23 mars 2009

Conversation sur twitter, autorité et démocratie

Internet est fait de conversations. Les conversations se déroulent sur les blogs, en général. Mais depuis quelques temps, on constate que la conversation quitte la blogosphère, pour se déplacer sur twitter, facebook et les autres réseaux sociaux (lire: Internet Actu).

Ces derniers temps, la tendance s'accélère. Twitter est en croissance exponentielle.On observe, par exemple, que le nombre de recherches sur twitter search dépasse celui de google blogsearch (voir schéma). (source: micropersuasion voir aussi ce billet)

twitter blogsearch technorati.jpg

Twitter est le vecteur des buzz. Ils s'y propagent à une vitesse incroyable (source: Véronis).

Twitter permet aussi de générer du trafic vers un site ou un blog (source: PCWorld)

Même Jacques Attali adore. Il philosophe dessus. (via nayezpaspeur)

On observe que les gens discutent plus souvent sur twitter. Par exemple, il y a quelques jours, j'ai suivi cette conversation:

conversation 1.jpg
Ca se lit de bas en haut (vous le savez!). Au début, j'annonce sur twitter que je viens de publier un article (je le fais manuellement, parce que je ne republie pas tout sur twitter. On peut le faire automatiquement, mais c'est déshumanisé...)
La conversation se poursuit entre différents "suiveurs". Un autre suiveur retwitte mon billet. C'est sympa!
conversation 2.jpg
Un suiveur se réveille et note qu'on parle décidément trop.
Et, c'est vrai, on peut se demander: faut-il utiliser twitter comme un module de chat?
La réponse est non, en principe. Ca gène les autres et, surtout, ça prend beaucoup de temps. On parle, on parle... Des phrases de 140 signes. Ca n'est pas très constructif. Mais, si ça vous amuse, pourquoi pas.

Les commentaires fuient les blogs

Vous avez compris, avec ces conversations sur twitter (ou d'autres réseaux sociaux), les gens commentent moins vos blogs. C'est la première conséquence. Il y a toujours plus de blog, les gens ont moins de temps, donc, au final, la participation est moindre sur chaque blog.
Certes, cette fois-ci, les "suiveurs", Marc Vasseur et Jacques Rosselin ont commenté sur le blog. Mais l'essentiel de leur conversation s'est poursuivie sur twitter. Et certains se seraient abstenus de commenter le blog.


Une chute d'authority

La deuxième conséquence, c'est que les gens se donnent moins la peine de vous citer sur leurs blogs. Ils voient un bon billet, paf, ils le citent sur twitter. Ca prend moins de temps. L'information est transmise.
Le "problème" c'est que, si on ne vous cite pas, votre authority n'augmente pas. L'authority, selon technorati, c'est le nombre de blogs qui vous citent au cours des 6 derniers mois.
Le blog techcrunch (n°3 sur technorati) a noté cette tendance:
"However, a disruptive trend is already at play. While blogs are increasing in quantity, their authority–as currently measured by Technorati–is collectively losing influence. For instance, just last November, Technorati counted 32,493 links towards gadget blog Engadget’s “authority.” Today, it counts half that amount (16,326). Even TechCrunch’s link authority as measured by Technorati is down by several thousand links, yet its relative position in the overall ranking (No. 3) hasn’t moved."

Pour les amateurs du classement wikio, c'est pareil. Moins de backlinks.
C'est pas la mort et tout le monde est touché par cette "pénurie de liens entrants", mais c'est tout de même un petit peu embêtant. En effet, le lien entrant est la drogue du blogueur. Si vous me citez sur votre blogue, je vais beaucoup vous aimer. En découvrant un blog qui le cite, le blogueur saute au plafond.
Bref, cette explosion de twitter bouleverse la donne. Ce n'est ni un bien ni un mal. C'est peut-être même plutôt un bien qu'un mal. C'est nouveau, c'est une possibilité d'expression en plus. Un outil, juste un outil.

