08 janvier 2008
"It's a free world": le libéralisme n'est pas un humanisme
It's free world, de Ken Loach est un excellent film. C'est l'histoire d'une jeune femme qui devient exploiteuse un peu malgré elle.
À Londres, Angie, une belle blonde d'une trentaine d'années décide de monter sa propre boîte après s'être fait licencier d'une entreprise de recrutement. Dans l'arrière-cour d'un pub, elle organise le recrutement de travailleurs sans papiers, pour la plupart des immigrants venus d'Europe de l'Est en situation très précaire.
Au départ victime du système, la jeune mère-célibataire devient bourreau et passe, poussée par la nécessité, dans le camp des exploiteurs. Ken Loach dépeint avec précision le monde des travailleurs clandestins ukrainiens, polonais, irakiens ou afghans qui chaque matin frappent à la porte des agences d'intérim dans l'espoir d'embauches pour la journée. (Marianne)
Libéralisme et immigration. Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est ce lien entre libéralisme et immigration. Ou, plutôt, exploitation de l'immigré. On peut même se demander si tout le système libéral ne tient pas grâce à ces mouvements de population. Dans le film, des immigré d'Europe de l'Est viennent se faire exploiter en Grande-Bretagne. On sait aussi que le développement économique de la Chine est boosté par une migration interne: des paysans font des centaines de kilomètres pour aller trouver du travail dans d'autres régions de la Chine.
Paris Hilton chez les précaires. Il n'est pas anecdotique non plus que l'héroïne soit une jolie blonde. Une sorte de Paris Hilton. La situation des femmes est particulière. D'un côté, cette jolie fille joue de son physique comme d'un appât. Femme conquérante, entreprenante, c'est une manipulatrice sans vergogne.Mais, d'un autre côté, les femmes sont plus soumises à la précarité. Virée de son entreprise après avoir subi un harcèlement, elle est sans cesse fragilisée. elle est culpabilisée parce qu'elle ne peut jouer son rôle de mère. Elle est, plus tard, agressée physiquement par un immigré qu'elle a floué.
Au final, ce qui se déploie dans ce film, c'est un libéralisme débridé. Un libéralisme qui s'affranchit des lois. Employer des immigré clandestins se révèle extrêmement juteux. Une définition du libéralisme (it's a free world) se formule en filigrane: "le libéralisme n'a pas de limite, tu peux faire ce que tu veux, exploiter qui tu veux, car l'exploité lui-même est libre, personne ne le force à accepter le salaire que tu lui octroies".
Le libéralisme, une doctrine bien peu humaniste...
photo: Allociné
Publié dans Art, littérature | Lien permanent | Commentaires (23)




Commentaires
Ecrit par : zigzag | 08 janvier 2008
@éric : je vais aller voir ça^^
Ecrit par : nea | 08 janvier 2008
belle manière polémique de lancer le débat. Mais quand tu écris "Un libéralisme qui s'affranchit des lois." tu décris des actes qui sont à l'opposé du libéralisme. Le libéralisme est un courant de pensée, une philosophie qui justement place au coeur de sa réflexion le respect du Droit. Le libéralisme qui s'affranchit des lois n'est pas le libéralisme, donc, mais plutôt une forme de liberté à outrance, qui ne fait plus attention à ne pas empiéter sur le droit des autres.
Assimiler le libéralisme à une sorte "laissez-faire" absolu et donc destructeur de lien social, c'est simplement ne pas savoir ce qu'est le libéralisme.
Il y a d'autres axes pour discuter du bien fondé du libéralisme, mais celui-là est relativement faible. Attaquer une "doctrine" pour des actes qu'elle réprouve et qu'elle condamne n'est pas très efficace, ni juste.
Le libéralisme est un humanisme. L'esclavage, non.
Ken Loach, dans son élan partisan, devrait peut-être réfléchir un peu avant de porter des charges à côté de la plaque...
