24 août 2007
La précarité on en parle (pas)
(Entre parenthèse, je compte ouvrir un blog sur le sujet de la précarité, dès septembre. J'en parlerai bientôt)
Si on tape le mot "précarité" dans le moteur de recherche d'un grand média, on ne trouve pas grand chose ces temps-ci. Nous sommes au mois d'août, mais quand même…
Au Monde, on semble préférer les précaires venus d’ailleurs : au Japon ou en Allemagne. Les ados en rupture ou les intermittants ont aussi été traités ce mois-ci. Un peu mince pour le quotidien dit "de référence".
Boutin et l'intérim
Au Figaro, pas mieux. Il nous farcit les oreilles avec l'"humanisme" de Mme Boutin. L'article titré "L'intérim dope les créations d'emploi" (juin 2007) est symptomatique: l'information principale est noyée. Il faut attendre la fin de l'article pour apprendre que la baisse de chômage est due à des création d'emplois précaires, principalement de l'intérim. "La hausse trimestrielle est « en grande partie imputable à l'intérim » qui représente près de 60 % des nouveaux postes créés sur les trois premiers mois de l'année."
"Réformes emblématiques"
Dès lors on comprend que "les réformes emblématiques" de Nicolas Sarkozy (annoncées triomphalement au début de l'article) sur les heures supplémentaires et la TVA sociale, sont déconnectées du réel. En effet, on imagine mal les intérimaires bénéficier des heures supplémentaires tant convoitées...Pour faire court, disons que Libé aussi oublie un peu les précaires. En revanche, sur les vacances du président, la journal "de gauche" a enquêté.
On se consolera en lisant L'Humanité? Bof! Acheter L'Huma, ça craint quand même un peu...
Précarité en librairie
Pourtant, la thème de la précarité est en vogue dans les librairies. Les chercheurs en sciences humaines s'y intéressent. Deux gros bouquins sont sortis: Repenser la solidarité et La France invisible.
Vies ordinaires Vies précaires de Guillaume Le Blanc est l'oeuvre d'un philosophe qui tente de conceptualiser le phénomène.
Une soixantaine d'ouvrages ont le mot précarité ou précaire dans leur titre. La plupart ont été publiés après 2000.
La Misère du Monde de Bourdieu reste la référence.
Le sujet rebondit chez Ronald, d'Intox 2007
Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (25)


Commentaires
Ecrit par : petitjardin | 24 août 2007
Le chiffre de 5 et quelques millions de chomeurs et gens en situation trés précaire me semble être un chiffre plus parlant mais surtout plus juste d'une réalité.
Ecrit par : Falconhill | 24 août 2007
J'ai beaucoup écrit sur la précarité et le chômage et même si je ne suis pas toujours d'accord avec tout, je continue à soutenir actu-chômage, le site des chômeurs et précaires pas contents!
Ecrit par : Le Monolecte | 24 août 2007
Cela m'a frappé dans la "crise" des subprimes. Tout le monde est rassuré puisque les marchés semblent se redresser. En réalité, plus de trois millions de familles vont se retrouver sans logement. On pourrait parler de krach social mais pas un seul journaliste n'invente plus ce type d'expression !
:-)
Ecrit par : filaplomb | 24 août 2007
Merci de ton com et de ton soutiens. Je t'envoie un mail.
@Filaplomb,
L'homme c'est démodé! Et s'il ne roule pas en Mercedes il devient carrément vulgaire!
@Falconhill,
Oui, tu as raison! Marianne traite le sujet. Ils ont fait plusieurs bons reportage sur les précaires et, par exemple, sur les commerçant (qu'on peut quelquefois compter parmi les précaires, puisque leur salaire n'est jamais assuré).
Et ses chiffres du chômage (ou de la délinquance) sont publiés régulièrement.
@Petit jardin,
Oui, le terme de "variable" est révélateur d'une certaine cécité de la part de certains. Car la "variable" elle est plutôt constante...
Ecrit par : Eric | 24 août 2007
Certains services comptaient jusqu'à 50% d'intérimaires souvent là depuis 1 an.
Comme Filaplomb le fait remarquer, aux USA , 2 ou 3 millions de gens vont se retrouver à la rue, endettés: le nombre d'expulsion a doublé en un an. Record depuis 50 ans.
On a injecté 300 milliards de liquidités pour rassurer qui ? les tenants du fric qui avaient peur de perdre quoi ? ils auraient été plus utiles pour soutenir l'économie ou moderniser certains trucs dans l'UE. Ca me fait mal au cul de voir les banques centrales solidaires alors que les états ne le sont même pas entre eux dans l'UE!
