24 mai 2008
Journalistes: allez sur le terrain!
Les assises du journalisme se sont clôturées. Le sujet de réflexion: "A quoi sert un journaliste?"
Et certains, comme Philippe Couve, sont plutôt pessimistes, évoquant l'(in)utilité des journalistes.
"Tout le monde sait qu’un journaliste sert à cirer les pompes de ses chefs, de son patron, des publicitaires, des hommes politiques et des chefs d’entreprise. Ce qui lui permet au passage de gagner maigrement sa vie", ironise l'historien Patrick Eveno.
Aller sur le terrain
Au milieu de cette grisaille, Jean-François Kahn délivrait quelques conseils. Et notamment: "Aller sur le terrain. Sortir de sa bulle, de sa spécialité. Tout journaliste devrait couvrir au moins deux fois par an un fait divers, une grève… Faire des reportages. Ca devrait être la loi." Les autres conseils vont dans le même sens: rapprocher les journalistes des lecteurs.
Edwy Plenel, commentant le blog de Ph. Couve rappelait, lui aussi, ce primat des faits sur les opinions (pour moucher le blogueur et défendre son projet, Médiapart).
C'est amusant de constater que les points de vue de JFK et Edwy Plenel convergent...
Pourtant, lorsque j'ai rencontré Edwy Plenel, en mars 2006, il m'a avoué que Marianne n'était pas sa tasse de thé. Il a rappelé cet adage: " les faits sont sacrés, les opinions sont libres. Avant d'ajouter:" pour Marianne, c'est le contraire: "Les opinions (de Jean-François Kahn) sont sacrées, les faits sont libres".
Jean-Michel Aphatie, dans un genre moins subtil, ironise sur Marianne, le journal que nous avons la chance d'avoir. Le drame: dans un dossier sur la pensée unique, Marianne a subodoré que JMA "servirait la soupe au patronnat" (dixit Aphatie). Là encore, la frontière entre fait et vérité vascille. Ou plutôt, elle fait l'objet d'une lutte sans merci. On la voit à l'oeuvre quand il faut décrypter la novlangue du managériale et patronale... ou quand il faut compter le nombre de personnes dans une manif.
Bref, d'accord sur ce point: sachant que la "réalité" est difficile à interpréter, le rôle du journaliste est, plus que jamais, d'aller sur le terrain...
Publié dans Journalisme | Lien permanent | Commentaires (25)



Commentaires
J'ai compris, j'ai rectifié mentalement, mais ce serait mieux de rectifier dans la note, car quelqu'un de moins intelligent, fin, cultivé ou subtil que moi peut croire le contraire de l'idée exprimée...
Cela dit, le fond de commerce d'Aphatie après les éructations fort poujadistes contre les hommes politiques semble être devenu a) la dénonciation de la Toile et des blogues (comme s'il n'y était pas) ; b) la dénonciation de Marianne (comme s'il n'allait pas en avoir besoin un jour). Apathie hurle toujours contre des scandales imaginaires, c'est ce qui fait encore croire à son indépendance. Il faut qu'il montre tout ce qu'il n'est pas (je ne vote plus, je ne reçois pas de consignes) et un jour il finira très très à droite. Il l'est sans doute déjà...
Ecrit par : Dominique | 24 mai 2008
Oui, j'ai rectifié.
Pour JM Aphatie, je l'apprécie (à petite dose), justement à cause de ce qu'on lui reproche. Il est clair, pédagogique, il occupe une place bien définie dans le paysage politique. Mais, c'est vrai, pour lui, les faits passent bien après ses opinions...
Ecrit par : Eric | 24 mai 2008
Ecrit par : labarriere | 24 mai 2008
Votre opinion mérite d'être corrigée par les faits. TOUS les journalistes ne fréquentent pas l'oligarchie politique, économique, sociale et médiatique. Il y a aussi une bonne partie de précaires dans les médias...
Ecrit par : Eric | 24 mai 2008
Ecrit par : Didier Goux | 24 mai 2008
A mon sens, un journaliste a besoin de nourritures constantes :
- des aliments (comme tout le monde)
- de la lecture : journaux, dépêches, livres, etc.
- et l'expérience constante des événements, des faits, de la réalité.
Cette dernière est très importante pour ne pas s'enfermer dans l'écrit mais se rattacher à la vie, s'ouvrir continuellement à ce qui existe, ce qui se passe, ce qui est.
Ecrit par : CulturePo | 24 mai 2008
Ecrit par : Dominique | 24 mai 2008
Même remarque que pour le commentateur précédent: soumets tes opinions à l'épreuve des faits. Achètes le dernier Marianne et tu verras s'il est constitué d'une suite d'éditoriaux!
