07 mai 2007
Sarkozy ou la rencontre d'un homme, d'un peuple et d'une époque
L'élection de Nicolas Sarkozy signifie deux choses, selon moi:
1) Approuver le libéralisme
Les Français ont fait le choix du libéralisme. Plus de libéralisme. C'est une nouveauté. En 95, Chirac l'avait emporté avec un programme axé sur la "fracture sociale", Balladur et son option plus libérale avaient été rejetés. En 2002, c'est plus l'échec de Jospin que la victoire de Chirac qui a fait l'élection.
Cette fois, le choix a penché nettement en faveur de mesures libérales: réduire le nombre de fonctionnaires, flexibiliser le marché du travail, s'attaquer à la Sécu, etc.
Les médias anglo-saxons (et les éditorialistes français qui copient ces derniers) vont jubiler. La France, vilain petit canard, rentre dans le rang. Mais est-il vrai que notre pays a besoin de plus de libéralisme? Sans oublier que Sarkozy n'est pas un pur libéral. Il est étatiste quand il le faut. Maintenant, son objectif est d'être réélu. Alors...
2) Identité nationale
Le débat sur l'identité nationale a été le "grand moment"de l'élection (mieux vaut en rire). Il a marqué le point de bascule à partir duquel Sarkozy a créé la différence avec Ségolène Royal et François Bayrou. On peut qualifier ce débat de délire collectif, comme il s'en produit dans les colonies de phoques ou les troupeaux de boeufs. Et, donc, chez les peuples civilisés...
En effet, les Français ont adhéré à cette exaltation douteuse de patriotisme flirtant avec le nationalisme. Ils ont approuvé la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, visant à juguler les flux migratoires. Ils ont aussi dit oui à une politique sécuritaire. Les électeurs du Front national se sont reconnus dans ce discours, mais ils ne sont pas les seuls.
En apparence il y a une contradiction entre les deux points que je viens d'exposer: approbation du libéralisme et identité nationale. En apparence, seulement. En réalité, la mondialisation, on s'en apperçoit, exacerbe les nationalismes, par réaction. La nation (ou l'identié religieuse) devient un recours, un repère. Sinon, comment expliquer ces montées de nationalismes observées un peu partout en Europe? Comment expliquer le bushisme, qui comporte aussi une part de patriotisme et de religiosité exacerbés?
Enfin, j'ajouterais trois remarques :
- le rôle des médias
Les médias ont fait l'élection. Sans finesse, en martelant les arguments d'un candidat, en démultipliant son image, en dénigrant les autres candidats. Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un soutient des grands médias inédits en France. Il serait temps de repenser le rôle de la presse et de l'audiovisuel dans notre pays. Mais, avec Nicolas Sarkozy au pouvoir, on imagine bien que ce ne sera pas possible. Comme le dit son slogan: "Ensemble, tout est pas possible, sauf..." (oui, il fallait le lire jusqu'à la fin)...
Internet n'a pas joué le rôle escompté. Les blogs ont beaucoup chauffé pendant six mois. Mais pour quel résultat?
- le "religieux"
Le sarkozysme est un culte du Chef. Ca aussi c'est nouveau en France. Nous étions restés avec l'idée que les Français sont des rebelles, des râleurs, des indomptables. Nous les découvrons capables d'aduler un personnage qui met en scène son propre pouvoir. Etrange. Inquiétant.
Le Général de Gaulle était admiré car c'était un héros de la Résistance. Nicolas Sarkozy est admiré parce qu'il est Nicolas Sarkozy. Troublant. Chacun de ses meetings se transforme en grand messe où on finit en transe. On l'a comparé à un télé évangéliste. Certains se sont étonnés qu'il reçoive, il y a quelques mois au ministère de l'Economie, Tom Cruise, l'acteur américain représentant de l'église de scientologie. Enfin, ses discours font lourdement allusion à la religion.
Bref, le sarkozysme est-il une soupe new age facile à digérer ou une thérapie de groupe qui a mal tourné ? Ni l'un ni l'autre à mon avis. C'est tout juste une illusion qui se dissipera dans quelques mois quand ceux qui ont cru en Nicolas Sarkozy se retrouveront cocus...
- le marketing politique
Nicolas Sarkozy a proposé aux électeurs ce qu'ils souhaitaient entendre. Ségolène Royal, adepte elle aussi du marketing, a suivi la voie de l'anti-marketing (vidéo dans le style amateur, affiche bricolée, choix de médias plus ou moins alternatifs, etc.) Marketing ou anti marketing, ça revient au même: c'est le marketing qui a gagné. Et la démocratie?
