07 mai 2009
Le journaliste et l'écrivain en promo
Martine évoque sur son blog la difficulté du journaliste qui interviewe un écrivain. L'écrivain enchaîne les interviews, les émissions...
"Je ne cherche pas à lui faire raconter le livre puisque je l'ai lu. Et en plus, je m'en fous de ce qu'ils pensent de leur livre, l'écrivaine ou l'écrivain. D'autant que le jeu est idiot, ils sont en campagne de com'. On (cad l'attachée de presse de leur maison d'édition) les installe dans un hôtel et toutes les deux heures, ils reçoivent un journaliste qui leur pose des questions, sautent dans un taxi (avec l'attachée de presse) pour une radio ou mieux encore une télé (avec les étrangers, c'est souvent rigolo parce qu'ils essayent de savoir si c'est une "bonne émission" ou pas) et parfois ne se souviennent plus très bien du livre (les étrangers)parce que depuis, ils en ont publié un autre. Et ils sont en boucle, à force de répondre aux mêmes questions, sans compter les décalages horaires, la soirée de la veille trop arrosée, le coup de téléphone familial etc etc. personne n'est dupe et on s'emmerde. Et en plus, après, faut écrire".
Le problème est un peu le même pour les blogs littéraires: comment parler des livres qu'on a aimé (et des livres qu'on n'a pas lus)... en disant autre chose que "j'ai beaucoup aimé"?

Commentaires
PS: désolé pour cet enfonçage de porte ouverte ;-)
Écrit par : rukin | 07 mai 2009
Sans doute. Mais tout dépend de la façon dont s'est fait.
Quand Bernard Pivot reçoit Nabokov ou Soljenitsine ou quand Michel Field reçoit Marguerite Duras, c'est de la promo! Mais la différence c'est sans doute la qualité du produit.
Quand les Inrock (et d'autres) essaient de nous vendre Houellebecq et Iggy Pop, là on peut parler de "crise dans les médias"! Ou de "crise dans la culture", pour reprendre le titre de Hannah Arendt (ou celui de Freud: malaise dans la kultur).
:-)
Écrit par : Eric | 07 mai 2009
Certes. Il reste au médiateur à (1) choisir le "produit" à médiatiser et (2) à imprimer son style, sa façon de faire, sa valeur ajoutée dans l'étape finale de médiatisation. Pas facile de faire exister de l'information libre à l'intérieur de ces deux dimensions.
Que ce soit en littérature ou en politique, il me semble que le travail réel effectué par une majorité de médias se réduit de plus en plus à la mise en forme de dépêches ou d'articles pré-rédigés par des communicants "professionnels" sans âme.
Bien sûr, il reste encore quelques contre-exemples notables. Mais où Pivot écrit-il encore, à part le JDD ? Et où puis-je voir le Michel Field culturel sinon en 3ème partie de soirée ?
Et qui sont les nouveaux Pivot et Field ?
Et qui suis-je pour m'enflammer avec ce lyrisme de prétoire à deux balles ? ;-D
Écrit par : rukin | 07 mai 2009
Tu n'as pas tort. Mais, aujourd'hui, s'il n'y a plus Pivot, il reste encore, peut-être, des blogs intéressants sur la littérature. J'avoue que personnellement je n'achète quasiment plus de littérature d'auteurs vivants (Français notamment) parce que je n'en connais pas de bons. Donc, tu as sans doute raison: il y a quelque chose...
Pour la politique, c'est largement vrai: la force du communiqué de l'Elysée n'est plus à démontrer.
Écrit par : Eric | 07 mai 2009
Concernant l'Elysée il serait intéressant de connaître le nombre de professionnels chargés directement ou indirectement de "communiquer" avec la presse. Et de regarder, par exemple au Monde, au Figaro ou à Libé, combien de journalistes sont chargés de suivre l'Elysée et ses annonces.
Je suis sûr qu'une telle étude, honnêtement chiffrée, ferait apparaître une franche dissymétrie d'effectifs et de moyens.
Un exemple récent des effets de cette dissymétrie c'est l'affaire du chômage des jeunes (en chiffres frelatés) où "Le Monde" est gentiment corrigé par Jean-François Couvrat (encore un blogueur!).
Écrit par : rukin | 07 mai 2009
les Echos ont fait une page sur le sujet. Il y a 33 personnes dénombrées concernant la communication de l'elysée; mais si je me souviens bien, il s'agit uniquement des grosses têtes, les plus connues...
Effectivement, face à cet arsenal, la rédaction, par exemple, de Rue89 est un peu frêle...
Écrit par : Eric | 07 mai 2009
Écrit par : Dr No | 09 mai 2009
:-))
Écrit par : Filaplomb (éditeur de bonnes nouvelles) | 09 mai 2009
Mais c'est plus l'apanage du critique littéraire seul, qui a un système de pensée, de lecture, qui s'est construit son "école"... du théoricien en seomme... mais çe ne concerne pas vraiment l'interview, l'auteur en promo... On rencontre une grande frustration à ce sujet : "vous aimez écrire debout ou couché ? vous avez des cartouches de rechange pour votre stylo en cas de long voyage ? Vous mettez un après shampoing spécial ?"
Écrit par : balmeyer | 11 mai 2009
Écrit par : Eric | 11 mai 2009
Je m'essaie parfois à la critique pour partager un coup de coeur... mais je crains toujours de trop en dire (peur de tomber dans l'excès, dans l'emphase... et de faire fuir!).
Écrit par : pas perdus | 11 mai 2009
Écrit par : balmeyer | 11 mai 2009
La vérité est que les journalistes ne peuvent pas parler réellement d'un livre (je veux dire : d'une oeuvre littéraire). Ils peuvent juste rendre compte de sa sortie. Pour le reste, le support qui est le leur, la rapidité à laquelle ils doivent produire et leurs propres limites intellectuelles sont des obstacles quasi infranchissables.
Écrit par : Didier Goux | 12 mai 2009
Oui, dans les limites qui sont les siennes, le journaliste peut juste donner envie de lire, ou ne peut dégouter... ce qui n'est déjà pas si mal...
Écrit par : Eric | 12 mai 2009
Il n'empêche que ça m'énerve quand même !
:-))
Écrit par : monsieur Poireau | 12 mai 2009
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