@Culture Po,
La difficulté, c'est justement l'abondance de nourriture! Trop d'infos tue l'info.
@Dominique,
Merci de ces précisions: je n'ai jamais connu l'Evénément (du jeudi?).
Ecrit par : Eric | 24 mai 2008
Putain, c'est effrayant! Est-ce à dire que les journalistes, dont la fonction première, à mon sens, est de témoigner du monde, est-ce à dire qu'ils ne se frottent jamais à cette réalité?
Voilà, en tout cas, qui permet de mieux comprendre le pitoyable état médiatique actuel.
D'un autre côté, tout se tient. Dans la PQR, le terrain, c'est pour les correspondants de presse, tu sais, les mecs payés sous le RMI qui remplissent l'emballage à poissons vendu fort cher. Donc, 3, 4, 6 soirs par semaine, le correspondant va se frotter à ses braves concitoyens et raconter la vie du bled, telle qu'elle est. Et il ramasse quelques euros pour sa peine. Et surtout pour son carburant. Parce que sa peine, elle vaut que dalle.
Ben même ça, c'est trop cher. Ma feuille de chou m'a trouvé trop gourmande et a décidé de faire de la correspondance locale une activité bénévole à l'usage des retraités dynamiques et argentés qui se paient de voir leur nom sur le journal...
Du coup, il n'y a plus personne sur le terrain et je ne sais pas trop ce qu'ils peuvent bien vendre comme info locale, maintenant, dans le journal, sorti de la propagande des institutions locales.
Et après, on s'étonne que l'emballage à poissons ne se vende plus aussi bien qu'avant...
Ecrit par : Le Monolecte | 24 mai 2008
Ecrit par : abadinte | 25 mai 2008
Marianne est chiant à lire parce que toutes les analyses de tous les faits politiques sont présentées de manière à dire : ah vous voyez, seul le Modem a raison. J'ai vérifié ca sur 3 numéros successifs et j'ai arrêté de le lire !
Au dela des journalistes, à mes yeux, ce sont les rédacteurs en chef qu'il faudrait analyser dans leurs choix !
:-))
Ecrit par : monsieur Poireau | 25 mai 2008
Oui, j'ai suivi le "changement de modèle économique" de ton canard, sur ton blog. Ils ont tout compris! Ou plutôt ils n'ont rien compris: exploiter le bénévolat, ça ne dure pas toujours...
Mais, effectivement, "le terrain" c'est pour les autres, pour les sans grade. Il faudrait que Jean-Pierre Elkabaach aille sur le terrain!
@Poireau,
Sur Marianne, je ne partage pas ton point de vue; en revanche si tu trouves ça chiant à lire, tu n'as peut-être pas tort. On a le sentiment que c'est un peu répétitif, toujours le même plan, les mêmes marottes. Taper sur les privilégiés (les vrais, pas ceux du Point!)
@Abadinte,
Tu as à peu près raison, mais on ne peut nier que, sur certains sujets, tous les médias ne soient exactement du même avis. Ça ressemble à une pensée unique.
Ecrit par : Eric | 25 mai 2008
La nourriture des journalistes est un vrai problème. Aujourd'hui, il n'est pas contestable qu'une des sources les plus importantes est le fameux communiqué de presse et son dossier associé qui permettent au journaliste, au mieux, d'être alerté sur un sujet, au pire, de prendre les informations envoyées comme argent comptant pour écrire son article. Regardez ce qui se passe avec la publication des enquêtes internes de la SG à propos de l'affaire Kerviel. La source de l'info est la seule banque et cette info est estimée crédible parce que critique vis à vis de la même banque ! Bizarre non ?
Donc regardons la nourriture des journalistes et ce qui lui est associé, c'est à dire la manipulation. L'illusration tragi-comique de ce propos, c'est la ridicule affaire de Lefèvre (UMP) et du communiqué non repris par l'AFP.
Ecrit par : Didier | 25 mai 2008
Je pense qu'ils ont dû commencer par gicler les grandes gueules et ceux qui reviennent cher, à savoir ceux qui pratiquent l'investigation. Car le terrain, c'est plus cher que de paraphraser les dépêches d'agences. Ce qui explique aussi bien des choses.
Je pense aussi qu'aujourd'hui, les bonnes places sont corrélées à la servilité des plumes. Suffit de voir ce qui est arrivé aux Fontenelle et Bonnet : pas de place pour les forts en gueule, ceux qui posent des questions, fouillent les sujets. Ça échaude les gentils proprios, ça agace le pouvoir et ça coûte des sous.