(billet publié sur Agoravox et Yahoo.fr)
Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (31)


Commentaires
C'est une défaite du peuple contre lui-même, du peuple qui veut qu'on le brise, qu'on l'insulte, qu'on le tape… Une victoire du peuple qui aime être maltraité contre un peuple qui aime le peuple.
C'est la victoire de Maritie et Gilbert Carpentier (Macias, Mireille Mathieu) contre la modernité, une victoire du bon temps d'antan contre l'entente partagée…
Heureusement pour nous et malheureusement pour nous, après la noce et la mairée baisée alanguie parmi les draps défaits, il y a maintenant la réalité de sa gouvernance et là, ça va être une autre histoire. Ils vont s'en mordre les doigts les veaux…
:-)
[bon papier Eric…]
Ecrit par : filaplomb | 07 mai 2007
Je crois hélas que tu oublies la nullité du PS qui a été incapable depuis 5 ans de prendre la mesure de son échec de 2002 (cf Jospin et sa pathétique tentative de retour).
La nullité du PS incapable de démonter, et de taper sur, le bilan et les actions des sortants, dont Sarkozy.
Le PS est depuis logtemps un parti de notables incapable d'écouter , et de répondre, à ce qui est son électorat.
Et çela va bien au delà de la personne de la candidate.
La France qui ment a gagné hier contre la France ui se ment.
Maintenant, vigilance...
Zgur
Ecrit par : Zgur | 07 mai 2007
Hier, c'est TF1 qui a gagné.
Cette campagne a été menée "à la Karl Rove".
Nous entrons dans l'ère des french spin doctors.
Jamais la France n'avait été aussi "américainisée".
Ecrit par : pvdg | 07 mai 2007
Ecrit par : Gaël | 07 mai 2007
Oui, on aurait aussi pu analyser la défaite du PS. Mais la victoire de Sarkozy n'est pas seulement une défaite du PS. Sarkozy a un projet, des valeurs. Les gens ont voté pour lui ou contre lui.
@Fil,
Oui, Royal a apporté une dynamique.
Le PS en mort clinique? Il y a un livre de Tony Négri "bye bye Mr socialism". Cela donne peut-être des réponses.
Ce qui est certain, à mon avis, c'est qu'il faut mettre les mains dans le "camboui social", voir où sont les souffrance des gens face aux travail, ce qu'on peut faire pour y remédier. Il n'est pas possible de s'abandonner, pieds et poingliés, à l'idéologie MEDEF.
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
Oui, la victoire est indiscutable.
Pas comme celle de Chirac en 2002.
Mais comme dit pvdg "Nous entrons dans l'ère des french spin doctors." et c'est un peu tard pour s'en rendre compte.
Les Spin doctors, c'est aussi le suivi des catégories pour donner des réponses à chaque catégorie de la population (style campagnes Tony Blair).
Mais c'est aussi le mensonge et la brutalité (style Karle Rove).
La désillusion des vainqueurs d'aujourd'hui est déjà proche (voyez ou revoyez "Les années Blair" l'excellent téléfilm de la BBC) mais les dégats pourront être immenses, voire irréversibles (cf guerre d'Irak). C'est surtout pour ça que je suis en colère.
Sans parler de Mireille mathieu et autres bouffons pré-68!
Zgur
Ecrit par : Zgur | 07 mai 2007
J'ajoute un mot pour demander que quelqu'un explique à M. Strauss Kahn qu'il a déjà perdu une fois et à plates coutures.
On ne veut pas de lui, point !
[J'avais honte pour lui et honte pour ses amis hier soir. Quoi le peuple ? Quoi la défaite des quartiers populaires contre la simplification illusoire ? Je suis disponible nous dit-il !]
Ecrit par : filaplomb | 07 mai 2007
Les bouffons, c'est la France! L'identité nationale, le sécuritaire, c'est aussi la France. Une certaine France, bien sûr, mais une France qui a montré une sacrée constance ces dernières décennies.
@Fil,
Oui, Strauss Kahn Besson même combat! Ce sont des traîtres assumés!
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
Nicolas Sarkozy vient donc d’être élu président de la république avec environ 53 % des voix. Avec lui, c’est le programme du MEDEF qui s’incruste au pouvoir. De nouveaux cadeaux fiscaux aux entreprises et aux plus riches, la privatisation de nouveaux services publics, la chasse aux enfants sans papier, la remise en cause de droits sociaux et démocratiques fondamentaux comme le droit de grève ou le CDI sont dans l’agenda du nouveau président de la République.
