21 août 2009
Le ton exalté des prophètes du web
Hier, je lisais un blog qui expliquait comment serait le web de demain*. Passionnant! Ça parlait de flux, de communautés, d'objets cognitifs flottant, volant et rebondissant dans la noosphère. Fascinant!
C'est ce que j'aime chez les prophètes du web: leur enthousiasme. Ils ont toujours des concepts pour expliquer des phénomènes souvent très simples. Avec eux, on oublie que le web c'est d'abord des achats de billets de train, des emails et le stockage des photos de vacances.
Le prophète du web connaît Internet. Comprenez: il navigue avec Firefox et a son propre nom de domaine. Il habite dans la Silicon Valley ou dans un coin perdu où il n'y a pas de haut débit. Peu importe: il est en avance.
Notre présent est industriel. Notre avenir le sera. Internet ajoute un vernis de rêve sur cette réalité bien pesante. Avec lui, tout semble virtuel. Tout flotte dans les nuages.
Mais, surtout, nous disent les prophètes, le web innove sans cesse. Et comment les contredire? Chaque jour surgissent des services et des instruments nouveaux.
Pour nos sociétés, l'innovation a remplacé la croyance. Les sociétés traditionnelles reposaient sur les croyances. Elles étaient stables mais elles brimaient l'individu. Les sociétés de l'innovation sont émancipatrices. Mais elles sont pleines de risque. Heureusement, nous avons nos chamans, nos prêtres modernes, les prophètes du web pour nous réciter les prières qui nos bercent...
* ce n'était pas le blog de Mikiane, que j'ai cité dans le billet précédent.
Publié dans Humour, Société, web | Lien permanent | Commentaires (22)


Commentaires
Ecrit par : Nicolas | 21 août 2009
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009-08-20-Google-le-grand-mechant-loup-dans (et cliquer sur l'article de darnton
Ecrit par : martine s | 21 août 2009
Je ne vise personne en particulier. Je trouve juste étonnant qu'Internet soit une industrie qui ait besoin d'un discours utopiste pour se développer. La télé n'a pas développé un tel discours. La voiture, un peu. Internet, beaucoup.
@Martine,
Oui, les prophètes sont souvent pessimistes.
Ecrit par : Eric | 21 août 2009
Il y a trente ans, l'idée que tout le monde pourrait acheter ses billets de train en restant assis dans son bureau, l'idée qu'un étudiant canadien installé en afrique du sud pourrait instantanément partager ses photos avec sa famille et cela sans même l'avertir qu'il faut les regarder, que le monde entier puisse discuter à la vitesse de l'éclair avec le monde entier (et je ne parle pas de Twitter, mais bien plus simplement... des mails)... Il y a trente ans, chacune de ces choses qui te paraissent aujourd'hui naturelles étaient des prophéties.
En fait, pour que de nouveaux usages se développent massivement (et les technologies ne sont que le support de ces usages) il faut qu'une multitude de gens sans liens ni rapport travaillent et avancent ensemble sur les mêmes sujets.
Ce sont les rêves partagés, avec leur inévitable part d'erreur et d'absurdité, de visionnaires et de charlatans, de vraies utopies et de cauchemars en gestation, les prophéties donc, qui coordonnent ces travaux et ces efforts. Ils ne sont donc pas seulement d'amusements compléments ou de charmantes superstitions, ils définissent des orientations communes, des directions, des intérêts partagés, ils posent les bases des usages à venir et des technologies qui les soutiendront.
Les évidences d'aujourd'hui sont les rêves d'avant-hier, les évidences de demain sont les rêves d'aujourd'hui.
Ecrit par : Cratyle | 21 août 2009
:-))
Ecrit par : monsieur Poireau | 21 août 2009
Rêves, évidences, utopies: tous ces mots appartiennent à un lexique bien particulier. Ce n'est pas celui du marketing, or, Internet c'est avant tout du marketing (mais pas que cela, certes!)
Que les grands chefs d'entreprise où les web-enthousiastes auto-entrepreneurs utilisent le vocabulaire de la croyance, du voyage vers un "mieux pour tous", c'est tout de même étonnant. Les fabriquants de pâte dentifrice n'en font pas tant pour vendre leur produit.
Ecrit par : Eric | 21 août 2009
L'hygiène pour tous était un rêve immense du XIXème siècle, un rêve que les pays occidentaux considèrent aujourd'hui comme une évidence.
Le rêve initial a donc bien peu à voir avec un quelconque discours marketing, il utilise bien souvent des moyens commerciaux pour ce propager, mais s'il utilise ces moyens, il n'en est en aucun cas dépendant.
Le Web en particulier existe depuis bien plus longtemps que ses applications commerciales. Son inventeur et premier "prophète", Tim Berners-Lee, est un physicien bien éloigné des considérations financières....
Ecrit par : cratyle | 21 août 2009
Oui, j'exagère un peu. Mais note que dans mon texte je définis une utilité aux prophètes du web: être des prêtres modernes, c'est-à-dire des hommes du récit. Ils font le récit des mythes de notre époque, époque dont on a pu dire qu'elle était celle de la fin des grands récits. Or, ces récits sont nécessaires.