Je ne pense donc pas que tous les journalistes sont couchés, serviles, ignorants, complices et de mauvaise foi, je pense que l'écosystème médiatique actuel favorise leur prolifération et leur prospérité tout en réduisant à la mendicité les autres.
Pour en revenir à la PQR, ça fait un bail qu'elle exploite de la main-d'œuvre non reconnue, à peine déclarée et payée très nettement sous les minima légaux, avec la bénédiction des pouvoirs publics et des potentats locaux. Pendant longtemps, c'était une affaire de petits retraités, avec du temps et envie de mettre un peu de beurre dans les pâtes. Mais avec le chômage de masse, les temps très partiels et la misère galopante des classes en âge de bosser, c'est maintenant plus l'affaire de crevards. Surtout qu'aujourd'hui, les crevards licenciés en lettre, ça se ramasse à la pelle et ça écrit mieux que bien des vieux barbons.
Avec l'arrivée massive à la retraite de gens avec de bonnes pensions, en bonne santé, avec un bon niveau d'éducation, ils pensent juste que le vivier des plumitifs putatifs sans contrainte d'argent va s'élargir et leur permettre de se mettre 100% du bénef dans la poche.
Ecrit par : Le Monolecte | 25 mai 2008
Ecrit par : Didier | 25 mai 2008
Autre truc de la PQR : le micro-trottoir. L'Oignon est particulièrement versé dans ce genre. Bon... c'est la presse Hersant, la pire avant la presse Bolloré. Aujourd'hui, je trouve encore deux micro-trottoirs et hier c'était pareil ! Un sujet dérange ou passionne ? On fait un micro-trottoir sans enquêter (ou alors juste avec une interviouve d'un spécialiste régional) ! Le micro-trottoir, c'est très simple, on prend quatre photos de quidams saisis devant les bureaux ou le café du journal, on s'arrange pour qu'il y ait quand même un contre dans le lot afin que cela paraisse objectif, on rapporte telles quelles les débilités de n'importe qui sans rien rectifier ou préciser, mais les gens seront fiers d'avoir leur bobine dans l'Oignon avec leur opinion peu argumentée. On a donné la parole à tous et on est proches des vraies gens. Je crois que je vais consacrer un billet à cette infection !
Troisième genre d'enquête de terrain approfondie : le portrait d'un original. On fait parler pendant une demi-heure un collectionneur d'emballages de Malabar ou de socs de charrue ou de portraits de Napoléon (je n'invente pas), et l'essentiel du texte est juste la retranscription du discours autour de cette passion qui traduit un travail de mémoire et qui illustre le goût pour l'histoire ! Oui, ça c'est du terrain... C'est de la vraie investigation véritable !
Ecrit par : Dominique | 25 mai 2008
Sur la nourriture des journalistes, on pourrait parler (et je devrais en parler, c'est simplement que je manque de matière, d'angle d'attaque) de l'intrusion de plus en plus grande de la communication dans le journalisme.
Voir à ce sujet le bouquin d'Ignaciot Ramonet (un nom qui n'est pas apprécié de tout le monde) :la Tyranie de la communication (je crois que c'est le titre exact).
@Le Monolecte,
"Je ne pense donc pas que tous les journalistes sont couchés, serviles, ignorants, complices et de mauvaise foi, je pense que l'écosystème médiatique actuel favorise leur prolifération et leur prospérité tout en réduisant à la mendicité les autres."
Elargissons à toute la société, remplaçons "servile" par "diplomate" et "mauvaise foi" par "savoir être" et on pourra établir des règles de coexistence pacifique entre les gens dans une société post industrielle.
"Pour en revenir à la PQR, ça fait un bail qu'elle exploite de la main-d'œuvre non reconnue, à peine déclarée et payée très nettement sous les minima légaux, avec la bénédiction des pouvoirs publics et des potentats locaux."
Oui, cette presse ne peut pas (soyons positif: ne disons pas "elle ne veut pas") lutter contre ce que tu appelles 'les potentats locaux".
Mais il ne faut pas tout voir en noir. Quand j'étais correspondant local (Ouest France), j'ai pu rendre compte pendant des mois d'un conflit entre le maire de ma commune et des habitants. J'étais inexpérimenté mais ils ont toujours publié tous mes papiers sans rien couper, quitte à publier des droits de réponses le lendemain les deux fois où j'avais merdé.
Et quand on parle de potentat locaux, n'exagérons pas! On n'est pas en Russie. Si je prends l'exemple que je connais, la ville du Mans, les journaux (Ouest France et Le Maine Libre _ même si maintenant Le Maine est tombé dans le giron de Ouest France) exercent une critique assez juste de l'action des politiques. Mais, il faut le dire, la gestion de la Ville du Mans est plutôt bonne.
