel et Laurence Ferrari (encore elle!) interviewent le chef de l'Etat.

    Jean-Pierre Pernault fait les présentations

    On en arrive donc à ce genre de pis aller: une émission ou il ne reste plus entre l'homme politique et les Français que Jean-Pierre Pernault. Jean-Pierre Pernault, magnifique et patelin, se contente de faire les présentations. D'ailleurs, est-ce qu'on lui en demande plus?