Ecrit par : LOmiG | 08 janvier 2008
si l'on regrade du point de vue de l'immigré/e, l'humanisme se trouve bien chez les libéraux. n'oubliez pas qu'un sans-papier est "sans-papiers" parce qu'un Etat en a décidé ainsi (un Etat ou les gens qui ont eu la chance d'être nés sur son territoire et qui eux, décident de ne pas bouger pour amliorer leur vie). Le libéralisme est la doctrine la plus favorable à l'immigration. Certes, une liberté sans limites, sans règles permet l'exploitation. Mais pour le sans-papier en question, pouvoir travailler, même dans des conditions désavantageuses est mieux que de ne pas travailler du tout. Un libéral cohérent est favorable à la mobilité sociale et permet à quiconque d'améliorer sa position sociale quelque soit son lieu de naissance. Un libéral cohérent est donc celui qui accepte qu'un national soit déclassé par un étranger et l'inverse.
Pour une revue des réponses que les différentes théories politiques donnent à l'immigration, voir Barry et Goodin "Free Movement" http://www.amazon.com/Free-Movement-Ethical-Transnational-Migration/dp/0271008873/ref=sr_1_6?ie=UTF8&s=books&qid=1199801530&sr=8-6
ou en français, le numéro 27 des Raisons politiques
http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2007-2.htm
Ecrit par : migrou | 08 janvier 2008
"Le libéralisme est un courant de pensée, une philosophie qui justement place au coeur de sa réflexion le respect du Droit." soit..., mais si on a légiféré dans des instances libérales...ou si l'on fait en sorte que les lois favorisent le libéralisme à outrance...ça me fait rire jaune
vos arguments ne manquent pas de sens, tout comme ceux de Migrou, mais peuvent justifier tous les exces de cette politique
dire que faire bosser des sans -papier, meme dans des conditions desastreuses est mieux que de ne pas travailler du tout... ouvre la porte à tous les abus qui seront alors courronnés de laurier humanistes.. sous le seul pretexte qu'u,n homme est malgré tout nourri et que c'est mieux que rien .
j'appelle cela de l'esclavage moderne
et on peut alors justifier tout et n'importe quoi
Ecrit par : zigzag | 08 janvier 2008
On en a déjà parlé sous mon billet et sous le tien, mais justement, nous vivons à une époque où on laisse faire ce genre de chose. On ne lutte pas contre le travail au nor et contre le travail des immigrés clandestins. On ne lutte donc pas contre leur exploitation, pourquoi? Parce que comme le rappelle un des personnages du film, ça arrange les patrons et l'Etat.
je suis d'accord avec toi : totu cela n'ets aps du libéralisme, mais c'ets le résultat de la mondialisation libérale. Et le problème, c'est bien que les libéraux applaudissent à ce système qui pourtant est aux antipodes de ce que leur doctrine suggère.
@Eric
c'est drôle, on a fait peu ou prou la même analyse. Plut^to prou que peu, d'ailleurs ;)
Ecrit par : le chafouin | 08 janvier 2008
Ça me fait penser à ce que dit Roger Waters sur le DVD du Making Off de "Dark side of the moon" (très intéressant !). Il raconte qu'après ce mega succès planétaire (pendant 14 ans parmi les 50 meilleures ventes mondiales !) et les sommes faramineuses qu'il y a gagné, il s'est trouvé confronté à un choix : démontrer qu'il était vraiment de gauche ou devenir un sale capitaliste.
Comme quoi, c'est surtout la conscience qui devrait faire son travail ! :-)
Ecrit par : monsieur Poireau | 08 janvier 2008
Si on libère effectivement les richesses et qu'on lève tous les barrages qui s'oppose à leur circulation, il n'y a plus de loi possible.
Chaque loi est un obstacle à la Grande Liberté ! :-)
L'ultra-libéralisme, c'est la capitalisme, moins la morale…
Ecrit par : monsieur Poireau | 08 janvier 2008
Par ailleurs, il est bon de rappeler, comme le faisait JF Revel, que "c’est Frédéric Bastiat, cet économiste de génie que l’on qualifierait aujourd’hui d’ultralibéral forcené ou effréné, c’est lui qui, en 1849, député à l’Assemblée législative intervint, le premier dans notre histoire, pour énoncer et demander que l’on reconnaisse le principe du droit de grève." Les libéraux ont par ailleurs été les seuls pendant longtemps à dénoncer le colonialisme comme une atteinte aux droits des populations.
je crois qu'il faudrait que la gauche arrête de systématiquement attribuer tout ce qui ne lui plait pas à du "libéralisme"...ça lui permettrait peut-être de refonder son socle de valeur de manière plus claire et lisible. Etre anti-libéral, c'est avant tout (voir définition du dictionnaire) être contre la liberté.
à bientôt !