Ecrit par : Eric | 25 mai 2008
Ecrit par : Tietie007 | 25 mai 2008
Aller sur le terrain. A vous lire, c'est dur, ça ne rapporte rien, de toute façon c'est plus simple de reprendre le matériel de comm délivré par ceux là même qu'on doit aller voir.
C'est dur ? Oui, faut se bouger. Se lever tôt. Aller voir des gens qui n'ont pas l'habitude de parler à la presse. Prendre le risque de n'avoir, en définitive, pas grand chose d'intéressant à dire.
Ca ne rapporte rien ? Dans un monde de surabondance d'infos, c'est vrai qu'interesser la France sur la fête de la courge à Trifouillix les oies, c'est compliqué, sauf quand on bosse dans l'emission quotidienne de J.P.P. à 13h sur TF-one. Aller sur le terrain, ça coute en frais de transports, c'est du temps consacré à autre chose que de lire les depeches AFP/AP/Reuters. Bref, ça fait raler les actionnaires et le boss.
Et puis, pourquoi se bouger alors que même l'association de défense du trottoir "Marie Louise de Sevres" de l'avenue des pins bleus à Nowhereland a son dossier de presse qu'ils vous mailent si gracieusement ?
C'est l'horreur d'être journaliste. Mais, si aller sur le terrain, prendre le risque de se planter et lire - puis enqueter - sur le trottoir marie machin c'est pas cela être journaliste, qu'est ce que c'est ?
Comprenez moi bien, je ne vous montre pas du doigt. Je me dis simplement que ces propos, c'est à votre rédac'chef qu'il faut le dire. A vos actionnaires. A votre proprio. Car, c'est que que les gens attendent de vous. La presse est en crise ? Oui, car les gens trouvent de moins en moins ce qu'ils cherchent. La PQR - comme vous dites ... sacrés acronymes - marche encore car elle n'a pas déserté le terrain. Pas totalement. Si elle le fait, elle mourra. Comme est en train de mourir son homologue nationale.
Vous avez de l'or dans les stylos. Faites le savoir, dites à vos lecteurs qu'il vaut mieux un journaliste qui écrit un papier sur la fete a toto qu'on communiqué de presse. Que l'info sera vérifiée. Nuancée. Pleine de couleurs. Faites le savoir à vos rédactions. A vos financiers. Et n'oubliez jamais que vos lecteurs n'attendent surtout pas vos papiers pour réflechir, y compris sur le truc le plus crétin. Soyez humbles et aussi objectifs que possible.
Votre métier est dur. Mais il est indispensable. Vous n'avez pas que des lecteurs indifférents à vos problèmes. Et si il sont exigeants, c'est qu'ils attendent beaucoup de vous. Ne perdez jamais cela de vue. Vous avez du soutien. A vous d'aller le chercher, comme vous allez chercher de l'info.
Si au moins le "plumitif" que je suis peut vous aider à avoir meilleur moral, ça sera ça de gagné. Et j'aurai, au moins aujourd'hui, justifié mon existence. Car, journalistes pro et plumitifs, nous ne sommes pas en concurrence. Nous sommes complémentaires.
Manuel Atréide
Ecrit par : Manuel Atréide | 25 mai 2008
Ecrit par : Tietie007 | 25 mai 2008
Merci de ton commentaire!
Ecrit par : Eric | 25 mai 2008
quand on voit ce qui passe sur le forum d'un journal dans une ville,mais pas l'autre, sur le politique local ou départemental ca donne une idée que le modérateur fait un travail de terrain a sa façon..merci la liberté de ton et d'opinion..
Ecrit par : dominique | 25 mai 2008
Ecrit par : dominique | 25 mai 2008
Et puis le sjournalistes qu'on raille en les appelant "journaleux de conférences de presse", c'est pareil.
J'aime bien la remarque de JFK (que je goûte peu par ailleurs, il est un peu lassant) : le terrain devrait être obligatoire de temps à autre.
Personnellement, je ne fais quasiment que ça, non par choix mais par obligation, et j'en suis très heureux car ça me permet de rester un contact avec le pays "réel", et non celui qu'on fantasme parfois dans certains journaux.
Ecrit par : le chafouin | 26 mai 2008
"journaleux de conférences de presse"
mais la conférence de presse, c'est tout de même une façon d'aller sur le terrain, même si c'est de façon plus organisée.
Ecrit par : Eric | 26 mai 2008
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