Ecrit par : Dagrouik | 24 août 2007
Et le fait qu'on en parle pas dans les médias est aussi dû au fait que, comme dans ta boîte, on retrouve des CDI qui ne connaissent pas la précarité. Comment peuvent-ils en parler?
Quand les stagiaires manifestent, Libé (qui a des dizaines de stagiaires) ne peut pas aborder le problème!
Ecrit par : Eric | 24 août 2007
Lancer un blog sur la précarité peut être très intéressant surtout qu'il y a trop peu de blogs sur ce thème. ;)
Ecrit par : abadinte | 24 août 2007
Ça va faire une de ces audiences ! Mieux que les feux de l'amour !
Cynique un jour, cynique toujours !
:-))
Ecrit par : filaplomb | 24 août 2007
C'est pas faux ce que tu dis!
Ecrit par : Eric | 24 août 2007
Ecrit par : Hélène | 25 août 2007
Ecrit par : tonnegrande | 25 août 2007
Bravo
Ecrit par : Juan | 25 août 2007
une bonne idée que ton blog sur la precarité. plusieurs choses me turlupinent à ce sujet depuis longtemps.
Ils est incompréhensible de voir les gens se ruer mensuellement sur les chiffres du chômage qui comme le montre marianne sont bidonnés quel que soit le gouvernement sans avoir les détails analytiques de ceux-ci.
Et de toute façon, pour la première année avec la polémique du premier semestre, il n'y a plus aucunes transparence.
Mais ces chiffres ne reflèttent en rien les boulots précaires qui te font vivre malgré tout dans une bagnole etc...
à +
christophe
Ecrit par : peuples | 25 août 2007
Je te contacte.
@peuples,
Oui, il faut que le regard change.
Ecrit par : Eric | 25 août 2007
Au fait, j'imagine que tu connais la chronique de Thierry Pelletier, La France de Toutenbas ?
http://recits.blogs.liberation.fr/
Ecrit par : Irène | 25 août 2007
Le traitement par "Le Monde" de la précarité est bien entendu une catastrophe.
Mais avant de s'interroger sur le pourquoi du biais de nos principaux médias sur le sujet, il faut en revenir à l'état des sciences sociales en France sur ce sujet:
-pas un seul cours à Sciences Po sur la sociologie de la pauvreté en France: je me rappelle qu'on nous faisait potasser les "questions sociales", mais c'était uniquement pour apprendre le droit de la sécurité sociale et le financement de l'assurance chômage: rien sur les chiffres de la pauvreté, sur les nouvelles formes de la précarité, sur le salariat étudiant...
-à l'EHESS, rien: pas une chaire dédiée à la question.
Je suis même incapable de te citer plus d'un sociologue aujourd'hui vivant et "légitime" dont le thème de recherche soit les précaires: je ne vois que Serge Paugam.
La France officielle conserve cette incapacité à appréhender la pauvreté, la précarité, autrement qu'en termes administratifs et juridiques;
Le bouquin de Bourdieu que tu mentionnes (en fait, c'est une somme sous sa direction, lui-même n'ayant que peu contribué directement) est la référence la plus solide à ce jour, qui remonte au début des années 1990. Il s'agissait de donner la parole au précaire, de le laisser parler et exposer, avec ce qu'il y avait de moins dicible (la xénophobie, le harcèlement moral ou sexuel pour les femmes), la misère morale des plus exclus en France. Pas les SDF (sur lesquels les médias portent aujourd'hui un regard "lebonien", les assimilant à des créatures, presque animalisées) mais ce qu'on appelle aujourd'hui les travailleurs pauvres, les chômeurs déchus de leur droit...
Misère de la sociologie française, donc misère des médias français. Seul Le Plan B a aujourd'hui le courage de faire des "enquêtes sociales", dans des régions ouvrières, qui montre l'aliénation d'aujourd'hui: exemple, dans le Vimeu, région cotière de la Somme où il y avait des industries rurales traditionnelles, qui aujourd'hui périclitent et font mourir la région...
Ecrit par : Julien Tolédano | 25 août 2007
Qu'est-ce que le précariat ?
Tout à la fois groupe social victime d’une précarité désormais durablement installée, bannière sous laquelle se regroupent de nouvelles luttes collectives et peut-être concept susceptible d’ouvrir un bouleversement des cadres traditionnels de la pensée sociale, le « précariat » ne se laisse pas saisir facilement. Voici une tentative d’explicition du concept et de ses conséquences.
