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Mais pourquoi diable veulent-ils nous inflitrer?

Récemment, l'émission Les Infiltrés (France 2) a fait polémique. (Rue89) Sans parler de la dérive qu'a connu cette émission (des journalistes avaient dénoncé leurs sources à la police), la forme de l'émission a suscité l'interrogation, depuis le début. Un journaliste doit-il opérer à visage masqué?

Dans un autre genre, l'émission Envoyé spécial qui s'"infiltre" dans un centre d'appel, pour enquêter chez les téléopérateurs.

On a aussi vu l'enquête de Florence Aubenas sur la précarité. La journaliste s'est déguisée pour "infiltrer" le monde des femmes de ménages.

Ce recours à l'enquête "inflitrée" ou "en immersion", appelle plusieurs interrogations:

1. Tout d'abord, qu'est-ce qu'on apprend qu'on n'apprendrait pas avec une enquête classique?

2. Nous vivons dans une société de contrôle où les individus sont fichés et tracés. Le reportage "inflitré" n'est-il pas une façon de poursuivre le contrôle des individus? Et ce, d'autant plus quand les personnes qu'on infiltre sont des précaires et des "modestes".

3. Le journalisme d'immersion n'est-il pas un signe que les journalistes (qui font partie de l'élite culturelle) sont trop coupés de la population?

D'autres interrogations?

Commentaires

  • "Le journalisme d'immersion n'est-il pas un signe que les journalistes (qui font partie de l'élite culturelle) sont trop coupés de la population?"
    c'est tout à fait juste

  • Peut-être parce que la confiance dans les journalistes n'est pas au top. Mais en contournant le problème avec de telles pratiques, les choses ne sont pas prêtes de s'arranger !

    Peut-être plus simplement parce que c'est juste "spectaculaire" et ça met donne la parfaite illusion de la vérité vraie.

  • @Romain,

    Oui, un effet de réel, une illusion de la "réalité".


    @Olympe,

    Mais il n'y a pas que certains journalistes qui sont "coupés des réalités"

  • Mettre l'enquête de Florence Aubenas dans le même sac que les enquêtes des TV n'est franchement pas honnête.
    Aubenas décrit ce qui se passe dans un monde, elle paie de sa personne et ne trompe personne : elle est une femme de ménage comme les autres, elle ne se déguise pas, le fait sous sa identité propre - c'est pas bien de présenter les choses comme tu le fais. Décrire ce que l'on voit est-ce tromper ? Non. Et si oui, qui a t-elle trompé ?
    A l'inverse, le pseudo-journaliste des Infiltrés se fait passer pour une fillette de 12 ans. Je rappelle qu'il est un homme de 40 ans ! Le journalisme ne sort pas grandi de ces méthodes. Comme souvent, Le Canard parle très justement de cette question cette semaine.

  • @Didier,

    D'accord avec toi, mais ce n'est pas la question. Bien sûr que les méthodes de FA n'ont rien à voir avec celles des inflitrés. Mais pourquoi vouloir inflitrer? Prendre la place de l'autre pour savoir ce qu'il ressens; Vis ma vie.

  • Vous dîtes "nous vivons dans une société de contrôle, le reportage "infiltré" est un contrôle de plus."

    Je pense exactement l'inverse : nous vivons dans une société de contrôle, le journalisme infiltré est une nécessité pour déjouer le contrôle et continuer à sortir des infos pertinentes qui sinon restent cachées.

    Il me semble que ce débat (les journalistes doivent ils ou pas nous infiltrer ?) n'a pas vraiment lieu d'être. "L'infiltration" est une méthode qui fait partie depuis longtemps de la trousse à outils du journaliste qui l'utilise ou pas selon les besoins.

    La nouveauté - l'actualité - est qu'une émission ait décidé de faire de cet outil une marque de fabrique, voire un gage de crédibilité.

    Comme c'est un parti pris, et comme beaucoup de parti pris, ça ne fonctionne pas toujours, voire cela dessert l'information.

    Voilà, à mon sens, d'où vient le débat, et pourquoi il ne mérite pas qu'on s'y attarde.

  • @Haruspice,


    "Je pense exactement l'inverse : nous vivons dans une société de contrôle, le journalisme infiltré est une nécessité pour déjouer le contrôle et continuer à sortir des infos pertinentes qui sinon restent cachées."