La conversation c'est la démocratie

Pourquoi la conversation c'est important sur Internet?
Parce que c'est ce qui rend vivante la transmission d'information. C'est toute la différence entre les médias qui imposent leur message (télé) et ceux qui le distribue discrètement (blogs). (lire à ce sujet Bernard Stiegler)
Et, d'autre part, la discussion c'est la démocratie. Le rôle des médias, c'est de faire comprendre aux citoyens le fond des dossiers qui sont traités et votés au parlement. Ca n'est pas que pour distraire quand on rentre du boulot!
Le parlement, l'Assemblée sont des lieux de discussion.
Par exemple, sur la loi hadopi, cette discussion à l'Assemblée nationale, est intéressante. On y entend le député communiste Jean-Pierre Brard demander de façon insistante le respect d'une procédure. (transmise par Philippe Gammaire sur twitter)
On le voit dans cette discussion, le rôle du jeu, des arguements, de la règle. Tout cela à un but: faire éclore la vérité, trouver la meilleure solution. Produire des lois. Gouverner des peuples. Rien que ça!

Le vote d'une Loi ne tranche pas la discussion

Ces discussions qui se poursuivent sur Internet et à l'Assemblée sont complémentaires. C'est ce que montre bien Patrice Lamothe dans ce billet, également sur la loi Hadopi.
Selon lui, le vote de la loi ne clôt pas la discussion:
"Certains pourront croire que le calendrier du vote emportera la décision, que d’ici au 31 mars, la majorité législative aura tranché : ce serait une erreur.
En dépit des apparences, le vote formel d’une loi ne tranche jamais de lui-même le sort d’une collectivité. Après les votes viennent les décrets d’application, après les décrets viennent les jugements sur des cas concrets, après ces jugements peuvent venir de nouvelles lois, de nouveaux gouvernements, de nouvelles majorités. A chacune de ces étapes, les forces en présence gagnent ou perdent du terrain."

Lien permanent | Commentaires (20) |

Commentaires

Tu n'as pas cité l'invasion de touiteux qui ne sont qu'en read-only: ils postent de l'info et ne participent pas aux debats, j'ai nommé les faux politiques 2.0 on en trouve à droite et à gauche.

Écrit par : Dagrouik | 23 mars 2009

excellent article

de verre le plafond bien sûr

Écrit par : olympe | 23 mars 2009

Article signalé par un twit Marc Vasseur passant sur Facebook. Excellent, devrait figurer sur "Vendredi" papier de la semaine.

Écrit par : Hervé Torchet | 23 mars 2009

Combien de Députés et de représentants du peuple viennent-ils sur Twitter participer à des conversation avec lui ?
Il me semble que cette barrière entre les représentants et les représentés démontre que justement, ces conversations ne sont que des conversation et pas de la démocratie réelle !
Nos papotons, ils votent…
:-|

Écrit par : monsieur Poireau | 23 mars 2009

Très instructif, j'ai failli commenter sur twitter et je me suis dit "non, dis le directement à eric!" ;)

Perso, pour moi, ce qui compte c'est qu'on me linke, que ce soit dans un blog ou sur twitter, ça ne change pas grand chose (à part que sur twitter, c'est plus éphémère car on pense pas forcément à remonter toute la file pour lire tout ce qu'on a raté...). Mais en effet, le microblogging prend de l'ampleur!

Et d'ailleurs, facebook s'y met aussi...

Écrit par : le chafouin | 23 mars 2009

J'ai twitté ce billet.

Écrit par : Nicolas J | 23 mars 2009

je lis dans mon netvibes

je clique si je suis intéréssé et si j'ai (ou prends) le temps de lire tous les billets
çà doit faire perdre des lecteurs et des commentateurs

sur twitter je suis abonné pour justement trouver des beaux liens sympas

Écrit par : olivier | 23 mars 2009

Joli billet! Le Web participatif est en effet en train de recréer une agora à l'échelle de la planète, c'est à dire peut-être une véritable démocratie.