L'idée que l'humanité puisse être unifiée en un grand intellect, est une forme de récit, qui peut être séduisante. Loin de moi l'idée de vouloir dénigrer les prophètes du web, du moins ceux qui ne sont pas des charlatans, comme tu l'as dit.
Ecrit par : Eric | 21 août 2009
Merci.
Ecrit par : Frederique | 21 août 2009
Je pense rentrer dans la catégorie des gens que tu décris, pour le côté utopiste / optimiste en tout cas :)
Pour moi l'innovation et la création est facilitée par l'optimisme et la croyance en la réussite d'un modèle, d'un projet, d'une idée. Au contraire, être pessimiste peut être bloquant, car on ne voit alors que les problèmes... et on préfère abandonner.
Ecrit par : Antonin | 21 août 2009
Ecrit par : Desirade | 21 août 2009
Oui, on aime tous ces discussions exaltées sur l'avenir, les outils, le web!
@Antonin, Effectivement, l'optimisme semble une attitude meilleure, sauf que l'optimisme a déjà produit de gigantesques catastrophes dans l'histoire!
Sur mon point de vue: il n'est pas tranché!
Ecrit par : Eric | 22 août 2009
Ecrit par : martine s | 22 août 2009
Désolé de renvoyer à un livre qui fait plus de 300 pages mais Jeremy Rifkin dans l'Age de l'accès analyse bien la transformation du capitalisme industriel en capitalisme où l'industrie n'est là qu'en support à des services toujours plus intrusifs et sophistiqués. Quel rapport avec Internet ? Justement Internet devient le moyen d'accès à ces services, l'infrastructure qui lui manquait.
Ecrit par : Tisane | 24 août 2009
Merci pour ton commentaire. Les théories de Rifkin commencent à dater. Et, comme tu évoques Internet, comment affirmer qu'il ne s'agit pas d'une industrie? A moins de considérer que les ordinateurs (qu'ils faut changer souvent et qui génèrent des déchets), les data center et l'électricité dépensé ne font pas partie de l'industrie?
Si j'ai avancé le mot "industrie" c'était en référence à Bernard Stiegler, fondateur d'Ars industrialis, une association qui traite justement de cette réalité industrielle dans notre société.
Bien sûr, tu as raison, Internet change les choses, mais la réalité économique, elle est massivement industrielle.
Ecrit par : Eric | 24 août 2009
Merci pour ton commentaire. Les théories de Rifkin commencent à dater. Et, comme tu évoques Internet, comment affirmer qu'il ne s'agit pas d'une industrie? A moins de considérer que les ordinateurs (qu'ils faut changer souvent et qui génèrent des déchets), les data center et l'électricité dépensé ne font pas partie de l'industrie?
Si j'ai avancé le mot "industrie" c'était en référence à Bernard Stiegler, fondateur d'Ars industrialis, une association qui traite justement de cette réalité industrielle dans notre société.
Bien sûr, tu as raison, Internet change les choses, mais la réalité économique, elle est massivement industrielle.
Ecrit par : Eric | 24 août 2009
J'ai la chance de participer régulièrement à des réunions de passionnés, à des BarCamps ou des Open Coffee, et il ressort généralement de nos échanges beaucoup d'enthousiasme et d'utopie, certes, mais également des pistes que nous explorons et exploitons, chacun à notre façon.
Ce n'est pas en nous contentant des usages connus des outils que nous utilisons aujourd'hui que nous progresserons...
Ecrit par : Sophie Gironi | 24 août 2009
Je pense que tu as raison. C'est donc que je n'avais pas tort d'écrie ce billet, puisque il m'a permis de voir plus clair sur cette question.
Mais je suis tout sauf un technophobe ou un pessismite: mon billet n'a rien d'agressif, non?
Ecrit par : Eric | 24 août 2009
Ecrit par : Sophie | 25 août 2009
Je fais partie des profondément optimistes / persuadés que la révolution internet va modifier l'ensemble du paysage non industriel.
Néanmoins, étant un professionnel du web, j'analyse de manière très critique les business model mis en place et la frénésie du web à tout prix. CAR le web n'a pas de modèle économique, mais plein de micro-modèles à adopter et adapter avec soin dans le cadre d'une stratégie spécifique. Et c'est là que le bât blesse : certains "prophètes"prônent des usages excessifs, du "bullshit techno commercial" sans s'inscrire dans une démarche de manager, avec budget et comptes à rendre.
De fat, je m'inscris dans les optimistes réalistes ;-), et les clients et projets que j'accompagne en sont très satisfaits.
Ecrit par : Jean-Pierre | 26 août 2009
Ecrit par : Eric | 26 août 2009
Là je t'arrête, le vocabulaire de la croyance est inséré depuis quelques années dans le marketing et la publicité, regarde les dernières pubs TV, écoute les derniers messages publicitaires, elles ont toutes adopté ce vocabulaire et utilisent toutes les couleurs de l'arc en ciel, des chakras, mieux, les livres blancs en ligne le mentionne, nous sommes dans l'ère du verseau, les entreprises développent le marketing vert, le marketing "bien être" qui a aussi ses propres codes, on est en plein dedans !
Les messages visuels et auditifs collent très bien , ça passe comme une lettre à la poste, je les étudie actuellement ;-))
Ecrit par : M | 01 septembre 2009
Ecrire un commentaire