Ecrit par : LOmiG | 09 janvier 2008
Le Communisme aussi était une belle utopie, à laquelle je reste moins sensible mais l'idée était belle. Mise en lambeau par une application sur le réel dans les pays de l'Est dramatique...
Le problème me parait etre là. Lomig a raison quand il dit que le vrai libéral combat viscéralement l'immigration clandestine et l'exploitation (humiliation) de l'être humain. C'est vrai, mais la réalité est autre... Parce que la course au profit de la part de personne se moquant de l'être humain fait, entre autre, que...
Et je n'ai jamais considéré que l'actionnaire à la retraite qui ne produit aucune richesse mais s'enrichit sur le dos de ceux qui bossent, ce n'est pas du libéralisme, mais une dégénérescence du systeme. Je me trompe peut être...
Le film de Ken Loach, c'est ça. Une tumeur maligne d'un systeme qui aura vite dégénéré. Comme d'autre avant. C'est dommage. C'est triste.
Bonne journée
Ecrit par : Falconhill | 09 janvier 2008
à bientôt !
Ecrit par : LOmiG | 09 janvier 2008
Mais on est d'accord sur le libéralisme, on en a déjà parlé... N'empêche que lorsque l'on parle, eric ou moi, de ce film, tu montes sur tes grands-chevaux et tu essaies de défendre l'idée de libéralisme.
Dans mon esprit, il s'agissait surtout de dire que le travail clandestin est une dérive étroitement liée à la mondialisatoin qui justement est tout sauf libérale! C'est pour ça qu'on parle souvent de néolibéralisme.
Ecrit par : le chafouin | 09 janvier 2008
Sérieusement, ça me fatigue d'entendre tout le monde critiquer le libéralisme et ses soit-disant excès, alors que les choses montrées en exemple ne sont PAS des excès de libéralisme, mais des contraintes individuelles ou collectives qui vont à l'encontre du libéralisme. Si on veut se battre contre quelque chose, il est important de bien le définir. Ceux qui critiquent le travail au noir, l'exploitation d'êtres humains se trompent de cible s'ils en rendent responsable le libéralisme, ou le néolibéralisme. ça n'a rien à voir.
J'aimerais qu'on définisse les choses proprement : qu'est ce que le néolibéralisme ?
Ecrit par : LOmiG | 09 janvier 2008
Mmmm, j'y réfléchirai durant la sieste ^___~ Bonne aprésmidi
Ecrit par : Falconhill | 09 janvier 2008
Mais ce qui est vrai, c'est que le film de KL montre des agissements que l'on rencontre régulièrement. En gros, nous avons affaire à des acteurs libres. Mais les uns sont puissants et bien informé tandis que les autres sont faibles et manquent d'information. Il en ressort que les premiers sont libres et les autres beaucoup moins.
Après, il est possible que cela ne corresponde pas à la doctrine libérale! Mais ce qui compte, c'est ce qui se passe vraiment, pas ce qui se passerait si personne ne trichait.
Ecrit par : Eric | 09 janvier 2008
Ecrit par : le chafouin | 09 janvier 2008
Chic discussion sur le sujet. Bonne soirée
Ecrit par : Falconhill | 09 janvier 2008
Mais il fait tout de même préciser que les travailleurs polonais, contrairement aux autres nations citées, ne sont pas clandestins en Angleterre et peuvent travailler en toute legalité. Ce qui fait que leur situation est beaucoup moins précaire.
Ecrit par : Rududu | 09 janvier 2008
Ecrit par : le chafouin | 10 janvier 2008
Ecrit par : le chafouin | 10 janvier 2008
Ecrit par : le chafouin | 10 janvier 2008
je te cite :
"Après, il est possible que cela ne corresponde pas à la doctrine libérale! Mais ce qui compte, c'est ce qui se passe vraiment, pas ce qui se passerait si personne ne trichait."
Bien sûr que ce qui compte c'est ce qui se passe vraiment...! Mais qui a dit que nous sommes aujourd'hui dans un système répondant aux principes libéraux ? Ce n'est pas le cas, et c'est pour cette raison qu'il est abusif de mettre sur le dos de ces principes universels et humanistes des résultats et des faits qui sont en désaccord avec ces principes...
à bientôt !
Ecrit par : LOmiG | 11 janvier 2008
Ecrit par : pas perdus | 11 janvier 2008
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