Ce soir, l’Etat UMP dispose une nouvelle fois du pouvoir politique central. La démagogie populiste utilisée dans cette campagne va déboucher sur des mesures antisociales, sécuritaires et antidémocratiques qui ne manqueront pas de susciter des mobilisations très larges.
C’est à la construction de ces résistances sociales et démocratiques que la LCR entend désormais consacrer toutes ses forces. Elle propose que face au programme ultra libéral et ultra sécuritaire d’un Sarkozy, un front unitaire de toutes les forces sociales et démocratiques soit immédiatement construit pour organiser la riposte. Elle prendra toutes les initiatives en ce sens dans les prochains jours.
La démonstration est également faite qu’une gauche social-libérale, qui a tenté jusqu’au bout une alliance avec l’UDF de Bayrou, n’est pas un rempart efficace face à une droite dure et autoritaire. Les appels du pied vers la droite n’auront servi à rien d’autre qu’à contribuer à brouiller les repères.
C’est parce que Ségolène Royal n’a pas su faire souffler le vent de l’espoir du changement qu’une partie des classes populaires déboussolée lui a fait défaut.
Plus que jamais la construction d’une force anticapitaliste puissante, implantée dans les entreprises, les services publics et les quartiers populaires, est urgente pour, dans la rue comme dans les urnes, battre la droite et le MEDEF. C’est le sens de la campagne qu’a menée Olivier Besancenot et qu’entend poursuivre la LCR : rassembler les forces anticapitalistes en indépendance complète vis à vis de la direction du PS.
C’est sur ces bases que nous nous présenterons aux élections législatives autour d’un programme d’urgence social et démocratique.
Montreuil, le 6 mai à 20h.
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
Ecrit par : Steph | 07 mai 2007
Je respecte les convictions d'Olivier Besancenot, mais il serait peut-être bon que son mouvement balaye lui aussi devant sa porte : pourquoi la gauche du "non" a-t-elle échoué à se rassembler, à imposer ses idées dans le débat présidentiel ? Pourquoi le "référendum anti-Sarkozy" n'a pas marché ? La défaite n'est jamais due à un seul et unique facteur.
Dans les années 80, le PS a su "se réconcilier" avec les entreprises l'économie de marché et la capacité de création de richesses, mais je pense qu'ils n'ont pas su en tirer toutes les conclusions (au contraire des sociaux-démocrates allemands à Bad-Godesberg). Et il y a actuellement une fracture culturelle au sein du PS entre ceux qui acceptent l'économie de marché et veulent peser dessus par la réforme (salaires, fiscalité, etc.) et ceux qui la refusent purement et simplement. Les gouvernements de gauche des années 90 ont été seulement gestionnaires, Jospin et DSK ont donné l'impression de baisser les bras devant les forces du marché, alors que les "radicaux" comme Emmanuelli ou Mélanchon (rejoints récemment par Fabius, quelle ironie !) continuent à faire comme s'il était possible de sortir du capitalisme par une simple décision. Ce qui ne me semble pas, dans le contexte de mondialisation actuel, possible à l'échelle du pays. En revanche, vouloir un Etat fort, qui agisse de façon intelligente pour corriger les effets pervers du libéralisme économique, voilà une piste qui me semble mériter d'être explorée, en France comme en Allemagne ou en Angleterre. Il y a beaucoup de choses à reprocher à Tony Blair (le règne du marketing politique, la guerre d'Irak...) mais au moins il a pris à bras le corps le sauvetage des services publics anglais, et c'était un chantier terrible après l'ère Thatcher.
Pour alimenter le débat, je signale cette analyse d'Etienne Wasner, économiste du travail :
http://ew-econ.typepad.fr/mon_weblog/2007/05/rformes_et_taux.html
Ecrit par : Irène | 07 mai 2007
Je respecte les convictions d'Olivier Besancenot, mais il serait peut-être bon que son mouvement balaye lui aussi devant sa porte : pourquoi la gauche du "non" a-t-elle échoué à se rassembler, à imposer ses idées dans le débat présidentiel ? Pourquoi le "référendum anti-Sarkozy" n'a pas marché ? La défaite n'est jamais due à un seul et unique facteur.
