24 novembre 2008
La censure, c'est toujours chez les autres
Peu d'aspérités en apparence dans l'article de Pascale Santi, Presse, la promo désanchantée (Le Monde). Comme si les journalistes marchaient sur des oeufs dès lors qu'il s'agit de parler de leurs confrères.
La promo, c'est celle de 1995 du CFJ (centre de formation des journalistes). L'auteur raconte ce que sont devenus les anciens élèves.
L'un d'eux travaille au Monde:
"Piotr Smolar s'estime, lui aussi, "très privilégié". "Il serait saugrenu de me plaindre, travaillant dans un journal qui, malgré les difficultés financières, continue de publier des pages sur le Haut-Karabakh ou le Kirghizstan."
Quel chanceux, ce Piotr Smolar...
"Censure" chez LVMH
Ce qui devient amusant c'est quand la journaliste parle de certains de la "promo" qui ont eu moins de chance. Victimes (consentantes?) de la censure odieuse du luxe...
"Delphine Cuny, diplômée en 1997, a toujours été attirée par le journalisme. A La Tribune depuis huit ans, elle y a suivi la rubrique luxe quand le quotidien appartenait au groupe de Bernard Arnault, LVMH. "Il est souvent difficile de savoir d'où vient la censure, s'il s'agit d'un excès de zèle de la direction de la rédaction ou de directives de l'actionnaire", explique-t-elle. Elle se souvient que certains articles sur LVMH, ou sur le groupe Pinault, concurrent de celui de Bernard Arnault, ont été modifiés, sans que les auteurs aient été prévenus."
L'emploi du mot censure n'est pas anodin, dans un contexte de concurrence aiguë entre journaux quotidiens. Et ce qu'on sous entend est qu'aucun journaliste du Monde ne subit jamais la moindre censure de la part du groupe Lagardère, par exemple.
Pour mémoire, le groupe Lagardère possède 17% du capital du groupe Le Monde et 34% de la société qui détient lemonde.fr (la forêt des médias et Bakchich).
- Mise à jour (23 novembre 2008):
Pendant que j'écris ceci, je tombe sur un numéro du Monde de la semaine dernière. En bas d'une page, on peut y lire un courrier envoyé par un représentant d'Arnaud Lagardère. Il entend corriger une "erreur" figurant sur une infographie du Monde.
Selon ce document, le salaire de M. Lagardère serait de 13,64 M d'euros pour 2008. Le courrier affirme que c'est beaucoup moins (environ 1,9 M d'euros).
Je m'interroge sur le sens qu'il faut donner à ce courrier adressé au Monde. En effet, l'infographie se contente de reprendre des données connues, publiées par le cabinet Proxinvest. Beaucoup de médias ont publié ces chiffres, comme Challenges, par exemple.
Je ne sais trop quoi penser de cette intervention de la part d'un représentant de M. Lagardère. Pression ou pas?
Publié dans Le "Monde" | Lien permanent | Commentaires (10)


Commentaires
Ecrit par : kohnlili | 24 novembre 2008
Ecrit par : ZapPow | 24 novembre 2008
Il faudrait peut-être s'intéresser au recrutement des journalistes, au Monde par exemple, par rapport à leurs origines sociales et à leur cursus ?
Sortent-ils ou non, sauf rares exceptions, du même moule ? Je pense que ça peut avoir des incidences sur une forme de censure, qui rejetterait certains sujets ou questions susceptibles de remettre en cause l'information dominante.
Ecrit par : pas perdus | 24 novembre 2008
A la suite de notre article intitulé "En 2007, les salaires des patrons du CAC 40 ont ignoré la tourmente" (Le Monde du 21 novembre), nous avons reçu de Pierre Leroy, cogérant du groupe Lagardère, la mise au point suivante :
Le Monde a publié dans son numéro daté du 21 novembre, en page 12, un article intitulé "En 2007, les salaires des patrons du CAC 40 ont ignoré la tourmente" qui prête (!), graphique à l'appui, à Arnaud Lagardère une "rémunération salariale" en 2007 d'un montant de 13,64 millions d'euros.
Ce chiffre, tiré d'une étude du cabinet Proxinvest, est évidemment faux. Le salaire brut, tout compris, d'Arnaud Lagardère (partie fixe, partie variable, avantages en nature) s'est élevé en 2007 à 1 944 711 euros. M. Lagardère n'a par ailleurs reçu aucune option de souscription ou d'achat d'actions depuis qu'il a été nommé gérant en 2003, ni de droit à attribution d'actions gratuites et ne bénéficie d'aucun "parachute doré".
Ecrit par : Eric | 24 novembre 2008
Il y a aussi eu des mouvements internes au fil des ans: des personnes qui étaient employées (garçon de bureau, secrétaire, documentaliste etc) passés journalistes après ou non formation continue. Et plus récemment, les anciens ouvriers du livre passés journalistes qui n'écrivent pas mais assurent d'autres tâches essentielles, plus techniques.
Quant au social, difficile de répondre: on ne demande pas aux copains si leurs parents étaient csp ++ ou --.
Ecrit par : martine silber | 24 novembre 2008
Ecrit par : martine silber | 24 novembre 2008
Mais c'est très difficile de savoir qui a tort ou raison quand le problème se pose, cela peut donner lieu à engueulades, radio-moquette, voire à confrontation publique, ce linge sale se lave en famille et en général, il se lave....
Ecrit par : martine silber | 24 novembre 2008
Oui, forcément, mais de là à parler de censure, le mot est très fort.
Ecrit par : Eric | 24 novembre 2008
Ecrit par : martine silber | 24 novembre 2008
Pour Lagardère, il confond souvent honneur et désinformation ! :-))
Ecrit par : monsieur Poireau | 26 novembre 2008
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