Encore faut-il s'assurer que ces discussions aux supports, aux contenus et aux interlocuteurs variables ne se perdent pas dans l'instantanéité du Web.

Il faut donc que les contenus créés puissent-être organisés, placés dans le bon contexte, mis en rapport... Ce qui me connaissent voient déjà bien où je veux en venir, je crois véritablement qu'il manque une étape clé pour que la démocratisation du Web puisse se cristalliser, une étape à laquelle j'ai beaucoup travaillé ces dernières années...

... bref, pour que la discussion du jour ne soit pas enfouie par de nouvelles discussions, il faut que les contenus passés soient édités.

C'est ce que pearltrees permet de faire dés maintenant. C'est ce qu'une vaste communauté d'éditeurs du Web feront, si il commencent à utiliser cet outil pour organiser leur Web et le partager...

C'est ce que je ne saurais trop vous engager à faire aujourd'hui !

Écrit par : Patrice Lamothe | 23 mars 2009

Vraiment passionnant. Bravo.

Écrit par : Seb de CaRéagit | 23 mars 2009

Saine évolution ou perte de sens ?

Un outil de plus ... ?

Un point positif, l'essentiel c'est de se retrouver et de continuer à palabrer.

@ +

Écrit par : Eric bloggeur citoyen | 23 mars 2009

cher Eric, j'adore cet humble aveu dans cet article :))
" En effet, le lien entrant est la drogue du blogueur. Si vous me citez sur votre blogue, je vais beaucoup vous aimer. En découvrant un blog qui le cite, le blogueur saute au plafond."
et j'aime aussi la chute d'authority....la débandade quoi....

sinon, je reste réservée sur cette assertion : "la discussion c'est la démocratie" eh bien pas toujours...parce que tout dépend ce qu'il y a comme matière dans la discussion et quels sont les intervenants, parce qu'il y a des discussion stériles, des polémiques qui n'ont aucune caractéristiques de la démocratie, et nombres de palabres inutiles, vaines et stériles...

Écrit par : anne | 24 mars 2009

@Anne,

La discussion, le débat, l'échange d'argument, c'est ce qui permet de trancher, de délibérer. Les procédures démocratiques fonctionnent grâce à l'opposition raisonnée d'argumentaires.

@Chafouin,

Oui, twitter est tellement éphémère...

@Dagrouik,

A as les twiteux en mode read only.

Écrit par : Eric | 25 mars 2009

Analyse intéressante... Reste à voir les perspectives de l'outil Twitter.

Comme tu le pointes, ce n'est pas un outil de chat - ou, plus exactement, c'est un très mauvais outil de chat, même s'il présente un charme indéniable pour les spammeurs d'égos.

A vrai dire, pour un vieux con comme moi, ça me rappelle (en des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) la montée en puissance d'irc - ou, un peu plus tard, des chats caramail/voila/autres. Le bordel inhérent au fonctionnement en broadcast a été marrant, a eu du succès un temps, puis ça a fini par passer, pour revenir à des formes de communication plus structurées :

Une conversation, ça se fait en groupe, ou en tête-à-tête, pas en criant à la terre entière sa private joke avec machin ou bidule.

Twitter, que je fréquente depuis peu, et à échelle modeste (genre 30 suiveurs, et 30 que je suis), me paraît déjà limite inexploitable, en raison d'un rapport signal/bruit assez catastrophique. En m'y connectant deux ou trois fois par jour, je ne peux pas participer aux "conversation", parce que c'est périmé, et je suis noyé sous l'info (avec 30 personnes à suivre...)

Facebook, qui se fait tailler des croupières en ce moment par Twitter parce que Twitter est la nouvelle mode, est bâti sur un modèle nettement plus robuste à moyen terme - il fournit des outils de filtrage et de hiérarchisation efficaces.