Dans les années 80, le PS a su "se réconcilier" avec les entreprises l'économie de marché et la capacité de création de richesses, mais je pense qu'ils n'ont pas su en tirer toutes les conclusions (au contraire des sociaux-démocrates allemands à Bad-Godesberg). Et il y a actuellement une fracture culturelle au sein du PS entre ceux qui acceptent l'économie de marché et veulent peser dessus par la réforme (salaires, fiscalité, etc.) et ceux qui la refusent purement et simplement. Les gouvernements de gauche des années 90 ont été seulement gestionnaires, Jospin et DSK ont donné l'impression de baisser les bras devant les forces du marché, alors que les "radicaux" comme Emmanuelli ou Mélanchon (rejoints récemment par Fabius, quelle ironie !) continuent à faire comme s'il était possible de sortir du capitalisme par une simple décision. Ce qui ne me semble pas, dans le contexte de mondialisation actuel, possible à l'échelle du pays. En revanche, vouloir un Etat fort, qui agisse de façon intelligente pour corriger les effets pervers du libéralisme économique, voilà une piste qui me semble mériter d'être explorée, en France comme en Allemagne ou en Angleterre. Il y a beaucoup de choses à reprocher à Tony Blair (le règne du marketing politique, la guerre d'Irak...) mais au moins il a pris à bras le corps le sauvetage des services publics anglais, et c'était un chantier terrible après l'ère Thatcher.
Pour alimenter le débat, je signale cette analyse d'Etienne Wasner, économiste du travail :
http://ew-econ.typepad.fr/mon_weblog/2007/05/rformes_et_taux.html
Ecrit par : Irène Delse | 07 mai 2007
Ecrit par : Irène Delse | 07 mai 2007
Ah! C'est marrant, tout le monde ne parle que du PS! Personne ne veut voir la victoire de Sarkozy, qui est le fait majeur!
Il y a le PS et il y a le MD (?) de Bayrou. Ces deux groupes vont devoir lutter pour s'imposer comme une alternative crédible à l'UMP.
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
Voir ceci:
http://www.eurotrib.com/story/2007/5/4/113029/9034
Ecrit par : Euro | 07 mai 2007
Ecrit par : roi bourdieusien | 07 mai 2007
J'ai écrit un texte à ce sujet sur mon blogue si cela vous intéresse.
Ecrit par : Louis | 07 mai 2007
Allons! C'est par l'engagement qu'il faut répondre! Si on ne fait rien, voilà ce qui se passe...
Ecrit par : Euro | 07 mai 2007
Besancenot dit n'importe quoi : Royal a gagné des voix dans les classes populaires !
Ecrit par : filaplomb | 07 mai 2007
http://fr.news.yahoo.com/07052007/290/des-defenseurs-des-droits-de-l-homme-interpellent-sarkozy.html
http://fr.news.yahoo.com/07052007/202/avec-sarkozy-president-les-defenseurs-des-sans-papiers-et-des.html
http://yahoo.bondyblog.fr/news/bondy-blog-soiree-electorale-minute-par-minute
Ecrit par : Eric | 07 mai 2007
L'ambiance générale et les faux concepts nous ont été imposé depuis au moins 3 ans par les mass médias à la solde de Minus1er !
:-)
Ecrit par : filaplomb | 07 mai 2007
nous allons montrer des crocs,nous aussi,si les chefaillons frustrés en mal de pouvoir se déculpabilisent et s'en donnent à coeur-joie:nous les remettrons en place!
nous avons le droit d'être fiers de nos pensées,de nos émotions et de notre regard sur la vie,
nous avons le devoir de défendre nos convictions!
un grand merci à tous ceux qui,comme toi,Fil,nicolas et bien d'autes,ont mis toute leur énergie sur le Net pour passer ces messages...
Ils sont passés,ils sont lus,et l'histoire ne se termine pas là...
nous n'avons pas tous besoin d'un gourou...et de ses artifices
Ecrit par : Cat | 07 mai 2007
On n'a pas gagné mais on a sans doute joué un rôle.
En tout cas, ça ne s'arrête pas là, ça c'est clair !
[Tiens au fait, Nicolas (le notre, pas le leur), il est où ? Il a quitté le pays ou bien ? :-) ].
Ecrit par : filaplomb | 07 mai 2007
Sûrement en week-end prolongé en Bretagne. Terre de gauche...
Ecrit par : Eric | 08 mai 2007
Ecrit par : Gaël | 08 mai 2007
Mais si, il a voté, j'imagine. Mais je n'en sais pas plus...
Ecrit par : Eric | 08 mai 2007
Travailler plus pour se baigner plus…
:-)
Ecrit par : filaplomb | 08 mai 2007
Ecrit par : Nicolas J | 09 mai 2007
Moi, j'ai pris le large pour me déconnecter..du côté de marseille, des élus PS savaient qu'ils allaient perdre...
Ecrit par : Fanette | 09 mai 2007
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