La suite :
http://politique.eu.org/archives/2006/10/11.html
Ecrit par : M a n u | 25 août 2007
Mon blog est le suivant: http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/
Et dès maintenant,abonnez vous en grands nombres à la Newsletter.
Venez nombreux voir ce blog malgré vos appartenance politique,il est ouvert à tout le monde,vous pouvez débattre dans les commentaires!!!
Ecrit par : arno | 25 août 2007
J'ai fréquenté l'EHESS pour suivre l'enseignement de Boudon (qui ne m'a pas saqué, bien que je me présente à lui comme une indécrottable Bourdieusienne!) et le moins qu'on puisse dire, c'est que les apprentis sociologues qui prenaient leurs notes avec un Mont-Blanc n'allait certainement pas se jeter sur la question de la pauvreté en France.
Plus prosaïquement, j'étais une des rares prolos de ma promotion. Quelques gosses de cadres moyens dans le tertiaire pouvaient vaguement être assimilé à une forme argentée du prolétariat, mais la plupart des gosses des classes populaires n'ont pas passé le cap de la licence : manque d'argent, de soutien. Les bourses sur critères sociaux sont très strictes (vraiment pas de fric dans la famille) et sont également conditionnées à la réussite en continu (pas le droit à l'erreur).
À l'époque, déjà, les débouchés se concentraient dans le marketing et les habiles courtisans pouvaient espérer un poste en fac après des années de chargé de cours. Donc, les recherches se concentraient sur les comportements de consommation. Exit le social!
Pour finir, les gouvernements de "droite" considèrent toujours la sociologie comme un truc inutile et j'ai donc du lâcher pour le doctorat quand Juppé a gelé toutes les allocations de recherches en sciences sociales. Seuls les gosses à papa ont pu poursuivre leurs études, et ce ne sont pas les meilleurs d'entre nous qui sont devenus doctorants.
Ecrit par : Le Monolecte | 26 août 2007
J'ai fréquenté l'EHESS pour suivre l'enseignement de Boudon (qui ne m'a pas saqué, bien que je me présente à lui comme une indécrottable Bourdieusienne!) et le moins qu'on puisse dire, c'est que les apprentis sociologues qui prenaient leurs notes avec un Mont-Blanc n'allait certainement pas se jeter sur la question de la pauvreté en France.
Plus prosaïquement, j'étais une des rares prolos de ma promotion. Quelques gosses de cadres moyens dans le tertiaire pouvaient vaguement être assimilé à une forme argentée du prolétariat, mais la plupart des gosses des classes populaires n'ont pas passé le cap de la licence : manque d'argent, de soutien. Les bourses sur critères sociaux sont très strictes (vraiment pas de fric dans la famille) et sont également conditionnées à la réussite en continu (pas le droit à l'erreur).
À l'époque, déjà, les débouchés se concentraient dans le marketing et les habiles courtisans pouvaient espérer un poste en fac après des années de chargé de cours. Donc, les recherches se concentraient sur les comportements de consommation. Exit le social!
Pour finir, les gouvernements de "droite" considèrent toujours la sociologie comme un truc inutile et j'ai donc du lâcher pour le doctorat quand Juppé a gelé toutes les allocations de recherches en sciences sociales. Seuls les gosses à papa ont pu poursuivre leurs études, et ce ne sont pas les meilleurs d'entre nous qui sont devenus doctorants.
Ecrit par : Le Monolecte | 26 août 2007
Ecrit par : Eric | 26 août 2007
Je te réponds ce soir, au calme (là, je suis au boulot et c'est dimanche: pas le rêve !).
Ecrit par : Julien Tolédano | 26 août 2007
question bête : quelle est la définition de la précarité ? qu'est ce qui différencie la précarité de la pauvreté ?
merci, je trouve que c'est utile pour discuter de définir ce dont on parle ...
à bientôt, et bonne continuation pour l'ouverture du nouveau blog !
Ecrit par : lomig | 27 août 2007
Précarité, le mot est difficile à définir. On pourrait le définir par son antonyme: sécurité. La précarité c'est le manque de sécurité, spécialement dans le domaine de l'emploi.
Le livre "Vies ordinaoires vies précaires" (G Le Blanc) définit vbien ce terme.
Ecrit par : Eric | 27 août 2007
Écrire un commentaire