    Pour déjouer le contrôle, il faudrait que l'enquête porte sur les lieux de pouvoirs, pas sur les personnes qui subissent la domination. Les téléopérateurs n'ont que faire d'être infiltrés. Est-ce qu'on en apprend plus en les voyant vivre par le truchement d'un journaliste infiltré? Vous semblez dire qui oui. Je n'en suis pas convaincu.

  • @ Haruspice : en somme, pour vous, la presse est là pour contrôler le contrôle ! Outre que j'adhère à la remarque d'Éric concernant les lieux de pouvoir, c'est le citoyen par son acte démocratique, en l'espèce le vote, qui contrôle. Et comme ce procédé (l'infiltration) est loin d'être innocent, le débat est nécessaire et il convient de s'y attarder, contrairement à ce que vous dites car une bonne Démocratie ne va pas sans une bonne presse.

  • En effet, quelques autres questions :
    - Pourquoi, Madame FA, Monsieur le journaliste faites-vous ça ? Que se passe-t-il dans votre tête ? Comment vivez-vous cette double vie ? Il y a dans ce jeu de rôle un peu plus que le paradoxe du comédien de Diderot. Le comédien interprète un rôle de fiction, il ne se prend pas pour quelqu'un d'autre.
    - Qu'en pensent les infiltrés ? Se sentent-ils heureux, fiers, honteux, trahis, indifférents ? Ma mère était femme de ménage, j'imagine sa réaction si elle avait appris qu'une de ses collègues en rendant son tablier déclare "je suis journaliste et je viens de faire une enquête sur vous et vos conditions de travail".
    - Quels sont les milieux qui sont "infiltrables" et ceux qui ne le seront jamais ? (criminels, bouchers-charcutiers, banquiers, haut-fonctionnaires...)
    Sinon, rien à dire, ce type d'investigation est une nouvelle boursouflure dans le noble métier de journaliste qui n'a plus grand chose de commun avec ce qu'il était au siècle dernier.

  • Pas lu les commentaires.
    Aubenas ne fait pas de l'infiltration : elle ne se déguise pas et garde son identité. D'autre part, elle ne cherche pas à piéger ses interlocuteurs. Je suis un peu surpris que tu la mettes en parallèle avec cette tromperie journalistique de France2.
    N'est-il pas précisé dans l'éthique du journalisme qu'on ne doit pas tromper son monde pour faire œuvre de journalisme ?
    :-))

  • @Eric Je ne crois pas que seuls les lieux de pouvoir recèlent des secrets nécessitant l'infiltration de journalistes pour être révélés.

    Vous prenez l'exemple des téléopérateurs. Justement, à mon sens, il est très difficile de connaitre les réelles conditions de travail ds certains domaines verrouillés par la com' d'entreprise, et pourtant, il est très intéressant de savoir comment ça se passe. En tant que citoyen, en tant que consommateur.

    Et, dans certaines boites, craignant de se faire virer, ce ne sont surement pas les salariés eux-mêmes qui révèleront comment ils bossent.

    @Didier "en somme, pour vous, la presse est là pour contrôler le contrôle ! " ça n'est pas pour rien qu'on dit de la presse qu'elle est le 4ème pouvoir. Quant aux citoyens, pour qu'ils exercent leur légitime "contrôle" encore faut-il qu'ils soient bien informés ! Or, mon propos est justement que l'infiltration est parfois nécessaire pour arriver à réaliser une enquête.

  • Comme le dit Monsieur Poireau, "On ne doit pas tromper son monde pour faire œuvre de journalisme".
    Non, la recherche de vérité ne justifie pas tout et surtout pas le mensonge. Et l'infiltration est bien un mensonge.
    Mais surtout, j'ajouterai une interrogation à celles déjà posées sur cette méthode journalistique : L'information ainsi obtenue a t-elle une plus grande légitimité ? Je pense quant à moi résolument le contraire.
    Ce genre de reportage est la plupart du temps basé sur l'anonymat, les caméras cachées, le floutage... Mais quelle crédibilité accorder à ces tournages qui présentent à priori toutes les caractéristiques de la supercherie ? (Ca s'est vu !)
    Quelle crédibilité accorder à des témoins qui ne se montrent pas ?
    Quelle éthique dans ces caméras cachées qui sont une véritable violation de l'individu ?
    Et quelle grandeur dans tout ça du métier de journaliste ?

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