C'est le problème, pour répondre à Dagrouik, que rencontrent les politiques avec Twitter : ils y sont condamnés au write-only, parce qu'ils n'ont pas des masses de temps à y consacrer -et ce pour quelle retombée pour eux ?
Un blog, déjà, est envahissant pour un politique qui veut "faire les choses bien" : Cf les blogs de Mélenchon ou de Moscovici, qui jouent le jeu, et ont 300 facilement 300 commentaires quotidiens ; il leur est impossible de participer au débat dans les commentais.

En revanche, comme outil de "push", pour transmettre de l'info et/ou faire buzzer un évènement, Twitter est formidable ; plus impliquant qu'un mail, moins intrusif qu'un sms, avec en plus la possibilité de faire des liens donc d'amener les lecteurs sur un contenu plus riche...

Écrit par : Florent | 25 mars 2009

Pfiou, à chaque fois que je commente ici, je pose une tartine. J'aurais plus vite fait d'en faire un billet et de te linker :)

Écrit par : Florent | 25 mars 2009

@Florent,

"Twitter, que je fréquente depuis peu, et à échelle modeste (genre 30 suiveurs, et 30 que je suis), me paraît déjà limite inexploitable, en raison d'un rapport signal/bruit assez catastrophique. En m'y connectant deux ou trois fois par jour, je ne peux pas participer aux "conversation", parce que c'est périmé, et je suis noyé sous l'info (avec 30 personnes à suivre...)Twitter, que je fréquente depuis peu, et à échelle modeste (genre 30 suiveurs, et 30 que je suis), me paraît déjà limite inexploitable, en raison d'un rapport signal/bruit assez catastrophique. En m'y connectant deux ou trois fois par jour, je ne peux pas participer aux "conversation", parce que c'est périmé, et je suis noyé sous l'info (avec 30 personnes à suivre...)"

D'acord avec toi sur le "bruit" dans twitter. Ca peut s'améliorer, en limitant le nombre des suiveurs ou en utilisant plusieurs comptes, un par sujet.

Écrit par : Eric | 25 mars 2009

En fait, écrire 140 signes ou mieux RT 138 signes est bien plus simple pour beaucoup de gens que de publier un billet de blog. La perte d'autorité suit le mouvement. Malgré sa complexité cognitive, Twitter ou les digglike ont plus d'atouts que la blogosphère. Le vote ou le signalement sont plus simples d'usage que le blog.

La conversation sur Twitter a aussi l'avantage d'être moins visible, moins accessible que sur les blogs, ce qui permet des propos plus libérés. On y est certainement plus dans un café, ce qui devrait convenir à terme à plus de monde... Mais la difficulté d'usage et de préhension de l'outil ajoute de nouvelles barrières d'accès.

Écrit par : Hubert Guillaud | 26 mars 2009

@Hubert,

Oui, le coté confidentiel et underground de twitter mérite d'être souligné. Le jour où des hommes politiques porteront plainte contre un twitter, on se rendra compte que, finalement, un twit est un message public.

Écrit par : Eric | 26 mars 2009

@ eric:
"La discussion, le débat, l'échange d'argument, c'est ce qui permet de trancher, de délibérer. Les procédures démocratiques fonctionnent grâce à l'opposition raisonnée d'argumentaires." dis -tu...
ben oui...dans l'idéal et sur le papier....
mais force est de constater que la notion de discussion , de débat et d'échanges d'arguments ressemble bcp plus souvent à celle du dialogue de sourd, de polémiques et de points de vue et non d'arguments développés !
c'est là où le bât blesse.
ce mot, 'démocratie' et ses caractéristiques sont bien mis à mal, et simplement répéter le mot "démocratie" ne garantie en rien son application ...

Écrit par : anne | 28 mars 2009

En complément : http://www.socialmediatoday.com/SMC/79262

Écrit par : Hubert Guillaud | 31 mars 2009

bonjour a tout les twiters mon fils cherche un maitre d apprentissage pour la rentree.il souhaite travailler dans un magasin de sport;si vous pouvez m aider faite moi signe merci!

Écrit par : sylviane buatois | 04 mars 2010

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